L’entraide et le soutien ont tenu une place étonnamment grande dans le discours du Canadien depuis le début, encore tout récent, du règne de Dominique Ducharme derrière le banc.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Aider son gardien trop souvent laissé en proie aux tirs ennemis. Aider ses défenseurs surmenés. Aider son ailier s’il perd la rondelle. Donner du sien pour l’autre, en somme.

Toutes ces paroles ont semblé trouver leur aboutissement, mardi soir, alors que le Tricolore a vaincu les Sénateurs d’Ottawa par la marque de 3-1, donnant du même coup à Ducharme sa toute première victoire comme entraîneur-chef dans la LNH.

En fournissant un effort collectif qu’on n’avait pas vu depuis un bon moment, le groupe a finalement donné beaucoup à Ducharme et à son nouvel adjoint Alex Burrows. Deux buts en avantage numérique, du jamais-vu en plus d’un mois. Aucun but accordé à court d’un homme – un « exploit » réalisé à seulement trois reprises au cours des 10 derniers matchs, mais accompli cette fois avec un aplomb renouvelé qui s’est même soldé par de bonnes chances de marquer à 4 contre 5.

Toute cette gratitude des joueurs s’est cristallisée après la sirène finale, lorsque Jonathan Drouin a pris soin de ramasser la rondelle destinée à son entraîneur chez les juniors. C’est toutefois le capitaine Shea Weber qui l’a remise à Ducharme. Un mélange de félicitations et de remerciements pour la dernière semaine, tumultueuse certes, mais riche en travail, en introspection et en ajustements de toutes sortes.

Sans surprise, l’entraîneur ne s’est pas épanché sur son accomplissement après la rencontre. Il a parlé d’un « beau geste » de Weber et Drouin. Il a eu une pensée pour sa famille, ses amis de longue date, les nombreuses personnes avec lesquelles il a travaillé sur sa longue route vers la LNH.

Surtout, il a insisté : « Je suis content pour les joueurs. »

« On a traversé une période difficile », a-t-il rappelé, en référence aux cinq défaites précédant cette rencontre. Mieux : « On méritait cette victoire. »

Une victoire obtenue dans l’« adversité », qui fera « grandir l’équipe », a-t-il ajouté.

Mais qui ne constitue qu’une pièce de ce que le Tricolore essaie de construire, a précisé Brendan Gallagher.

« Il a fallu travailler fort pour se sortir de ça, on ne veut pas y retourner, a-t-il prévenu. Il faut rester humble. C’est juste une victoire. »

Améliorations

C’est peut-être juste une victoire, mais elle a été révélatrice sur plusieurs plans.

On a évoqué l’avantage numérique, anémique depuis des semaines. Déjà, à l’entraînement matinal, la fébrilité était palpable, sous la direction de Burrows. La rondelle circulait rapidement, la créativité et l’agressivité étaient au rendez-vous. Les deux buts sont venus de la deuxième vague, celle de Jesperi Kotkaniemi, largement moins efficace que celle pilotée par Nick Suzuki jusqu’ici cette saison.

Déjà, Burrows « a un gros impact », a indiqué Kotkaniemi. « Il apporte beaucoup d’énergie sur le banc et nous donne de bons trucs chaque jour à l’entraînement. »

Ces deux buts, marqués en un peu plus de 2 minutes en deuxième période, « c’est l’impact que doit avoir un avantage numérique », a renchéri Gallagher, qui a parlé d’un gage de la préparation faite en amont.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi repousse Erik Gudbranson.

« On savait exactement ce qu’il fallait faire, ce que ça prenait. Et on a bien exécuté le plan. Pour un joueur, c’est un bon feeling. »

À court d’un homme, les changements aussi étaient palpables. Il est vrai que les Sénateurs ne forment pas une puissance en avantage numérique – leur deuxième vague est particulièrement léthargique –, mais l’« état d’esprit » n’était plus le même chez les locaux. Un bâton élevé malencontreux de Joel Armia en tout début de rencontre a rapidement donné lieu à une infériorité numérique de 4 minutes, dont s’est sorti indemne le Tricolore. L’équipe s’est ensuite nourrie de « l’énergie » insufflée par ce succès, dixit Ducharme. Ce dernier a expliqué avoir retiré des charges à quelques attaquants en pareilles circonstances – Armia, Nick Suzuki et Tyler Toffoli – afin de responsabiliser les autres spécialistes que sont Phillip Danault, Artturi Lehkonen, Jake Evans et Paul Byron.

