L’entraîneur-chef Mario Pouliot, qui a remporté les deux dernières éditions de la Coupe Memorial, a récemment fait l’objet d’une enquête de la Ligue de hockey junior majeur du Québec pour son comportement « inapproprié » avec des collaborateurs.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

L’information m’a été confirmée par la ligue et les Huskies de Rouyn-Noranda, le club dont il est le directeur général et l’entraîneur-chef.

La ligue a agi à la suite d’une plainte officielle déposée l’hiver dernier. Les dirigeants du circuit ont alors parlé « aux gens concernés par le dossier ». Les allégations entendues étaient assez sérieuses pour que des « correctifs » doivent être apportés rapidement chez les Huskies.

« Nous avons été mis au courant de la situation », a reconnu le directeur des communications de la ligue, Maxime Blouin, dans une déclaration écrite. « Chaque fois, nous sommes intervenus avec son employeur, avec les éléments d’information que nous avions sous la main. Des correctifs ont été apportés. Au niveau de la ligue, nous avons fait un suivi serré des allégations qui ont été mises de l’avant, et nous avons eu des rencontres avec l’organisation concernée. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DES HUSKIES DE ROUYN-NORANDA

Mario Pouliot, directeur général et entraîneur-chef des Huskies de Rouyn-Noranda

Mario Pouliot a des antécédents de relations difficiles avec ses collaborateurs. Ces derniers jours, j’ai appris que la ligue était déjà intervenue dans le passé auprès de deux de ses anciens employeurs, le Drakkar de Baie-Comeau et le Titan d’Acadie-Bathurst, pour que, là aussi, des correctifs soient apportés.

Quels faits lui sont reprochés ?

La LHJMQ refuse de le préciser. Elle s’en tient à sa déclaration écrite. « La ligue m’a appelé pour me dire qu’il s’est dit des choses inappropriées », m’a indiqué le propriétaire des Huskies, Jacques Blais. Ça concorde avec les témoignages de cinq anciens employés de Mario Pouliot que j’ai recueillis cette semaine. Ces ex-collaborateurs travaillaient avec lui chez le Drakkar, le Titan ou les Huskies. Ils m’ont tous dit avoir été témoins de propos déplacés et d’épisodes de colère.

Jacques Blais reconnaît que son entraîneur-chef est un homme « intense ». « Mario, c’est un excellent coach. Un des meilleurs coachs au Canada en arrière du banc. Mais il arrive un temps… C’est un gars bien intense. Lui, il est là à 6 h le matin, et il repart à 20 h. Il fait juste ça. Quand les gars viennent travailler, il veut que les gars soient sur la pin. »

Cet engagement et ce souci du détail lui ont d’ailleurs permis d’atteindre les plus hauts sommets du hockey junior canadien. Mario Pouliot a remporté deux éditions consécutives de la Coupe Memorial, avec deux formations différentes. Un exploit unique. En 2019, il a été nommé entraîneur-chef de l’année au Canada et au Québec, ainsi que meilleur directeur général de la LHJMQ.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DES HUSKIES DE ROUYN-NORANDA

Mario Pouliot, a remporté les deux dernières éditions de la Coupe Memorial, avec deux formations différentes.

Lorsqu’il a su que je préparais une chronique sur Mario Pouliot, un de ses anciens adjoints chez le Titan d’Acadie-Bathurst, Brad Flynn, m’a contacté pour me raconter son expérience, qu’il qualifie de positive. « J’ai travaillé pour Mario. Il était ferme, mais très juste. Il veut toujours ce qu’il y a de mieux pour les joueurs et le personnel. Parfois, lorsque j’étais plus jeune, c’était difficile pour moi de le voir. Mais maintenant, comme père, je lui suis reconnaissant pour les leçons qu’il m’a apprises. […] J’ai été dans le hockey toute ma vie. Il se soucie plus de la personne que du joueur ou de l’entraîneur. »

Les cinq autres collaborateurs auxquels j’ai parlé ont gardé un souvenir beaucoup moins plaisant de leur ancien patron. J’ai voulu obtenir la version des faits de Mario Pouliot. En vain. Il refuse de commenter les allégations avant la publication de la chronique, m’a indiqué un porte-parole des Huskies.

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Depuis un mois, Mario Pouliot n’est plus derrière le banc des Huskies. Et il n’y retournera pas pour les séries éliminatoires qui doivent commencer la semaine prochaine.

C’est que l’homme de 57 ans se remet difficilement d’un incident cardiaque subi à la mi-mars, explique Jacques Blais. « Avec le stress subi lors des trois, quatre dernières années, il est fatigué. Avec la COVID, il est brûlé. Le docteur a dit qu’il avait besoin d’un congé de maladie. J’ai dit : “Mario, on va s’arranger d’une autre manière. Il faut que tu te remettes [en forme]. Il faut que tu dormes la nuit.” Je lui ai dit : “Prends donc ça mollo.” »

Mario Pouliot est encore sous contrat avec les Huskies pour une autre saison. À la suite des allégations, de l’enquête et de son incident cardiaque, sera-t-il de retour derrière le banc de l’équipe l’automne prochain ? J’ai posé la question à Jacques Blais, qui ne s’est pas prononcé.

« Ce qui est important pour moi, c’est que [Mario] soit en santé. Qu’il revienne comme il faut. Il est brûlé. Tout dépend de sa santé. […] Mais je vais te dire quelque chose : [pour les joueurs], si tu vas en finale de la Coupe Memorial ou de la Coupe du Président, tu es mieux d’avoir un gars comme Mario derrière le banc. »

Les correctifs apportés

Depuis la fin de l’enquête, les Huskies ont apporté des correctifs. Lesquels exactement ? Tous les membres de l’organisation devront désormais suivre un cours d’une demi-heure sur la civilité. Les Huskies ont aussi adopté « des règlements de civilité », confirme Jacques Blais. Concrètement, à l’avenir, lorsqu’il y aura des différends, des accrochages ou des incidents, un rapport devra être rédigé, afin que tout soit consigné. Ce qui n’était pas le cas les dernières années.