Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse de chacun des repêchages du Canadien depuis 2003. Cette cuvée coïncide avec l’entrée en poste de Trevor Timmins à titre de directeur du recrutement amateur chez le CH. Nous replongerons dans le contexte de l’équipe à a veille de chaque cuvée, rappellerons les déclarations enthousiastes de l’époque, avant de terminer avec le bilan.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

LE CONTEXTE

Deuxième saison sous le règne de Marc Bergevin, encore meilleure que la première. Non seulement l’équipe a-t-elle amassé 100 points, elle a atteint le carré d’as après avoir éliminé Tampa, puis Boston. Malheureusement pour le Canadien, l’attaquant des Rangers de New York, Chris Kreider, a blessé Carey Price d’une violente charge dès le début de la finale d’Association et mis fin aux espoirs d’atteindre la finale.

P. K. Subban a été fumant en séries avec 14 points en 17 matchs. Thomas Vanek, acquis à la date limite des échanges pour Sebastian Collberg et un choix de deuxième ronde en 2014, a marqué des buts importants. Lars Eller a constitué l’un des meilleurs attaquants de l’équipe avec 13 points. Max Pacioretty a été plus discret. Après une saison de 39 buts, il en a marqué cinq en 17 matchs de séries.

La belle fin de saison hypothèque le CH au repêchage. Montréal ne repêchera pas avant le 26e rang. Il a déjà cédé son choix de deuxième ronde pour Vanek. Après son premier choix, Timmins et ses hommes ne parleront donc pas avant le 87e rang, en toute fin de troisième ronde.

Ça ne s’annonce pas facile pour le Canadien. Des recruteurs, sous le couvert de l’anonymat, parlent de l’une des pires mannes des dix dernières années.

Après les favoris Aaron Ekblad, Sam Bennett, Sam Reinhart, Leon Draisaitl et Michael Dal Colle, personne ne sait comment se déroulera la suite.

LES CHOIX

Pour la première fois depuis 2003 avec Andrei Kostitsyn, le Canadien se tourne vers un joueur de l’Europe de l’est en première ronde, l’attaquant Nikita Scherbak, un attaquant de 6 pieds 2 pouces comparé à Alex Galchenyuk. Le « facteur russe » inquiète toujours les équipes de la LNH, mais l’organisation montréalaise est rassurée par le fait que Scherbak a traversé l’Atlantique pour se joindre aux Blades de Saskatoon, dans la Ligue junior de l’Ouest, où il a obtenu 78 points en 65 matchs.

Scherbak était un peu seul au sein de cette équipe médiocre. Deux des meilleurs joueurs du club ont été échangés au cours de l’hiver et le deuxième au classement des compteurs derrière Scherbak en fin de saison a obtenu à peine 34 points.

Le facteur robustesse est toujours au cœur des préoccupation du Canadien. Marc Bergevin cède son choix de troisième ronde, 87e au total, et un choix de quatrième ronde, 117e au total, pour s’avancer de 14 places et repêcher au 73e rang le défenseur droitier Brett Lernout, 6 pieds 4 pouces et 215 livres de muscles et de hargne. Lernout a un potentiel offensif extrêmement limité, seulement 22 points en 72 matchs avec les Blades de Saskatoon, mais il peut terroriser ses adversaires avec ses mises en échec et ses poings.

Il ne reste plus de choix avant la cinquième ronde. Le CH opte pour un autre colosse limité offensivement, le défenseur Nikolas Koberstein, le petit attaquant québécois Daniel Audette, fils de l’ancien joueur et désormais recruteur du Canadien, Donald, le gardien Hayden Hawkey et, en septième ronde, un obscur attaquant de la Ligue junior A de l’Ontario, Jake Evans.

QUELQUES CITATIONS

C’est très excitant que notre équipe fasse aussi bien sur la glace, qu’on atteigne les demi-finales… Mais c’est certain que ça déprime un peu mon équipe de choisir au 26e rang et de ne pas avoir de choix de deuxième tour, a admis hier Trevor Timmins. On n’est pas aussi forts que dans les années passées. Surtout pas autant que l’année dernière.

Trevor Timmins

On était au 21e rang de la première ronde avant les séries, on est au 26e aujourd’hui, a noté le directeur général. Pour moi, le meilleur rang au repêchage, c’est le 30e. Ça veut dire que tu as gagné la coupe Stanley. C’est le prix à payer. Mais il y a quand même de bons joueurs qui sortent en fin de première ou même en deuxième.

Marc Bergevin

Ça pourrait être un coup de circuit. On verra, mais habituellement les joueurs de son talent partent plus tôt. On a déjà des Russes dans l’équipe pour l’encadrer, on a Markov, Galchenyuk, Emelin. Bien sûr, je ne peux pas garantir à 100 % qu’il n’ira pas jouer là-bas. On ne peut jamais le garantir, rappelle-t-il. Il y a un risque et c’est pour ça qu’il ne serait pas parti dans les 10 premiers. Mais 26e, pour nous ça valait la peine. C’est un risque calculé. Il a la vitesse, un grand talent, une bonne vision et c’est un bon fabricant de jeux. En plus il a une belle personnalité et du charme

Marc Bergevin

On devra attendre encore plusieurs années avant de s’accorder une note pour notre repêchage. Ce n’était pas facile cette année, nous avions moins de choix et nous parlions loin à chacune des rondes. La valeur de nos choix n’était pas aussi grande en 2014 comparativement à 2013 et 2012. Malgré tout, nous sommes heureux de nos choix. Nous avons réussi à repêcher certains joueurs que nous avions ciblés. Il restait même quelques noms sur notre liste à la fin du repêchage.

