Il y a eu l’exaltation, les attentes, les déceptions, la renaissance, les blessures, encore les déceptions… Voilà à peine quatre ans que Ryan Poehling a été repêché, mais ça pourrait aussi bien en faire 10 de plus tellement on a parlé de lui.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Parfois pour les bonnes raisons – son tour du chapeau à son premier match en carrière, quelqu’un ? –, parfois pour les moins bonnes. La saison dernière, chez le Rocket de Laval, l’Américain a retrouvé de sa superbe, mais une blessure au poignet gauche a mis fin abruptement à son élan.

Le voilà toutefois de retour, ces jours-ci, au camp d’entraînement du Canadien. Dans les faits, il s’agit de son troisième camp… mais probablement de son premier « vrai » camp, celui en tout cas où il profite d’une réelle chance de décrocher un poste.

En 2019, il a été le dernier joueur retranché, lui qui avait raté une partie du camp en raison d’une commotion. Ses rappels en cours de saison n’ont pas été couronnés de succès.

La saison dernière, on a tenu un camp pour la forme, car tous les postes étaient déjà attribués. On l’a en outre cédé au Rocket de Laval, dans la Ligue américaine, plutôt que de l’affecter à l’escouade de réserve, où il aurait vu peu, voire pas, d’action. Ce choix l’a bien servi, car c’est à Laval qu’il a éclos, avec 25 points en 28 matchs.

Cette semaine, il est débarqué au complexe Bell de Brossard dans une forme olympique, ce qui a fait dire à Nick Suzuki qu’il a « certainement passé beaucoup de temps au gym » pendant la saison morte. Son poignet est pleinement rétabli, assure-t-il. Mais surtout, il y a, dans sa ligne de mire, un objectif on ne peut plus concret : un poste au centre du quatrième trio.

Progrès

Avec Jake Evans qui semble, à moins d’une catastrophe, le candidat désigné pour piloter le troisième trio, le trou est béant sur la quatrième unité.

Cédric Paquette est également sur les rangs. Or, dans une entrevue au 91,9 Sports plus tôt cette semaine, l’entraîneur-chef Dominique Ducharme a dressé sa ligne de centre préliminaire dans cet ordre : Suzuki, Christian Dvorak, Evans, Poehling et Paquette. L’histoire ne dit pas si l’énumération doit être prise à la lettre. Mais à n’en point douter, le nom de Poehling est dans les discussions.

« On aime la façon dont il a progressé au cours de la dernière année », a précisé Ducharme, jeudi, au premier jour du camp.

Sur la glace, Poehling avait été placé au centre de Laurent Dauphin et du vétéran Artturi Lehkonen.

Sans être dominant, il est apparu concentré, en contrôle, efficace. Dans une simulation à cinq contre cinq en zone défensive, il s’est fait déjouer par Tyler Toffoli, mais dès la seconde suivante, il anticipait parfaitement la passe du numéro 73 pour réparer son erreur.

Ducharme a dit avoir apprécié le travail du joueur de 22 ans, mais les « réponses » viendront lors des matchs hors concours. Le premier aura lieu dès ce samedi à Toronto. On peut parier que Poehling aura toutes les chances de se faire voir.

Plus précisément, l’entraîneur a dit qu’il avait « amélioré la façon dont il bouge » et qu’il avait « pris de la maturité physiquement ».

« Je vois des détails dans son jeu, a-t-il ajouté. Dans les exercices, avec ou sans la rondelle, je le vois faire des choses plus efficaces. Il est plus fort sur la rondelle, il la protège mieux. »

Ce que recherche Ducharme, c’est un joueur « fiable », « efficace » dans les deux sens de la patinoire.

Surtout, Poehling doit « se battre » pour décrocher un poste et « trouver son rôle » dans l’équipe. « C’est aux joueurs de nous dire ce qui va arriver », a-t-il répété.

Message reçu

S’il y en a un qui a saisi le message, c’est bien Ryan Poehling.

Déjà, la saison dernière, on sentait le jeune homme assagi, plus introspectif par rapport à sa carrière et à lui-même.

L’année de maturité supplémentaire n’a fait qu’accentuer cette tendance. Avec une aisance complète, il s’est adressé franchement à la quinzaine de membres des médias réunis devant lui – en présentiel, oui oui ! Il a avoué avoir eu besoin de temps avant de prendre acte avec netteté du chemin qui s’ouvrait devant lui, sans se comparer aux autres joueurs devant lui dans la hiérarchie de l’organisation.

« Tu arrives de l’université, tu connais un bon premier match… Il n’y a pas de limite, surtout dans un marché comme celui-ci », a-t-il raconté à propos de l’euphorie qui avait marqué ses débuts dans la LNH.

Pas de limite, surtout, aux attentes à son égard. Les épreuves ont toutefois contribué à recentrer la haute opinion qu’il avait de lui-même – ses mots, pas les nôtres. La chute a été brutale, et les frustrations, réelles. Mais il s’est relevé, assure-t-il.

C’est donc gorgé de cette humilité nouvelle qu’il s’est résolu à suivre son « propre chemin », que celui-ci passe ou non par un détour par la Ligue américaine, ou qu’il exige qu’il prenne d’autres pas de recul.

