« Passer de la parole aux actes ». Voilà une expression bien commode dans le monde du sport. Dans une industrie où chaque match est précédé et suivi de périodes d’entrevue, c’est effectivement un cliché drôlement utile.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais dans le cas qui nous préoccupe, y a-t-il même eu des paroles avant les actes ?

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Laissons le lecteur répondre à cette question rhétorique et concentrons-nous sur les actes de Shea Weber, à défaut des paroles.

Au lendemain d’un point de presse où il a esquivé les questions sur ses performances individuelles, le capitaine eu Canadien a joué comme un homme qui souhaitait clore le débat. Weber a livré une prestation inspirante, menant les siens à un triomphe de 4-3, mercredi, à Edmonton.

Weber et son partenaire, Ben Chiarot, se sont imposés physiquement toute la soirée, pendant qu’en zone offensive, Josh Anderson a livré une performance « Gallagheresque ».

Dès l’échauffement

« C’est un sport d’équipe, non ? » Avec cette simple petite phrase, Weber a littéralement mis le feu aux réseaux sociaux, mardi. Il évitait ainsi, pour la troisième ou quatrième fois, une question sur ses performances individuelles récentes, manifestement à la baisse.

Weber n’a jamais été un grand tribun. Mais assez rapidement mercredi, on a compris comment il entendait répondre.

Ça a commencé pendant l’échauffement, quand Anderson est allé adresser quelques mots à Alex Chiasson, celui qui a mis Carey Price hors de combat pour les prochains jours. Chiarot et Weber sont venus en rajouter une couche.

« Il faut être engagé dès que tu foules la patinoire, a noté Anderson, après le match. On leur a dit qu’on était là, qu’il allait y avoir un prix à payer pour ce qu’ils ont fait à notre meilleur gardien, au meilleur gardien de la ligue. Et ils ont payé. »

Weber a laissé Corey Perry appliquer le fameux « code » auprès de Chiasson ; lui s’est occupé principalement de Connor McDavid et Leon Draisaitl. Heureux hasard pour le numéro 6 du CH ; c’était le genre de soirée où les arbitres ne se sentaient pas très keynésiens, et ont laissé les forces en présence s’autoréguler, du moins dans les deux premières périodes. Ce duel avait des allures de séries éliminatoires ; ça valait autant pour les joueurs que pour les officiels.

La frustration chez les deux supervedettes des Oilers était palpable. Des 46 mises en échec du Canadien, 13 ont été décernées à McDavid et Draisaitl. « C’est ce qu’on essaie de faire. On essaie de frustrer leurs meilleurs joueurs, a admis Anderson. Quand t’affrontes le meilleur au monde, tu dois l’empêcher de gagner de la vitesse. Une fois qu’il en a, attention ! Il peut voler et il fait peur offensivement. Mais en général, on a bien limité sa vitesse. On pouvait voir la frustration grimper. »

Puis, en troisième période, un jeu en apparence banal ; pendant une infériorité numérique, Artturi Lehkonen étend la jambe et bloque un tir de Tyson Barrie avec son patin. Quel joueur est allé donner à Lehkonen un coup de bâton au derrière en guise de félicitations ? Encore Weber.

« Shea est le meneur de cette équipe. Il l’est depuis que je suis arrivé ici et quand on affrontait Montréal, on le savait. Il s’est levé ce soir », a noté le gardien Jake Allen.

Et l’après-match ? Malgré les demandes d’à peu près tous les membres des médias, Weber n’était pas là pour répondre aux questions. On aurait voulu écrire le scénario approprié qu’on n’aurait pas trouvé mieux.

Une répétition ?

En entrevue mercredi matin, Anderson insistait sur l’importance d’être « méchant » et dur à affronter. Il l’a fait tout au long de la rencontre et ça lui a valu ses deux buts, sur des jeux où il ne s’est pas gêné pour se salir le nez.

Jesperi Kotkaniemi a amorcé son match en tentant de passer Josh Archibald par-dessus bord ; c’était déjà la deuxième de ses cinq mises en échec. Corey Perry a été dérangeant toute la soirée. Artturi Lehkonen et Paul Byron, de vraies boules d’énergie, comme ils l’ont été en août dernier dans la bulle à Toronto. Même Joel Armia a mis son gros gabarit à profit pour jouer du coude.

Si le hockey des séries ressemble bel et bien à ce qu’on a vu mercredi, on a une bonne idée des joueurs qui répondront présent. Ils étaient nettement plus nombreux que les passagers. C’est peut-être la meilleure nouvelle pour Dominique Ducharme.

Encore faut-il, cependant, que le Canadien cesse de jouer avec le feu et de donner espoir à ses rivaux dans la course à la 4e place dans la Division nord. C’était seulement une troisième victoire dans les neuf derniers matchs, et trop souvent cette saison, des performances de la sorte ont été suivies de sorties incolores et inodores.

Après la circulation devant le filet et le niveau d’engagement, le besoin de constance sera sans doute un thème dominant de la prochaine ronde d’entrevues. Ce groupe aura donc une autre belle occasion de passer de la parole aux actes.