Trevor Timmins

Je ne pensais pas être réclamé aussi vite, je croyais plutôt partir en quatrième ou cinquième ronde «, a confié le costaud défenseur de 6’4, qui ne s’était même pas déplacé à Philadelphie pour assister au repêchage. J’avais décidé de suivre ça depuis la maison et toute la famille est très excitée !

Brett Lernout

LA SUITE

Il ne fallait pas avoir de grandes attentes envers la cuvée 2014. Scherbak a montré une progression intéressante dans les rangs professionnels, il a même amassé 30 points en 26 matchs avec le Rocket de Laval en 2017-2018, à 22 ans, mais son manque de compréhension du jeu, malgré de belles habiletés individuelles, l’ont empêché de s’établir dans la LNH.

Après avoir disputé 29 matchs pour le Canadien en trois saisons professionnelles, il a été soumis au ballottage en décembre 2018 et réclamé par les Kings de Los Angeles. L’expérience n’a pas été concluante. Il joue désormais dans la KHL, où il peine à produire.

Lernout a passé l’essentiel de sa carrière dans la Ligue américaine. Il a même réussi à disputer une vingtaine de matchs avec le Canadien. Mais son manque de talent et de mobilité l’empêchent de s’établir dans la Ligue nationale. Il joue désormais pour le club-école des Golden Knights de Vegas, où il a obtenu deux passes en 38 matchs cet hiver.

Koberstein, Audette et Hawkey n’ont jamais percé. Audette a été le meilleur des trois avec quelques bonnes saisons dans la Ligue américaine. Koberstein et Hawkey ont joué une poignée de matchs dans la ECHL. Bergevin a reçu un cadeau de la part de Peter Chiarelli pour Hawkey quelques années plus tard, un choix de cinquième ronde en 2019. Montréal a repêché avec ce choix Rhett Pitlick, un attaquant dont le style s’apparente à Paul Byron et très bien coté par l’organisation.

Le dernier choix de l’équipe constitue le meilleur. Après quatre années à Notre Dame dans la NCAA et deux saisons dans la Ligue américaine, Jake Evans a obtenu sa chance à Montréal en fin de saison. Il a obtenu deux buts et une aide en 13 matchs. On semble lui destiner un poste avec l’équipe l’an prochain. Il s’agit de l’un des « projets » dont Joel Bouchard est le plus fier.

Avec le recul, Leon Draisaitl et David Pastrnak, repêché un rang devant Scherbak, constitueraient les deux premiers choix de cette cuvée, suivis de Braydon Point et Dylan Larkin.

Point constitue un vol en troisième ronde. Par contre, même le Lightning n’était pas en mesure à l’époque d’imaginer une telle éclosion dans son cas. Sinon, ils n’auraient pas repêché trois joueurs avant lui : Tony DeAngelo (1re ronde), Dominik Masin et Jonathan McLeod (2e ronde). On peut reconnaitre le flair du Lightning, mais pas reprocher aux autres clubs de ne pas avoir repêché Point dans les deux premières rondes.

Six ans plus tard, on peut le reconnaitre, ce fut une cuvée très faible à compter du 26e rang. Après Scherbak seuls Adrian Kempe, Ivan Barbashev, Brenden Lemieux, Marcus Pettersson, Brandon Montour, Ryan Donato et Christian Dvorak ont pu s’établir dans la LNH parmi les choix de fin de première et deuxième ronde.

En troisième ronde, seuls Brayden Point, Elvis Merzlikins et Mike Amadio ont percé. On attend le gardien Ilya Sorokin avec beaucoup de fébrilité à Long Island cet automne.

Il y a deux gros choix en quatrième ronde, Devon Toews à Long Island et Victor Arvidsson à Nashville. Ça reste un très faible taux de succès dans l’ensemble et il fallait beaucoup de flair, et de chance, pour réussir des coups de circuit cette année-là.

En raison de ces circonstances atténuantes –aucun choix avant le 26e rang, seulement un autre choix dans les deuxième, troisième et quatrième rondes– le Canadien pourrait passer d’une note de 5 à 6 si Evans devient un joueur régulier à Montréal.

NOTE FINALE : 5/10

Les choix du Canadien en 2014

– Nikita Scherbak, ailier, 1re ronde, 26e total. De belles promesses vite dégonflées par un manque de compréhension du jeu.

– Brett Lernout, défenseur, 3e ronde, 73e total. Un défenseur trop peu habile pour le hockey moderne, a tout de même réussi à disputer quelques matchs dans la LNH.

– Nikolas Koberstein, défenseur, 5e ronde, 125e total. Un défenseur de calibre ECHL.

– Daniel Audette, centre, 5e ronde, 147e total. Meilleure saison dans la Ligue américaine cet hiver avec le club-école des Panthers, mais toujours pas de match dans la LNH.

– Hayden Hawkey, gardien, 6e ronde, 177e total. On a réussi à obtenir un choix intéressant pour ses services au moins.

– Jake Evans, centre, 7e ronde, 207e total. Le meilleur de la cuvée jusqu’ici.

À LIRE

Cayden Primeau semble avoir un tempérament comparable à celui de Carey Price. Il ne s’emballe pas trop facilement et prend la vie au jour le jour. Simon-Olivier Lorange a pris part à sa conférence de presse hier, à la suite de sa nomination au sein de l’équipe d’étoiles des recrues dans la Ligue américaine.