Le 5 septembre 1972, l'horreur frappe le monde olympique. Onze athlètes et entraîneurs israéliens sont pris en otages et exécutés par une guérilla palestinienne. Le mari d'Ankie Spitzer était parmi eux. Depuis les Jeux de Montréal, en 1976, elle demande au CIO une minute de silence en l'honneur des «Onze de Munich». Après avoir essuyé un autre refus cette semaine, elle a accusé l'organisation olympique d'antisémitisme.                                

Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

La dernière fois qu'Ankie Spitzer a vu son mari vivant, c'était à la télévision, le 5 septembre 1972. Andrei Spitzer, l'entraîneur d'escrime de l'équipe olympique israélienne, a les mains liées devant une fenêtre ouverte. Tout près de lui, ses ravisseurs aboient les conditions de libération des otages avec des négociateurs allemands, qui espèrent pouvoir éviter un carnage pour ces Jeux de la XXe olympiade à Munich.

«Il n'avait pas ses lunettes, je savais qu'il ne voyait strictement rien, a déclaré Mme Spitzer en entrevue à Paris Match. Puis, ils l'ont frappé avec une arme et l'ont poussé à l'intérieur.»

Le soir même, Andrei Spitzer est tué par ses assaillants lors d'une embuscade policière à l'aéroport de Munich. Le bilan est lourd: onze otages, un agent allemand et cinq des huit Palestiniens qui avaient baptisé leur cellule «Septembre noir».

Le lendemain de la tragédie, le président du CIO de l'époque, Avery Brundage, déclare lors d'une cérémonie commémorative que l'arrêt des Jeux serait «une victoire pour les terroristes». L'équipe olympique israélienne préfère rentrer à Tel-Aviv. Avec les 11 cercueils drapés aux couleurs de l'étoile de David.

Quarante ans après le massacre de Munich, la veuve d'Andrei Spitzer a remis une pétition de 103 000 noms à Jacques Rogge mercredi, exigeant qu'une minute de silence soit observée à l'ouverture des Jeux de Londres.

«Si nous oublions le passé, nous sommes certains de le répéter», a plaidé la dame de 66 ans dans sa vidéo en ligne pour recruter des signataires. Plusieurs membres de l'élite politique internationale, dont Barack Obama et le gouverneur canadien David Johnston, appuient sa démarche.

Le président du CIO a cependant répondu que l'atmosphère d'une cérémonie d'ouverture n'était «pas compatible avec un événement si tragique». Une opinion partagée par le premier ministre David Cameron.

Antisémitisme au CIO?

Ankie Spitzer s'est heurtée pour la première fois à la résistance du CIO aux Jeux de Montréal, où on craignait que les 41 délégations arabes ne quittent la compétition. Elle a perdu patience cette semaine après l'énième refus. Elle accuse maintenant l'organisation de discrimination.

«Nos maris avaient la mauvaise nationalité et la mauvaise religion», a-t-elle conclu en compagnie d'Ilana Romano, veuve d'un haltérophile qui fut un des premiers otages à être assassinés.

Elle a fait remarquer qu'une minute de silence avait eu lieu au Jeux de Vancouver à la suite de l'accident mortel du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili.

Des représentants de la communauté juive de Londres ont également dénoncé la décision de Jacques Rogge. «Honte au CIO pour son biais anti-israélien», a déclaré le président de la Fédération sioniste britannique, Harvey Rose, lors d'une cérémonie à l'ambassade d'Israël hier matin.

Pendant ce temps, le silence descendait sur Trafalgar Square, où s'étaient réunis des Londoniens pro-israéliens. «La décision de Jacques Rogge est un geste politique», dit à La Presse Ari Soffer, directeur de la British Israel Coalition, qui y voit la main du lobby arabe.

Au-delà de la polémique, des témoins de la prise d'otages de 1972 ont reconnu l'héritage des Jeux de Munich dans l'important dispositif de sécurité à Londres. Il avait suffi aux Palestiniens d'escalader une clôture haute de trois mètres pour accéder aux résidences olympiques des Israéliens.

«Pour nos Jeux, des lance-missiles, des armes lourdes et des unités spéciales sont déployés... Tout ça à cause de Munich - théâtre d'une opération policière bâclée et d'erreurs pitoyables», a expliqué Gerald Seymour, ancien journaliste d'ITN, dans l'Evening Standard.