(Tokyo) Surdouée des pistes et véritable phénomène de précocité, l’Américaine Sydney McLaughlin a pris l’habitude de faire tout plus vite que tout le monde. Programmée très tôt pour régner sur le 400 m haies, elle a suivi à la lettre son plan de route pour marquer de son empreinte les Jeux olympiques de Tokyo.  

Keyvan NARAGHI Agence France-Presse

Apparue sur le devant de la scène aux JO de Rio à tout juste 17 ans et athlète américaine la plus jeune à ce niveau depuis 1972, la coureuse de New Brunswick (New Jersey) faisait alors office de curiosité.  

Cinq ans plus tard, elle s’est imposée comme l’une des grandes figures des Jeux de Tokyo après un premier titre et un nouveau record du monde pulvérisé (51 sec 46).  

Ce changement de statut express n’est pas une surprise, tant McLaughlin (21 ans, 1,75 m, 60 kg) est passée maître dans l’art de sauter les étapes. Record du monde cadettes, record du monde juniors : l’Américaine a tout balayé sur son passage dès ses débuts avant de confirmer au plus haut niveau.

Issue d’une famille de coureurs (son frère Taylor a été vice-champion du monde juniors du 400 m haies en 2016 et son père demi-finaliste sur 400 m des sélections US pour les JO de 1984), McLaughlin a surtout su rester imperméable à la pression après avoir été cataloguée comme la future vedette de l’athlétisme US, dès les JO de Rio qu’elle a quittés au stade des demi-finales.  

« En 2016, je ne savais pas à quoi m’attendre, maintenant j’ai plus d’expérience, j’ai mûri. Mes ambitions sont beaucoup plus élevées qu’au Brésil. Je sais ce que je veux faire, quelle athlète et quelle personne je veux être », a-t-elle affirmé avant les Jeux.

Coachée par Bob Kersee

Après Rio, McLaughlin a été confinée un temps dans l’ombre de sa compatriote Dalilah Muhammad. Passée professionnelle en 2019, avec à la clé un contrat estimé à un million de dollars annuels avec l’équipementier New Balance, après avoir couru sous les couleurs de l’Université du Kentucky, elle termine deuxième aux Mondiaux de Doha, assistant impuissante au record du monde (52 sec 16) de son aînée (31 ans).  

Éclipsée par le sacre de sa rivale, elle devient néanmoins la 2e performeuse de l’histoire (52 sec 23).

Son arrivée en 2020 dans la structure dirigée par le célèbre Bob Kersee, ex-coach de son épouse Jackie Joyner-Kersee et son 4e entraîneur en quatre ans, constitue un tournant pour cette coureuse prodige, également à l’aise sur 200 m, 400 m plat et 100 m haies (record en 12 sec 65).

Au sein de ce nouveau groupe, basé à Los Angeles, elle a retrouvé son idole Allyson Felix dont le frère Wes n’est autre que son agent.

« Il m’avait un temps aidé sur la technique des haies et l’alchimie a opéré entre nous. Avec le report des JO, c’était la bonne année pour changer d’entraîneur », a-t-elle confié.  

Le résultat n’a pas tardé à se faire sentir. Le 27 juin dernier lors des sélections américaines à Eugene, elle entre dans une nouvelle dimension en effaçant des tablettes Dalilah Muhammad, brisant pour la première fois la barrière des 52 sec (51 sec 90).  

« Ce record du monde m’a donné beaucoup de confiance et la période incertaine avec la pandémie m’a permis de prendre des décisions importantes », a-t-elle déclaré.

Tokyo n’aura fait que confirmer la justesse de ce choix. L’ère McLaughlin ne fait sans doute que commencer.