(ARLINGTON, VA) La dernière fois que le Canadien est venu par ici, il a gagné la bataille. Mais aurait-il gagné la guerre ?

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On vous ramène au 15 novembre 2019. À Washington, le sujet de l’heure n’était pas la tenue inquiétante de Max Domi, mais bien l’enquête en destitution qui menaçait la présidence de Donald Trump. À Hong Kong, on ne parlait guère de l’épineux dossier de l’adjoint de Carey Price ; les manifestations quotidiennes monopolisaient l’attention. Plus près de chez nous, l’expression « OK boomer » commençait tout juste à s’essouffler.

Sur la patinoire, on croyait encore que le Canadien allait tenir ses partisans en haleine jusqu’à la fin du calendrier, comme la saison dernière. Impression qui a été confortée par cette victoire convaincante de 5-2 du Tricolore au Capital One Arena ce jour-là. La fiche du CH était alors de 11-5-3.

Mais si on se demandait si le CH avait gagné la guerre, c’est que l’équipe était rentrée à la maison avec deux éclopés : Paul Byron et Jonathan Drouin, tous les deux blessés face aux Capitals. Pis encore, avant de se blesser au poignet sur un jeu somme toute banal, Drouin avait subi une percutante mise en échec d’Alexander Ovechkin.

C’est à se demander comment le Canadien aurait survécu à une série de sept matchs…

Plus de poids

Le Tricolore retrouvera les Capitals jeudi, pour la troisième et dernière fois de la saison. Et si tout se passe sans anicroche, les Capitals compteront dans leurs rangs Brenden Dillon, qu’ils ont acquis des Sharks de San José mardi.

PHOTO JEFF CHIU, ARCHIVES AP

L’ancien des Sharks, Brenden Dillo

De l’extérieur, l’arrivée de Dillon ne devrait pas enflammer les forums de discussion aux quatre coins de l’Amérique. On parle ici d’un défenseur qui compte un but et 13 passes cette saison, et qui joue 19 minutes par match. Bref, un défenseur adéquat pour un deuxième duo. Pensez à Ben Chiarot, mais dans un rôle adéquat…

Là où ça devient intéressant, c’est quand on regarde comment Brian MacLellan, le directeur général des Capitals, prépare son équipe en ajoutant un autre colosse à un groupe déjà robuste.

« On est tous attirés par les joueurs de gros gabarit, pourvu qu’ils soient capables de jouer. On aime les gros joueurs qui jouent un style plus lourd », a souligné MacLellan, mercredi matin, au complexe d’entraînement des Capitals.

À une époque où on ne cesse de vanter la vitesse, le talent et la jeunesse dans la Ligue nationale, son discours peut détonner. Mais comme MacLellan est le directeur général d’une équipe qui est en voie de franchir la marque des 100 points pour une 6e saison de suite, d’une équipe qui a gagné la Coupe Stanley il y a deux ans, on devine qu’il y a une certaine sagesse derrière ses propos.

Avec Dillon, les Capitals comptent maintenant cinq joueurs parmi les meneurs de la LNH pour les mises en échec cette saison.

Meneurs des Capitals pour les mises en échec (rang dans la LNH)
• Tom Wilson, 214 (4e)
• Brenden Dillon, 178 (9e)
• Garnet Hathaway, 160 (16e)
• Alexander Ovechkin, 155 (20e)
• Radko Gudas, 154 (21e)

« Notre sport a tendance à aller vers la vitesse et le talent. Mais plus les séries approchent, plus le bon vieux hockey revient. En séries, ça devient dur, ça frappe », estime Wilson.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Tom Wilson, au Centre Bell

« Tu veux que ton groupe soit capable de pratiquer ce style de jeu si ça devient nécessaire, poursuit Wilson, un colosse de 220 lb qui traîne la réputation d’un joueur dangereux. On a toujours été fiers de notre équilibre. Si ça se joue sur le talent, on en a. Mais on a aussi un échec-avant infatigable et on est capables d’être robustes. »

Le gardien Braden Holtby, lui, ne se plaindra pas de cet ajout de muscle pour défendre le devant de son filet.

« Les joueurs deviennent plus petits, plus minces. Mais être robuste, ça ne veut pas dire d’essayer de frapper aussi fort que le font Ovie ou Tom (Ovechkin ou Wilson). Ça veut dire de compléter ses mises en échec, afin que l’adversaire soit ralenti, a expliqué Holtby. Ce n’est pas nécessaire de le passer à travers la bande, mais simplement de s’imposer physiquement. Plusieurs de nos joueurs ne sont pas nécessairement de gros cogneurs, mais ils sont bons pour ralentir l’adversaire. »

Il faudra maintenant voir où cette formule mènera les Capitals ce printemps. L’an dernier, l’équipe avait pris l’avance 2-0, puis 3-2, dans la série de premier tour contre les Hurricanes de la Caroline.

Ce sont finalement ces derniers qui se sont imposés, malgré leur noyau composé d’attaquants moins pesants, comme Sebastian Aho, Teuvo Teravainen et Justin Williams. Et malgré le fait qu’Ovechkin ait blessé Andrei Svechnikov dans une bagarre.

Cela dit, les Capitals pourraient aussi très bien rencontrer les Islanders de New York — tout aussi robustes et encore plus lourds — au premier tour. Le cas échéant, la solidité des bandes sera mise à l’épreuve !