« On veut que ces gars-là sentent que c’est leur apport à l’équipe, a détaillé l’entraîneur. Que c’est leur job, leur contribution. Je les sens engagés là-dedans. »

Comme il l’avait fait la veille, Ducharme s’est enthousiasmé de voir ses hommes être « en avance » sur l’horaire établi quant aux multiples changements à apporter dans le système de jeu.

« Si vous voyez déjà les ajustements, c’est parce que nos joueurs sont attentifs, a-t-il dit. Ils s’adaptent rapidement. Ça veut dire qu’on va pouvoir peaufiner et ajouter des détails. Ça regarde bien. »

Devant le but

« Et Carey Price ? », hurlera le lecteur mécontent d’avoir attendu jusqu’ici pour prendre des nouvelles de son gardien favori.

Il a été… Carey Price. Ce qui est une excellente nouvelle autant pour son équipe que pour lui-même. Calme, confiant, il a semblé en contrôle de la situation tout au long de la soirée, surtout en début de rencontre, lorsque les Sénateurs bourdonnaient autour de lui dès les premières minutes. Il a aussi profité d’un appui augmenté de ses coéquipiers, il est vrai.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Carey Price prend une pause devant Jake Allen, sur le banc.

Price avait l’air d’un homme franchement soulagé après le match, autant dans son attitude que dans ses mots – peu nombreux, comme à son habitude.

Il s’est dit « reconnaissant » envers le personnel d’entraîneurs de lui avoir confié le filet malgré ses difficultés des dernières semaines : seulement une victoire à ses six matchs précédents, et 14 buts accordés à ses trois derniers.

Au cours des derniers jours, il a redoublé d’efforts avec l’entraîneur des gardiens, Stéphane Waite. Sur quels aspects se sont surtout concentrés les deux hommes ? « Arrêter des rondelles ! », a-t-il répondu avec un rare sourire. Mais plus posément : « Garder le jeu simple et laisser les rondelles venir vers moi. »

Quand bien même Price aurait expliqué en détail chaque minute de ses derniers entraînements, ses confidences auraient rapidement périmées, puisque quelques minutes après son passage au podium, le Canadien annonçait que Waite avait été démis de ses fonctions – voir notre autre texte à ce sujet.

Une controverse entourant les gardiens de but à Montréal ? Allons donc.

Dans le détail

Le pari Daccord

Après sept départs de suite, Matt Murray méritait bien une soirée de repos. Le problème, c’est que D. J. Smith n’a pas de Jake Allen vers qui se tourner. Le gardien no 2 de l’équipe, Marcus Hogberg, étant blessé, il devait donc faire confiance à Joey Daccord, un jeune homme de 24 ans qui n’avait que 80 minutes d’expérience dans la LNH avant ce match, et qui n’a disputé que deux matchs dans la Ligue américaine cette saison. Smith jouait gros, mais Daccord l’a fait bien paraître, bloquant 30 des 32 tirs dirigés vers lui, dont un arrêt important contre Tyler Toffoli en première période pour maintenir la marque à 0-0. Daccord est natif de Boston, mais il a raconté après le match que la famille de son père venait de Montréal, et il paraissait ému. « Il y a 50 % de chances que mon grand-père ait tenté de se faufiler dans le Centre Bell ! », a-t-il lancé.

