(Winnipeg) En prélude au premier match de la série, Mathieu Perreault, des Jets, avait indiqué que ses coéquipiers et lui étaient parfaitement à l’aise de disputer des matchs à bas pointage, vu notamment le brio de leur gardien Connor Hellebuyck.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
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Le hic, dans ce scénario, c’est que ce devait être son équipe qui dictait l’allure de la rencontre. C’est toutefois l’exact contraire qui s’est produit, vendredi, lorsque le Canadien a signé une victoire de 1-0 contre les Jets. C’est donc ce même CH qui rentre à la maison avec une avance de 2-0 dans la série.

Cet affrontement n’a rien eu d’un régal pour les téléspectateurs, encore moins pour les 500 partisans éparpillés dans l’amphithéâtre à Winnipeg, qui ont assisté à du jeu serré, souvent disputé en zone neutre. Dans le camp des Jets, on n’a généré que six chances de marquer de qualité, selon la compilation du site Natural Stat Trick.

En fait, la meilleure chance des locaux est probablement survenue à un peu plus de trois minutes de la fin de la rencontre, lorsque Perreault a dévié un tir tout près de Carey Price et que Nikolaj Ehlers a sauté sur le retour pour décocher un tir d’un angle fermé. Ça donne une idée de la teneur de la menace globale à laquelle a fait face le gardien du Canadien, impeccable au demeurant – en témoigne ce blanchissage, le huitième de sa carrière en séries éliminatoires.

La contrepartie de cette menace modérée des gros canons des Jets, c’est un effort défensif presque sans faille du Tricolore. Simple, méthodique, efficace.

L’entraîneur-chef Dominique Ducharme a sourcillé à l’évocation d’un match « parfait », mais il a convenu que « de match en match, surtout défensivement, on fait très bien ».

« On s’améliore de soir en soir, a-t-il poursuivi. C’est ce qu’on veut faire et qu’on veut ramener à Montréal. Il y a aussi des petits détails où on peut être encore meilleurs. »

Ensemble

Curieusement, en fin de deuxième période, les joueurs des Jets semblaient vidés de leur passion, de leur désir de vaincre. Ils avaient la mine basse d’une équipe qui est en train de subir une correction en règle, alors que le pointage n’était pourtant que de 1-0.

La raison était bien simple : absolument rien ne fonctionnait pour eux. Leurs passes étaient coupées en zone neutre et en territoire montréalais. Les défenseurs du Canadien fermaient la porte le long des bandes en entrée de zone et dégageaient le devant du filet de Price. Et les attaquants dits « de soutien » du Canadien dominaient leurs vis-à-vis.

On joue bien ensemble. Tout le monde se soutient et revient rapidement en zone défensive. [Les Jets] sont agressifs en échec avant, mais on fait du bon boulot pour s’aider dans notre territoire.

Ben Chiarot

Chiarot, de fait, a été le grand leader de cet effort collectif. Autant les Maple Leafs de Toronto auront fait souffrir le duo qu’il forme avec Shea Weber jusqu’à la toute fin, autant le style des Jets semble mieux convenir aux deux vétérans, qui ont la chance de mettre à profit leur gabarit imposant et qui semblent profiter d’espace additionnel pour sortir la rondelle de leur territoire.

« Il a disputé des minutes de qualité et joué comme un défenseur de première paire », a dit Carey Price de Chiarot.

Le gardien n’a évidemment pas chargé sa remarque d’un sous-entendu, mais il demeure que Chiarot a connu toutes sortes de difficultés cette saison. Au retour de sa blessure qui l’a forcé à rater six semaines, notamment, il avait mis du temps à trouver ses repères : à ses 16 derniers matchs de la saison, il s’est forgé un différentiel malheureux de - 14.

Est-ce que l’air de Winnipeg inspire particulièrement cet ancien des Jets ? On ne le saura jamais.

Confiance

Un autre qui a connu une solide performance – encore une, en fait –, c’est Phillip Danault. Son trio, auquel on avait adjoint Artturi Lehkonen en remplacement de Jake Evans, a été intraitable face à la principale unité des Jets, pilotée par Pierre-Luc Dubois en l’absence de Mark Scheifele et de Paul Stastny.

C’est à se demander si Danault, lui aussi, n’est pas plus à l’aise face aux Jets.

Peu loquace sur ses accomplissements personnels, le Québécois a souligné à quel point, en ce moment, « tout le monde fait son travail ».

Il n’y a pas de maillon faible, tout le monde embarque dans le plan des entraîneurs, et Carey nous donne une chance de gagner à chaque match. C’est vraiment le fun de jouer de cette façon. C’est le meilleur temps de l’année.

Phillip Danault

Tous les éléments qu’a pointés Danault convergent vers un même thème : la confiance. Dès l’entraînement matinal, la confiance était palpable. Les exercices étaient rapides, précis, mais rarement a-t-on entendu séance de patinage aussi bruyante cette saison. On s’encourageait, on se taquinait. Le sourire était facile. Évidemment en raison des victoires qui s’accumulent, mais aussi vu la manière dont les choses semblent s’être mises en place depuis le fameux cinquième match à Toronto.

Ceci explique cela – et inversement, a expliqué Dominique Ducharme.

« Avec la confiance vient la patience, a-t-il dit. J’aime notre exécution. On a [bon espoir] qu’en conservant notre façon de jouer, le résultat va tomber de notre côté. Nos décisions sont bonnes […], défensivement, avec la rondelle. Et on est récompensés. »

Et les partisans aussi. Ce qui n’est pas arrivé souvent au cours des dernières années.

