Alors que le plan d’un retour au jeu à la mi-janvier semble se préciser dans la LNH, La Presse a pu confirmer que le Canadien de Montréal et la Santé publique du Québec discutaient depuis « plusieurs semaines » afin d’obtenir les autorisations ou les assouplissements nécessaires pour la reprise des activités de l’équipe.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

A priori, le Canadien doit se soumettre à l’arrêté ministériel 2020-093 signé le 17 novembre dernier par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

Ce document décrit les règles applicables aux athlètes et au personnel d’encadrement d’une « équipe bulle » pratiquant un « sport professionnel ou de haut niveau ». On y établit notamment les protocoles sanitaires à observer ainsi que l’environnement protégé à mettre en place.

On entend par équipe bulle un groupe d’athlètes qui limite au maximum ses contacts avec les personnes qui n’en font pas partie – comme les bulles-classes dans les écoles.

Le Tricolore tente d’obtenir au moins un assouplissement pour son protocole de retour au jeu, mais ni l’équipe ni la Santé publique n’ont précisé de quelles modalités elles discutaient.

Isolement

L’isolement de 14 jours à observer par une équipe bulle après sa sortie d’un environnement protégé apparaît comme la plus contraignante pour les activités d’une équipe de la LNH.

Comme on peut s’y attendre, les joueurs du Canadien arrivant de l’étranger se placeront en quarantaine deux semaines avant de rejoindre leurs coéquipiers à l’entraînement. Ils constitueront alors une équipe bulle.

Prenons maintenant une situation où le Canadien et les Sénateurs d’Ottawa s’affronteraient dans un match ou une série de matchs au Centre Bell, désigné comme un « environnement protégé ». Si l’arrêté ministériel était appliqué à la lettre, ces deux équipes bulles devraient s’isoler en amont et en aval de leur affrontement. Autrement dit, chaque match ou série de matchs de la saison devrait être espacé de deux semaines.

À moins de créer une « bulle » unique où plusieurs équipes disputeraient une grande quantité de matchs au même endroit sur une courte période, comme la LNH l’a fait l’été dernier en séries éliminatoires, il deviendrait essentiellement impossible de boucler avant l’été un calendrier de 56 rencontres – scénario qui semble se dégager des discussions rapportées par les informateurs les plus branchés du circuit.

Selon nos sources à Québec, cette clause d’isolement après un passage en environnement contrôlé pourrait être abolie prochainement, et ce, pour tous les niveaux.

« Variables »

Dans un courriel, Paul Wilson, vice-président aux communications du Canadien, a indiqué que l’équipe ne désirait pas « [entrer] dans les détails des exemptions demandées pour l’instant, car tout évolue de façon presque quotidienne ». Il a toutefois exposé certaines « variables » avec lesquelles l’équipe doit composer, notamment les mesures de quarantaine à appliquer selon les régions d’où arrivent les joueurs.

Parmi ces variables, le statut du centre d’entraînement de l’équipe à Brossard reste à préciser, car il n’est pas exclu que le Complexe Bell soit considéré comme l’extension du lieu de résidence d’un joueur (maison, appartement, hôtel) pendant sa quarantaine. Le cas échéant, certains athlètes pourraient retourner sur la glace avant la fin de leur isolement de 14 jours.

Les règles encadrant l’ouverture des gymnases à Brossard, au Centre Bell ainsi qu’à la Place Bell de Laval, où le Rocket dispute ses parties locales, restent également à déterminer, puisque toutes ces installations sont actuellement fermées en raison des mesures imposées en zone rouge par le gouvernement du Québec.

Le Tricolore devra en outre se plier au protocole que mettra en place la LNH, mais dont les détails n’ont pas encore été dévoilés.

Autres restrictions

Alors que les cas de COVID-19 explosent un peu partout au Canada, il n’y a pas qu’au Québec où les équipes de la LNH devront composer avec des restrictions strictes.

Au Manitoba, tous les gymnases et installations sportives sont fermés, alors que les mesures de confinement en vigueur sont semblables à celles du Québec.

En Ontario, un flou persiste quant à l’application ou non à ses deux équipes de la LNH du règlement interdisant les contacts dans les sports, qui s’applique notamment à la Ligue junior de l’Ontario. Notre demande de précision à ce sujet est restée lettre morte au ministère du Patrimoine, du Sport et des Industries culturelles, responsable du dossier.

En Alberta, qui héberge elle aussi deux équipes du circuit Bettman et qui accueillera le Championnat du monde junior au cours des prochaines semaines, on recense actuellement une moyenne quotidienne de nouveaux cas supérieure à celle du Québec, même si la province est deux fois moins populeuse. Le gouvernement de Jason Kenney a annoncé mardi des mesures de confinement semblables à celles du Québec, ce qui comprend, notamment, la fermeture des gymnases et des arénas.

Tard lundi soir, la ligue et l’Association des joueurs ont convenu, après des semaines de discussions, de ne pas modifier le cadre financier prévu par la convention collective unissant les deux parties jusqu’en 2026. La logistique entourant le retour au jeu sera désormais attaquée de front, avec un échéancier serré qui prévoit la réunion de certaines équipes aussi tôt que le 28 décembre, avec en ligne de mire un début de saison le 13 janvier.

Le réseau ESPN écrivait par ailleurs, mardi, qu’on envisageait de retenir un concept de « villes bulles » calqué sur le modèle des dernières séries éliminatoires. Newark, au New Jersey, ainsi que Columbus et Las Vegas semblent avoir une longueur d’avance dans ce qui constituerait les trois divisions américaines. Aucune ville canadienne n’était toutefois mentionnée.

— Avec la collaboration d’Alexandre Pratt, La Presse

Pas de passe-droit

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec

À l’heure actuelle, l’entièreté du hockey mineur est paralysée en zone rouge, où se trouvent plus de 80 % des équipes de la province. Or, si le Canadien recommence bel et bien à jouer en janvier, ce ne sera pas parce qu’il a obtenu un passe-droit, précise Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec. En réalité, n’importe quelle association ou ligue pourrait créer une « bulle » isolée pour poursuivre ses activités. Personne n’a toutefois les moyens financiers et logistiques du Canadien ou de la LHJMQ pour se prêter à l’expérience. M. Ménard souligne néanmoins que la transparence sera primordiale dans la divulgation des critères observés par le Canadien dans le cadre de son retour au jeu afin, dit-il, d’éviter la « confusion dans la permission qui lui est donnée » et d’éviter les apparences de favoritisme.