Un moins bon pari

D. J. Smith a toutefois moins bien paru en employant Micheal Haley, un véritable homme fort comme on en voyait dans les années 1990. Et qu’on ne voit plus, justement. Haley, 34 ans, totalise 11 buts, 21 passes et 692 minutes de pénalité en 274 matchs dans la LNH. Smith a justifié la présence de Haley en affirmant que le Canadien s’était permis de rudoyer « les jeunes joueurs talentueux » des Sénateurs, lors des matchs auxquels Haley n’avait pas participé. « Il est bon au banc », a-t-il ajouté. Smith a été conséquent à cet effet, gardant Haley au banc pendant 54 minutes. Sur la patinoire, Haley a présenté les pires statistiques de possession de rondelle de son équipe (indice Corsi de 20 %) et a bien failli se voir coller un - 1 à sa fiche quand Alexander Romanov a obtenu une chance de marquer en première période. On notera par ailleurs que Romanov venait de servir une percutante mise en échec à Erik Brannstrom, un jeune joueur talentueux des Sénateurs.

Beaucoup mieux pour Danault

Déjà que Phillip Danault en arrache offensivement, voilà que ces derniers matchs, ça se compliquait aussi au cercle des mises au jeu. Danault venait en effet de connaître quatre matchs de suite sous les 50 %, et a perdu la mise au jeu du début de la prolongation samedi, qui a mené au but gagnant des Jets. Mardi, cependant, Danault a remporté 10 de ses 16 mises au jeu (63 %), et 7 de ses 12 mises au jeu en territoire défensif. C’était pourtant mal parti pour le Québécois, qui était à 33 % (2 en 6) après une période. « Ce soir, nous avions de la difficulté aux mises en jeu, et puis Phil s’est levé, a commenté Dominique Ducharme. Je veux que tous mes joueurs se sentent importants. Nous avons besoin que Phil soit solide en désavantage, aux mises au jeu, mais aussi offensivement. Je crois que ce trio obtiendra des résultats bientôt. »

Ils ont dit

J’ai aimé beaucoup de choses. Joey [Daccord, le gardien] a été spectaculaire et nous a donné la chance de gagner. On a joué 55 minutes d’excellent hockey. On a perdu notre concentration pendant cinq minutes et ça a fini dans notre filet.

D. J. Smith, entraîneur-chef des Sénateurs

Les gars ont tout donné. On jouait un deuxième match en deux soirs, avec le voyagement. Ils ont vraiment tout donné en troisième période. C’est dommage qu’on ait perdu. Si j’avais fait un arrêt de plus, on aurait pu gagner.

Joey Daccord, gardien des Sénateurs

J’ai le bonheur de jouer avec Pricey depuis neuf ans. On entend toujours que Carey sera correct. Il n’est pas surhumain. Mais on voit le travail qu’il fait en coulisses. Il a de grandes attentes envers lui-même. Quand on dit qu’on n’est pas inquiet, c’est parce qu’on sait tout le travail qu’il accomplit. Il y a des moments où il peut sauver l’équipe, mais on doit aussi l’aider. Ce soir, il a réalisé de bons arrêts en début de match.

Brendan Gallagher

Quand on sentait que notre niveau descendait, j’ai aimé que nos joueurs se regroupent autour du noyau qu’on a mis en place : notre façon de penser, de jouer. Notre philosophie. C’est de bonnes expériences pour nos joueurs, pour grandir comme équipe.

Dominique Ducharme

Je l’ai dit ce matin : je ne suis pas inquiet que Carey serait Carey. Je crois qu’il a été très solide ce soir. […] Il n’y avait aucun doute dans ma tête que Carey serait de retour et qu’il finira la saison en force, même s’il reste beaucoup de route à faire.

Dominique Ducharme

[Le nouveau système] est assez similaire à ce qu’on faisait à Laval l’an passé, je reconnais beaucoup de choses. Je me sens confortable avec ça.

Jesperi Kotkaniemi

En hausse

Jesperi Kotkaniemi

Créatif et engagé à cinq contre cinq. Les deux buts de son club ont été marqués en avantage numérique par la deuxième vague, qu’il pilote.

En baisse

Jake Evans

Il n’est à blâmer pour rien en particulier, mais à forces égales, son trio est bien timide offensivement.

2

C’est la première fois depuis le 28 janvier que le Canadien marque deux fois en avantage numérique au cours d’un même match.