Cela n’empêche pas Ryan Poehling d’avoir « des attentes très élevées ». Il a travaillé dur cet été pour attirer l’attention du personnel d’entraîneurs au camp. Vu sa blessure au poignet, qui a exigé quelque trois mois de rééducation après une opération, il a renforci le bas de son corps. Il se sent résolument « plus fort ».

Il sait mieux que quiconque que rien ne lui est acquis. « C’est à moi d’aller chercher » le poste disponible, reconnaît-il.

À Laval, Poehling dit aussi avoir travaillé sur sa constance. « Je veux que les entraîneurs puissent compter sur moi. »

Ça tombe bien, car ça ressemble drôlement à ce que recherche Dominique Ducharme.

En bref

Hoffman ratera le camp, peut-être le début de la saison

Le Canadien a publié jeudi les résultats des examens médicaux menés la veille auprès de tous les joueurs invités au camp d’entraînement. On a ainsi appris que le nouveau venu Mike Hoffman pourrait rater tout le camp en raison d’une blessure au bas du corps. Selon Dominique Ducharme, l’ailier gauche avait communiqué avec l’équipe médicale du CH avant d’arriver à Montréal pour « un petit bobo ». Il a subi des traitements à son arrivée et a patiné à Brossard avec ses coéquipiers la semaine dernière. Son cas s’est par la suite aggravé, au point qu’il est « douteux » qu’il prenne part au premier match de la saison le 13 octobre prochain. Par contre, selon les informations dont disposait Ducharme, Hoffman n’aurait pas besoin de passer sous le bistouri.

Price, Gallagher, Edmundson

Un qui devrait en principe être à son poste contre les Maple Leafs de Toronto en lever de rideau de la saison, c’est Carey Price. Le gardien ratera le gros du camp d’entraînement, mais le « plan » prévoit un retour à temps pour disputer au moins un match présaison – le dernier aura lieu le 7 octobre. Price s’entraîne en ce moment en solitaire, mais devrait amorcer son travail avec Éric Raymond, nouvel entraîneur des gardiens du CH, la semaine prochaine. « Il suit son programme » de rééducation à la suite de l’opération au genou qu’il a subie cet été, a simplement dit Ducharme. Sinon, Joel Edmundson est lui aussi blessé (on n’en sait pas davantage), et il a patiné en solitaire jeudi. Il devrait rejoindre ses coéquipiers au cours des prochains jours. Brendan Gallagher manquait lui aussi à l’appel au premier jour du camp pour « des raisons familiales ». Il devrait retrouver son poste d’ici samedi.

Drouin en pleine forme

Jonathan Drouin avait prévenu qu’il était de retour en pleine forme. Il n’a pas menti. Jeudi, le Québécois a patiné avec tous ses coéquipiers pour la première fois depuis qu’il a quitté l’entourage de l’équipe à la fin du mois d’avril. On a depuis appris qu’il souffrait d’anxiété et de troubles du sommeil. Dès ses premiers instants sur la glace, il a affiché l’énergie et la fougue de ses beaux jours. Et dans un exercice de protection de rondelle à un contre un, il a complètement déculotté Josh Anderson, deux fois plutôt qu’une. Un peu plus tard, lorsque des trios ont été formés, il s’est retrouvé à la gauche de Christian Dvorak, qui pourrait bien être son joueur de centre attitré au début de la saison. Dominique Ducharme a apprécié son « niveau d’énergie ». « Il bougeait bien », a-t-il ajouté. « Quand il est comme ça, c’est là qu’on voit sortir ses habiletés. Je veux qu’il continue comme ça, qu’il soit encore meilleur [vendredi]. »

Expérience et jeunesse en défense

Les combinaisons du premier matin du camp sont, bien sûr, hautement sujettes à changement. Par contre, certains duos en défense ont certainement donné un indicateur sur l’appréciation de deux recrues du club. On a en effet réuni Kaiden Guhle au vétéran David Savard, et Mattias Norlinder à Ben Chiarot (à droite). Il ne faudrait pas se surprendre si ces duos demeuraient réunis dans un match hors concours. « On veut que nos jeunes se sentent à l’aise, a dit Ducharme. Jouer avec un vétéran, surtout les premières journées, ça diminue la nervosité. » L’entraîneur a toutefois rappelé qu’il baserait davantage son évaluation sur les matchs à venir. À ce sujet, il a fait remarquer que ces rencontres permettent généralement aux jeunes joueurs de mieux paraître qu’au camp des recrues, où le jeu est plus « échevelé ». La « cohésion » et la « structure » sont plus favorables avec des joueurs de la LNH, croit-il.

De bons mots pour Romanov

Alexandre Romanov n’a que très peu joué au cours des dernières séries éliminatoires, et il avait connu une fin de saison difficile. Par contre, Dominique Ducharme a insisté sur le fait qu’« on a aimé ce qu’il a fait l’an passé ». L’adaptation au hockey nord-américain, à une nouvelle ville, à un nouveau pays, en pleine pandémie en plus, autant d’épreuves que le jeune défenseur a surmontées. « Tu te sens loin de la Russie, j’imagine », a imagé l’entraîneur. Au présent camp, « on voit sa progression ». « Il est plus à l’aise, il sait à quoi s’attendre ». N’empêche qu’il « ne faut pas qu’il se fixe des objectifs irréalistes ». « Des fois, il faut faire un pas par en arrière avant d’en faire deux ou trois par en avant. On va l’accompagner là-dedans. »