Attendue comme la reine des Jeux de Tokyo, la Japonaise Naomi Osaka est l’athlète féminine la mieux payée du monde, ce qui ne l’empêche pas de dire ce qu’elle pense… ou de se taire quand elle en a besoin.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Naomi Osaka est devenue en 2020 l’athlète féminine la mieux payée du monde avec des gains de plus de 60 millions, une somme bien supérieure à ce que Serena Williams a pu gagner lors de ses meilleures saisons.

La Japonaise s’est classée au 12rang sur la liste des 50 athlètes les mieux payés du magazine Forbes, le plus haut classement jamais atteint par une femme, devant des joueurs de tennis aussi réputés que Novak Djokovic ou Rafael Nadal. Avec plus d’une vingtaine de commanditaires et des revenus de 55 millions – dont Google, Louis Vuitton, Nike, Mastercard, Nissan, Levi’s… –, Osaka n’est devancée que par Roger Federer, Lebron James et Tiger Woods.

Née d’une mère japonaise et d’un père haïtien, Osaka est très engagée socialement et, un peu comme Lebron James, elle ne se prive pas pour prendre position sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Avant chacun de ses matchs aux Internationaux des États-Unis, Naomi Osaka portait un masque dénonçant le racisme et la brutalité policière, comme celui-ci sur lequel était écrit le nom de George Floyd, Afro-Américain tué par un policier en 2020.

L’été dernier, elle s’est retirée de l’Omnium Western & Southern pour protester contre le racisme et la violence policière. Quelques jours plus tard, en route vers son deuxième titre à l’Omnium des États-Unis, elle arborait après chacun de ses matchs des masques portant les noms des Afro-Américains abattus récemment par les policiers.

De telles actions auraient pu déplaire à ses commanditaires, mais ceux d’Osaka lui sont restés fidèles et beaucoup d’autres se sont ajoutés au cours des mois suivants. Les experts estiment d’ailleurs que les entreprises cherchent maintenant davantage à s’associer à des athlètes qui ont des choses à dire et auxquels les amateurs peuvent vraiment s’identifier.

Médias et santé mentale

Le phénomène s’est répété au printemps, quand la Japonaise a annoncé qu’elle ne participerait pas aux conférences de presse pendant le tournoi de Roland-Garros, enfreignant ainsi les règles de la compétition et de l’Association des joueuses (WTA). Mise à l’amende, elle s’est retirée du tournoi et a annoncé qu’elle allait prendre une pause prolongée du circuit afin de préserver sa santé mentale.

Encore une fois, ses commanditaires l’ont appuyée ; Nike a publié un communiqué pour l’assurer de son soutien et lui souhaiter de prendre bien soin d’elle.

Encore une fois, Osaka a réussi à imposer ses conditions.

D’ailleurs, bien qu’aucun autre joueur ou joueuse ne l’ait imité à Roland-Garros, le boycottage d’Osaka a provoqué une réflexion sur les rapports entre les médias et les athlètes. Les organisateurs des grands tournois ont aussi indiqué qu’ils étudiaient différentes façons de rendre les conférences de presse moins exigeantes.

Dans un essai publié par le magazine Time, Osaka a rappelé qu’elle appréciait ses relations avec les journalistes, mais qu’elle n’aimait pas les conférences de presse après tous ses matchs. « Je suis sans doute l’une des joueuses qui ont le plus collaboré avec les médias depuis quelques années, a-t-elle souligné. C’est toutefois souvent difficile de me rendre aux conférences de presse après des matchs éprouvants et je crois que nous devrions avoir le droit de sauter notre tour, à l’occasion, sans être punis.

« Croyez-le ou non, je suis naturellement introvertie et je préfère me tenir loin de l’attention. Je m’efforce toujours de dire ce que je crois juste, mais c’est toujours au prix de gros efforts et de beaucoup d’anxiété. Je ne suis pas à l’aise dans le rôle de porte-parole pour la santé mentale des athlètes, je n’ai pas toutes les réponses.

« Mais j’espère que des gens peuvent s’identifier à moi et qu’ils peuvent comprendre que c’est correct de ne pas être correct, et correct aussi d’en parler. »

Osaka a révélé que de nombreuses personnalités – Michelle Obama, Novak Djokovic, Meghan Markle, Steph Curry, entre autres – lui avaient offert leur soutien. « Michael Phelps m’a dit qu’en parlant de ma situation, j’avais peut-être sauvé ma vie. Si c’est vrai, ça valait la peine de le faire. »

Ses exploits

PHOTO PATRICK HAMILTON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Naomi Osaka a remporté les Internationaux d'Australie en février dernier

– Quatre titres en Grand Chelem : Omnium des États-Unis (2018, 2020), Internationaux d’Australie (2019, 2021)

– Elle a atteint le 1er rang mondial en janvier 2019 (actuellement 2e mondiale)

– Sept titres en carrière sur le circuit de la WTA

Ses ambitions olympiques

Inactive depuis son forfait à Roland-Garros, Osaka revient au jeu chez elle à Tokyo. Et elle espère combler ses partisans. « Après avoir pris quelques semaines pour recharger mes batteries et passer du temps avec ma famille, j’ai pu réfléchir à mon parcours et penser à la suite de ma carrière, a-t-elle assuré dans son essai pour Time. Je ne pourrais être plus excitée à l’idée de jouer à Tokyo. Les Jeux olympiques sont très spéciaux et ils le seront encore plus cette année avec cette occasion de jouer au Japon. J’espère rendre fiers tous mes partisans japonais ! »

Ses rivales

PHOTO GLYN KIRK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Ashleigh Barty en finale de Wimbledon, la semaine dernière

Bien que beaucoup de joueuses aient déclaré forfait en raison de la pandémie et de la complexité du déplacement au Japon, le tournoi olympique va réunir un tableau très relevé avec notamment l’Australienne Ashleigh Barty, numéro un mondial, qui sera la grande favorite. Parmi les joueuses du top 10, Aryna Sabalenka, Elina Svitolina, Karolina Pliskova, Iga Swiatek et Garbine Muguruza seront aussi du tournoi.