En hausse

Ben Chiarot

Intraitable dans sa zone et patient en possession de la rondelle, le défenseur a peut-être disputé son meilleur match en 2021, saison et séries confondues.

En baisse

Brett Kulak

Honnêtement, personne ne mérite de se retrouver dans cette rubrique. De nouveau peu utilisé, Brett Kulak ne respire pas la confiance, encore qu’il n’ait pas commis d’erreurs coûteuses.

Le chiffre du match

1281

Le Tricolore vient de signer une cinquième victoire de suite, ce qui n’était pas arrivé depuis la séquence du 25 novembre au 2 décembre 2017. Il s’est écoulé trois ans et demi, ou 1281 jours, entre les deux victoires no 5.

Ils ont dit

Quand on s’est retrouvés le dos au mur, on s’est regardés dans le miroir et on s’est dit que ça ne pouvait pas finir comme ça. Pas après tout ce qu’on a traversé ensemble cette saison. On devait se lever tous en même temps.

Phillip Danault

Je pense que toutes les équipes qui sont encore en séries sont celles qui se défendent bien et qui jouent dur. Les Islanders, les Bruins, les Knights… Ils sont rapides et ils ne donnent pas d’espace.

Ben Chiarot, sur le succès défensif de son club

[Lehkonen] a été solide, comme d’habitude. Dès qu’il embarque sur la glace, il joue toujours de la même manière. Il a obtenu un bon tir en première période et a connu un fort match.

Phillip Danault, sur son compagnon de trio

On joue bien défensivement, mais quand [l’adversaire] essaie de forcer le jeu, on capitalise sur ça. Et Tyler Toffoli a décoché tout un tir.

Phillip Danault, à propos du but inscrit en désavantage numérique

Un marqueur comme lui, quand il la met dedans, il peut partir pour cinq ou six matchs. C’est important de marquer des buts en désavantage numérique. Il est capable de le faire dans toutes les situations.

Dominique Ducharme, à propos de Tyler Toffoli, qui a marqué trois buts à ses quatre derniers matchs

Dans le détail

Gustafsson, chapitre 245

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Erik Gustafsson (au centre) avec Jesperi Kotkaniemi et Josh Anderson

Ce n’est pas partout que le choix du sixième défenseur d’un club soulève autant de passion et de discussions. Après avoir connu un match pénible en lever de rideau de la série, perdant notamment son poste en avantage numérique, Erik Gustafsson a (encore) eu droit à une autre chance, vendredi, suscitant toutes sortes de questions chez les journalistes et au sein du public. En matinée, Dominique Ducharme avait dit souhaiter que son joueur « rebondisse ». Sans connaître un grand match, le Suédois s’est sans doute acheté un billet pour un match supplémentaire. Après deux périodes, il avait déjà disputé trois minutes de plus que dans la rencontre précédente en entier, faisant l’étalage de son style maladroit dans son territoire, mais sans que son équipe en subisse les conséquences. Par contre, alors que le Tricolore protégeait une mince avance d’un but, il a sagement regardé la troisième période du banc. Encore.

Il s’appelle Jordie

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

Jordie Benn (40) et Jesperi Kotkaniemi (15) devant le filet de Connor Hellebuyck

Pendant les deux saisons et des poussières qu’il a passées à Montréal, le sympathique Jordie Benn a rendu de fiers services au Canadien. Déjà, à l’époque, on savait bien que son chèque de paie n’était pas justifié par son jeu raffiné. Deux ans après son départ pour l’Ouest canadien, on constate que l’âge n’a pas aiguisé ses réflexes. Inséré dans la formation des Jets en remplacement de Dylan DeMelo, qui s’est blessé dans le premier match de la série, Benn a été jumelé au subtil Logan Stanley. Le résultat a été… mitigé, au mieux. Surtout employé contre les troisième et quatrième trios du Canadien, le duo ne savait plus où donner de la tête, et ce, alors que des vétérans comme Eric Staal et Corey Perry ne sont pas des marchands de vitesse. Parlant de Stanley et de Perry, une belle amitié se développe entre les deux, après que le gros défenseur des Jets a successivement envoyé un coup de coude au visage de l’attaquant du Canadien au cours du premier match, puis un coup de bâton au même endroit au début du deuxième. Deux fois sans pénalité. Nous suivrons l’idylle de près.

Quel code ?

PHOTO SERGEI BELSKI, USA TODAY SPORTS

Paul Maurice derrière le banc des siens

Que Mark Scheifele ait été suspendu ou non, un point d’interrogation flottait au-dessus de la rencontre de vendredi : assisterait-on à une montée de l’animosité entre les deux équipes ? En matinée, l’entraîneur-chef des Jets, Paul Maurice, avait dit qu’au contraire, il s’attendait à un match « propre ». Et chez le Canadien, on avait déjà exprimé le souhait de faire « payer » Scheifele et les Jets en remportant la rencontre. Les deux prédictions se sont finalement avérées. Seules trois punitions ont été distribuées au cours du match, aucune à la suite d’une bagarre ou d’une échauffourée après le sifflet. Les Jets se sont certes vu attribuer 49 mises en échec, mais on soupçonne le marqueur officiel d’avoir un faible seuil de tolérance aux contacts. Dominique Ducharme a particulièrement aimé la manière dont ses hommes ont contenu leurs adversaires en début de rencontre, se doutant qu’ils connaîtraient un fort début de match afin de rebondir après leur défaite de mercredi. « Je trouve que nos joueurs ont bien géré la situation, mais également leurs émotions », a-t-il dit.