Parmi les nouveaux sports qui feront leur apparition aux Jeux de Tokyo, l’escalade sportive promet d’être l’une des plus spectaculaires, et la Slovène Janja Garnbret est la reine incontestée de cette discipline.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

La première fois qu’elle s’est retrouvée devant un mur d’escalade, Janja Garnbret se souvient d’avoir eu de la difficulté à comprendre ce qu’elle devait faire. Mais elle s’est « accrochée » à ce sport exigeant.

« Je suis tombée amoureuse de ce sport ce jour-là, a confié la Slovène, en entrevue au réseau Olympique. Je me suis vite sentie comme un oiseau et, à la fin, j’étais toute seule sur le mur et je ne voulais plus rentrer à la maison ! »

Avec les années, la grimpeuse est devenue l’une des meilleures de cette discipline spectaculaire qui fera ses débuts aux Jeux de Tokyo. Championne des quatre dernières éditions de la Coupe du monde, Garnbret est considérée comme la grande favorite d’une compétition olympique qui va mettre à l’épreuve la polyvalence des grimpeuses.

PHOTO JEFFREY SWINGER, USA TODAY SPORTS

Janja Garnbret

L’escalade sportive compte trois disciplines : l’escalade de vitesse, le bloc et la difficulté. L’escalade de vitesse oppose deux grimpeurs, tous deux escaladant des voies identiques sur un mur de 15 m incliné à 95 degrés, souvent en moins de 8 secondes ! Dans le bloc, les grimpeurs doivent réussir un certain nombre de voies fixes, courtes mais très exigeantes, sur un mur de 4 mètres. Dans l’escalade de difficulté, les athlètes tentent simplement de grimper le plus haut possible sur un mur de plus de 15 m de hauteur dans un temps limité.

En Coupe du monde, les grimpeurs se spécialisent dans une ou parfois deux de ces disciplines. Aux Jeux, toutefois, chaque grimpeur devra compétitionner dans les trois disciplines pour une épreuve combinée, le classement étant établi au total des résultats dans chaque discipline.

Polyvalence et motivation

Aux Championnats du monde de 2019, Garnbret a réussi l’exploit de s’imposer à la fois en bloc et en difficulté, mais elle reconnaît que son point faible est la vitesse. Elle y a d’ailleurs beaucoup travaillé depuis un an, malgré la pandémie. Même si l’escalade sportive est très populaire en Slovénie – le pays a produit plusieurs excellents grimpeurs –, les installations n’y sont pas aussi nombreuses que dans d’autres pays.

L’athlète de 22 ans, qui s’entraîne six jours par semaine, a ainsi dû s’astreindre à de nombreux déplacements au cours des derniers mois entre son gymnase, son centre d’escalade local et le centre où elle peut s’entraîner à l’escalade de vitesse, à deux heures de chez elle.

« Cela a été difficile, surtout quand ils ont annoncé le report des Jeux et que de nombreuses compétitions ont été annulées », a expliqué Garnbret.

Je suis toujours très motivée, mais cela était difficile de m’entraîner sans savoir quand nous pourrions reprendre la compétition. Maintenant que les Jeux sont plus proches, c’est plus facile.

Janja Garnbret

Et même si elle n’a encore que 22 ans, Garnbret sait qu’elle est une ambassadrice de l’escalade sportive. « C’est une opportunité incroyable d’augmenter la visibilité de notre sport et je crois que j’ai une responsabilité de bien le représenter à Tokyo, de donner un bon exemple, particulièrement aux jeunes filles. »

Le poids étant un facteur important en escalade, les athlètes cherchent à être aussi légers que possible et certains développent des troubles alimentaires. « J’aimerais montrer aux jeunes que ce n’est pas nécessaire, a souligné Garnbret. Je veux donner une image positive de mon sport, montrer tout le plaisir qu’on ressent sur un mur. »

Ses exploits

– Six fois championne du monde : difficulté, 2016 et 2019 ; bloc, 2018 et 2019 ; combiné, 2018 et 2019. Elle est indiscutablement l’athlète à battre à Tokyo.

– 23 victoires en Coupe du monde

– Elle a aussi réussi plusieurs voies difficiles à l’extérieur et a récemment escaladé la plus haute cheminée de Slovénie pour un documentaire de son commanditaire, Red Bull.

Ses ambitions olympiques

La formule de la compétition olympique favorise les grimpeuses polyvalentes et Garnbret est sûrement la plus complète des principales favorites à Tokyo. La Slovène sait toutefois que ce ne sera pas facile, la marge d’erreur étant toujours très petite à ce niveau de difficulté.

« Tout peut arriver sur un mur d’escalade et je ne peux garantir que je vais gagner, a-t-elle confié récemment en entrevue au CIO. Je me suis bien préparée, mais toutes les filles ont travaillé très fort aussi et elles visent toutes la médaille d’or. J’ai simplement hâte d’être là-bas, de participer aux Jeux et d’avoir du plaisir. Car c’est quand je m’amuse que je grimpe le mieux. »

Ses rivales

Sa rivale principale est peut-être la Japonaise Akiyo Noguchi, quadruple médaillée d’argent aux Mondiaux, qui excelle dans toutes les disciplines et n’a perdu le titre du combiné en 2019 que sur une chute malchanceuse.

L’Américaine Brooke Raboutou, la Britannique Shauna Coxsey et une autre Japonaise, Miho Nonaka (l’ancienne no 1 mondiale), sont aussi parmi les favorites.