Mikaël Kingsbury se présente aux Jeux de Pékin dans un bon état d’esprit. Il entend garder les choses simples, vivre le moment présent… et gagner une deuxième médaille d’or olympique.

Publié le 2 février
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

(Pékin) Sous les puissants réflecteurs du parc à neige de Genting, Mikaël Kingsbury a fait non de la tête à son entraîneur Michel Hamelin. La neige sèche et froide craquait sous les bottes de ski. De la vapeur de condensation sortait des bouches. Du frimas s’accumulait en bordure des tuques.

Il était près de 19 h 30 et Kingsbury avait pris sa décision. Après un essai non concluant sur le parcours gauche, le plus populaire parmi les skieurs à cette troisième séance d’entraînement, l’athlète de Deux-Montagnes a choisi de revenir à son intuition originale : ce sera fort probablement la trajectoire de droite pour les qualifications des bosses aux Jeux olympiques de Pékin, jeudi soir, à la veille de la cérémonie d’ouverture.

Mikaël Kingsbury analyse ses cinq rivaux

Même si le saut du haut, un brin mal aligné, l’agace un peu.

« C’est la ligne qui me plaît le plus, a analysé Kingsbury, double masque au visage. Il y a quelques petites choses que je veux corriger, mais j’ai fait les temps les plus rapides des séances. Je suis allé investiguer dans la ligne de gauche pour voir comment c’était. Les gens avaient l’air de bien y skier. Mais pour l’instant, ce n’est pas une ligne qui me plaît à 100 %. J’ai quand même réussi à faire une belle descente dedans, mais ça me plaît plus [du côté] skieur droit. »

Le champion olympique en titre venait de répondre à la première question de La Presse que l’attachée de presse s’impatientait.

« Une seule question, a-t-elle ordonné. Sorry, I am on strict orders… » C’était un maigre butin après un voyage de 40 heures porte à porte depuis Montréal… Visiblement plus détendu que le reste de son entourage, Kingsbury lui a dit qu’il était apte à gérer cela lui-même. Après des Jeux à PyeongChang où il a été sur la corde raide jusqu’à la fin de la compétition, l’homme de 29 ans se pointe à Pékin dans un tout autre état d’esprit.

« J’ai commencé à skier parce que j’ai du fun à le faire, a-t-il souligné. J’en ai encore autant. On est aux Jeux olympiques. Je suis business et concentré et je veux performer. À PyeongChang, j’étais tellement concentré sur mes affaires que je n’ai quasiment plus de souvenirs de mes descentes là-bas ! Tandis qu’ici, quand je skie, je suis là, dans le moment présent. C’est le fun. »

« Plus mature »

Accoudé à l’une des innombrables clôtures bleues dans l’aire d’arrivée, son préparateur mental observe la même chose de son protégé, avec qui il travaille depuis huit ans.

« Il s’est présenté à PyeongChang et il n’avait pas encore accompli son rêve d’enfance, a relevé Jean-François Ménard. Il était en quête. Maintenant, il veut gagner une deuxième médaille d’or, ce n’est pas un secret, mais quand tu as déjà réussi ton rêve, le reste, c’est comme du bonbon. Son objectif est complètement différent.

« Il est beaucoup plus mature comme personne et comme athlète, a enchaîné le préparateur. Quatre ans ont passé. Il a continué à évoluer, techniquement, tactiquement. Je le sens beaucoup plus serein. Les papillons sont quand même là, la pression aussi, mais il la voit de façon différente. »

La « pression » est intangible, aime rappeler Jean-François Ménard, qui la compare « au volume d’une radio » : « C’est la même chanson, mais le volume est un petit peu plus fort aux Olympiques. »

« Une descente olympique »

Kingsbury semble être au diapason. « Je sens moins la pression sur mes épaules, ne serait-ce que dans mes entrevues. Je l’ai déjà fait, je sais comment faire. Ça m’énerve moins de passer à travers toutes les rondes. Mon état d’esprit est meilleur. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Mikaël Kingsbury

À chaque réponse, l’attachée de presse s’approchait un peu plus. « Je vais me mettre dans le pétrin… », s’inquiétait-elle.

Mais l’homme au dossard numéro 1 avait envie de parler de ce qui le passionne le plus : le ski. La neige artificielle tapée dur représentera un obstacle supplémentaire pour passer à travers les trois rondes.

« C’est plus difficile sur le corps parce que c’est solide et ça rentre dedans. Mais quand tu sais bien absorber [les bosses], c’est quand même agréable à skier. C’est pas mal sur de la neige comme ça que j’ai appris à skier à Saint-Sauveur. Ça me plaît. Ce n’est pas ce que je préfère, mais je suis capable de me démarquer quand c’est dur comme ça. »

Son plan est très simple : « Je veux faire une descente olympique. Je sais que ça sonne comme un cliché, mais je veux vraiment me faire plaisir à toutes mes descentes. Je veux être en mesure de faire le ski dont je suis capable dans des conditions qui ne sont pas faciles. Mais j’ai un peu bâti ma carrière là-dessus : de la neige comme ça. Chaque fois que ça ressemblait à ça dans ma carrière, je me suis souvent démarqué.

« L’important pour moi est de rester smooth. Je garde les choses simples. Je skie avec mes yeux, j’absorbe rapidement, je demeure patient sur le dernier saut en bas. »

L’entrevue s’est terminée, au grand soulagement de l’attachée de presse. Kingsbury a pris son sac à dos, a mis ses skis sur une épaule et s’est arrêté quelques minutes pour discuter avec un compétiteur américain avant d’aller se réchauffer au Village des athlètes.

Un absent de renom

PHOTO RICK BOWMER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ikuma Horishima

Mikaël Kingsbury a noté un absent de taille à la séance d’entraînement de mardi, l’avant-dernière avant les qualifications de jeudi soir : Ikuma Horishima, l’un de ses principaux rivaux annoncés et dauphin au classement de la Coupe du monde. « Il a peut-être mal quelque part, a soulevé le Québécois. J’ai remarqué que ça fait quelques compétitions qu’il se ménage. » Horishima, double champion du monde en 2017, a remporté la dernière épreuve de Coupe du monde, devançant Kingsbury à Deer Valley le 14 janvier.