Rien de mieux que de se plonger dans le bain pour prendre la température de l’eau. Rassurée par ce qu’elle a vécu à la Coupe du monde de Tokyo, Meaghan Benfeito est plus convaincue que jamais que les Jeux olympiques auront bel et bien lieu l’été prochain dans la capitale japonaise.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Refroidie par l’annulation de la Coupe du monde, au début d’avril, la triple médaillée olympique s’est demandé si elle aurait l’occasion de participer à ses quatrièmes JO.

La reprogrammation de l’évènement et son expérience à Tokyo, replongé en état d’urgence, ont atténué ses craintes.

« D’avoir vu et vécu toutes les démarches qu’on a faites, les règlements qu’il fallait suivre, je pense vraiment qu’il va y avoir des Jeux », a affirmé Benfeito en entrevue virtuelle vendredi.

Cette première compétition en plus de 14 mois a également servi de baume après l’incendie de sa résidence de Mirabel, le 29 janvier. « Il y a une partie de moi qui a comme oublié ce qui s’était passé. Les trois, quatre derniers mois n’ont pas été faciles. Mais de voir que le travail que j’ai fait, pas seulement physiquement, mais mentalement, m’a aussi permis de bien plonger en synchro. »

Rentrée à Montréal mercredi avec ses coéquipières Jennifer Abel, Pamela Ware et Mélissa Citrini-Beaulieu, Benfeito a été libérée dès le lendemain de sa quarantaine dans un hôtel de l’aéroport. Le résultat négatif de son test de dépistage de la COVID-19 lui était parvenu durant la nuit.

Les Japonais travaillent fort pour qu’on ait des Jeux sécuritaires. On s’est fait tester tous les jours. C’était beau à voir. Ils voulaient qu’on compétitionne, que tout se passe super bien. J’ai meilleur espoir aujourd’hui qu’avant de partir à la Coupe du monde qu’il va y avoir des Jeux.

Meaghan Benfeito

Avec la présence de 225 compétiteurs de 46 pays, le plateau était plus imposant qu’il le sera aux JO. « Je n’avais jamais vu autant d’athlètes dans une Coupe du monde. De voir qu’ils ont vraiment tout fait pour qu’on n’attrape rien, qu’on soit tous négatifs, tous les jours, pendant 10-12 jours, je trouve ça positif pour les Jeux. »

Retrouvailles un peu « bizarres »

En plus des tests salivaires quotidiens et du port du masque en tout temps ou presque, tous les participants devaient observer la distanciation de deux mètres. Des bénévoles s’assuraient de l’utilisation ordonnée des plateformes et des tremplins pendant les échauffements et les entraînements.

« C’était plus normal que ce à quoi on s’attendait », a noté la Montréalaise de 32 ans.

À l’hôtel, chaque équipe devait respecter son étage. Les conversations se déroulaient dans le couloir et la nourriture était récupérée à la porte de l’ascenseur pour consommation à la chambre (individuelle).

« Sur le coup, on a chialé un peu parce qu’on veut voir nos amis, a-t-elle admis. En même temps, on comprend qu’on est en pandémie, qu’on ne peut pas sortir et aller voir tout le monde et se mêler à la population japonaise. Les deux ou trois premières journées ont été difficiles, mais ça s’est très bien passé par la suite. »

Avec l’impossibilité de se rapprocher, les retrouvailles avec la communauté du plongeon, tissée serré, ont été un peu « bizarres ». Ses membres ne s’étaient pas vus depuis l’étape montréalaise des Séries mondiales, en février 2020.

Comme elle l’anticipait, l’absence de spectateurs ne l’a pas gênée le moins du monde. Elle est prête à revivre l’expérience en juillet et août aux Jeux olympiques.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Meaghan Benfeito est de plus en plus certaine que les Jeux olympiques auront bel et bien lieu l’été prochain.

Comme je l’ai dit très souvent, c’est comme l’entraînement au Stade olympique, où il n’y a personne dans les gradins. Ça ne me dérange pas. Je préfère qu’il y ait une compétition. Quitte à ne pas avoir de gens dans les gradins. Ça m’importe peu.

Meaghan Benfeito

Benfeito a profité de l’occasion pour découvrir le vaste Centre aquatique de Tokyo. Les plateformes, particulièrement « longues et énormes », comme les tremplins, l’ont un peu surprise.

« Ça fait une différence parce que dans les airs, on a nos repères. D’habitude, on voit le bord de l’eau. Comme il est un peu plus loin, on a l’impression qu’on est trop loin dans notre plongeon et qu’on ne tourne pas assez vite. Après deux ou trois essais, on s’est super bien ajustées. Nos repères sont trouvés. D’où l’importance, justement, de compétitionner avant dans la piscine olympique. »

Mission accomplie

Sur le plan sportif, Benfeito a rempli sa mission en remportant le 10 m synchro avec sa partenaire Caeli McKay, se qualifiant du coup pour l’épreuve olympique.

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, AGENCE FRANCE-PRESSE

Caeli McKay (à gauche) et Meaghan Benfeito ont remporté l’épreuve synchronisée à la plateforme de 10 m lors de la Coupe du monde de Tokyo, plus tôt cette semaine, se qualifiant du coup pour l’épreuve olympique.

Ça fait du bien parce qu’on s’entraînait tellement fort pour le synchro. […] On est dures envers nous-mêmes. Il y a eu des erreurs ici et là. Mais on a fait exactement ce qu’on avait à faire pour être sur la première marche du podium.

Meaghan Benfeito

L’absence des Chinoises leur a ouvert la porte, admet-elle. « Quand elles sont là, j’ai l’impression qu’on est capables de mieux plonger, a-t-elle regretté. On a ce stress-là de vouloir les battre. Quand elles ne sont pas là, on sait qu’on peut monter sur la première marche du podium, mais la bataille n’est pas nécessairement la même. »

Contrairement à McKay, médaillée de bronze, Benfeito a déclaré forfait pour l’épreuve individuelle, se rangeant à l’avis de son entraîneur Arturo Miranda et du chef d’équipe Mitch Geller. Personnellement, elle aurait voulu s’élancer, d’autant qu’elle n’a jamais gagné de médaille à cette épreuve en Coupe du monde. Mais elle a convenu qu’il était plus sage d’éviter les risques de blessure et de devancer de quelques jours le début de sa quarantaine de deux semaines.

« J’allais super bien, j’étais motivée, mais en même temps, mon énergie était vraiment pour le synchro. Étant donné que les places [olympiques] étaient déjà ouvertes, on s’est dit que je me retirerais pour me reposer. J’avais envie de plonger parce que ça faisait un an et demi que je n’avais pas fait de compétition, pas parce que j’en avais besoin. Ça fait 20 ans que je fais ça, je sais comment me préparer pour une compétition. »

Benfeito s’attend à participer à un seul autre évènement avant les JO, les essais olympiques, prévus à Toronto du 11 au 13 juin.