En hausse : Artturi Lehkonen

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Artturi Lehkonen (à gauche)

Dans l’ombre des meneurs et des colosses du Canadien, le petit ailier a disputé un fort match. Son but était bien mérité.

En baisse : Jonathan Drouin

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Jonathan Drouin (à droite)

Ça ne va pas du tout. Plusieurs pertes de rondelle en sortie de zone. Et sa pénalité en fin de match a permis aux Oilers de revenir dans le coup.

Le chiffre du match : 13

Nombre de mises en échec distribuées par le duo de Ben Chiarot et Shea Weber. Ça résume bien leur œuvre.

Dans le détail

Jon Merrill, comme promis

On n’accusera pas Dominique Ducharme de nous avoir remplis ! « Simple et efficace », avait dit l’entraîneur-chef, mercredi matin, au sujet de nouveau venu du jour, Jon Merrill. C’est effectivement du jeu très efficace que Merrill a offert à son premier match avec le Canadien. Il a orchestré quelques sorties de zone avec des passes courtes. Il s’est retrouvé opposé à Connor McDavid de temps à autre, et s’est bien défendu, le mettant même en échec derrière le filet à une occasion, pour séparer le numéro 97 de la rondelle. Et lors d’une présence en deuxième période, on a vu l’aspect « simple » de son jeu en zone offensive. La rondelle a dû se retrouver trois ou quatre fois sur la lame de son bâton, autant d’occasions de montrer que la créativité offensive n’est pas dans son arsenal. Chaque fois, il a simplement dirigé la rondelle vers le filet, sans fantaisie. Du travail typique d’un défenseur de troisième duo fiable.

Le jeu à éviter

Il a beaucoup été question, mardi, de l’incapacité des défenseurs du Canadien à générer de l’attaque. Parmi les solutions, Dominique Ducharme avait évoqué le sacro-saint trafic devant le filet, mais avait aussi précisé que ses défenseurs devaient « éviter des tirs bloqués ». Jeff Petry n’avait pas lu le mémo au complet, visiblement. En première période, son tir a été bloqué par un joueur adverse, permettant à Jesse Puljujarvi de se présenter en échappée. Jake Allen a fait l’arrêt. N’empêche que ces revirements sur des tirs bloqués ont longtemps été une mauvaise habitude de Petry. Le défenseur s’en est sorti indemne cette fois, et a tout de même terminé sa soirée avec deux passes.

Encore à 11 attaquants…

Les Oilers sont gros à l’attaque et certainement capables de s’imposer quand c’est robuste. Mais ils viennent de perdre un deuxième soldat en deux matchs. Après Jujhar Khaira lundi, c’était au tour de Zack Kassian de quitter le match prématurément. Dès sa deuxième présence, le colosse a tenté de frapper Shea Weber derrière le but du Canadien, et s’est étrangement blessé à une jambe. Il est rentré au banc sur une seule jambe et a eu besoin d’aide pour retraiter au vestiaire. Khaira (6 pi 4, 212 lb) et Kassian (6 pi 3, 211 lb) sont deux des plus imposants attaquants des Oilers, et les deux distribuent les mises en échec à longueur de soirée… La situation a donc forcé les Oilers à jouer à 11 attaquants pour un deuxième match de suite. Sans surprise, les suspects habituels en ont eu plus dans leur assiette : McDavid et Leon Draisaitl ont joué 27 minutes chacun, tandis que Ryan Nugent-Hopkins, de retour après quatre matchs d’absence, a passé 26 minutes sur la patinoire.

Ils ont dit

Ils ont été colossaux pour nous ce soir. Ils ont été très forts toute la saison. Ils ont bougé leurs jambes, ils étaient forts en échec-avant, en repli, et bien conscients de qui était sur la patinoire.

Josh Anderson, à propos d’Artturi Lehkonen et Paul Byron

Quand il active ses pieds, tu vois à quel point il est efficace. Il n’est pas aussi rapide que McDavid, mais quand il décolle, il est dans l’élite de la ligue. C’est 230 lb de muscle, pas de gras. Il peut changer le cours d’un match.

Jake Allen, au sujet de Josh Anderson

Ils étaient désespérés. Ils sont sortis avec force et on n’a pas affiché la même intensité, la même volonté qu’eux. C’était une bonne bataille, et on est arrivés à court.

Dave Tippett, entraîneur-chef des Oilers

On ne veut pas juste se contenter de travailler fort. C’est un peu ça qu’on a fait dernièrement. On a défié nos joueurs. On était durs. On a parlé d’aller au filet. Ça ne paie pas chaque fois que tu y vas, mais à la longue, ça a payé ce soir.

Dominique Ducharme

Les habiletés de Kotkaniemi ressortent quand il est engagé dans le jeu, de la façon qu’il patine, qu’il rentre dans les batailles. C’est dans ces moments-là qu’il a ses meilleurs matchs.

Dominique Ducharme

Il est stabilisateur, calme, il a une bonne première passe. J’ai aimé son travail avec Romanov.

Dominique Ducharme, à propos de Jon Merrill