On ne saurait sous-estimer l’impact de bons entraîneurs adjoints pour maximiser le potentiel des joueurs.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

À Nashville, par exemple, on a confié les défenseurs à Phil Housley en 2013. Derrière Shea Weber, déjà bien établi, on retrouvait quatre jeunes nommés Roman Josi, Ryan Ellis, Mattias Ekholm et Seth Jones, tous âgés de 23 ans ou moins. Ils avaient évidemment tous du potentiel – surtout Jones –, mais il est évident qu’un adjoint qui les a dirigés pendant quatre ans a eu un gros mot à dire dans leurs succès.

Chez le Canadien, Luke Richardson a un beau cas de potentiel à maximiser. En tant que responsable des défenseurs, c’est à lui que reviendra le mandat d’épauler Alexander Romanov, un joueur que l’on attend à Montréal comme on attendait jadis à Lyon la sortie d’un nouveau Rabelais.

Richardson lui-même fait d’ailleurs partie de ceux qui voient Romanov dans leur soupe. Extraits de ses premières réponses, en conférence téléphonique mardi :

« C’est un joueur très actif. Il frappe fort, il n’a pas peur de bloquer des tirs, il est bon pour se coucher pour intercepter des passes à deux contre un, et il est très athlétique et agile pour se relever vite. »

« Il va apprendre rapidement, quand il va se faire avoir. S’il se fait prendre, il s’ajuste vite pour que ça n’arrive plus. »

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Alexander Romanov

Il devra démontrer qu’il mérite ce poste. Mais on a évalué des joueurs au Championnat du monde junior auparavant, des joueurs qui ont brillé à ce tournoi, et ils ont très bien joué dans la LNH. On ne s’attend à rien de moins de lui. Il joue avec passion, et ça va très bien paraître un samedi soir au Centre Bell.

Luke Richardson

Sur ce dernier point [le Mondial junior], difficile de ne pas donner raison à Richardson. En 2019, Romanov avait été nommé défenseur par excellence. Ses huit prédécesseurs : Rasmus Dahlin, Thomas Chabot, Zach Werenski, Vladislav Gavrikov, Rasmus Ristolainen, Jacob Trouba, Brandon Gormley et Ryan Ellis.

Gormley est le seul à ne pas être devenu un joueur d’impact dans la LNH, et Gavrikov vient de connaître une première saison encourageante à Columbus.

Cela dit, comme Marc Bergevin et Claude Julien ces dernières semaines, Richardson n’a rien fait pour calmer les attentes. Il a toutefois refusé de s’emballer sur le potentiel offensif du Russe, principal point d’interrogation à son sujet.

Une réussite

Romanov sera la troisième recrue avec qui Richardson travaillera depuis qu’il est entraîneur des défenseurs dans la LNH. Ses deux autres clients : Cale Fleury à Montréal la saison dernière et Ryan Pulock chez les Islanders de New York en 2017-2018. Richardson a aussi dirigé Noah Juulsen en 2018-2019, mais l’expérience n’a duré que 21 matchs en raison d’une blessure à un œil.

Son association avec Pulock a été fructueuse. Ce choix de premier tour des Islanders en 2013 a terminé sa première saison avec 32 points en 68 matchs, et jouait en moyenne 18 min 24 s par match. En deuxième moitié de saison, il excédait régulièrement les 20 minutes par match.

Collectivement, les Insulaires ont fini 31es dans la LNH avec 296 buts accordés, mais l’entraîneur-chef Doug Weight était vu comme le principal responsable du fiasco. Et Pulock s’en était tiré avec un différentiel de - 4. Deux ans plus tard, il est devenu le défenseur numéro un des Islanders.

Fleury, lui, n’a évidemment pas connu autant de succès (1 point en 41 matchs, 14 min 21 s de temps d’utilisation, renvoyé à Laval), mais à titre de 87e choix au total, il n’a pas non plus le même potentiel. Et Fleury avait 21 ans et une saison d’expérience dans la Ligue américaine, tandis que Pulock avait 23 ans et avait disputé trois campagnes complètes à Bridgeport.

Richardson était aussi adjoint à Ottawa quand un certain Erik Karlsson a fait ses premiers pas dans la LNH, mais il n’était pas responsable des défenseurs à cette époque. Son rôle consistait à observer les matchs de la passerelle.

À écouter Richardson, il y a lieu de croire que l’expérience de Romanov se rapprochera plus de celle de Pulock que de celle de Fleury.

« Certains soirs, on va chercher des confrontations, il aura du succès dans la sienne et il jouera beaucoup, a expliqué l’adjoint de Julien. D’autres soirs, ce sera peut-être plus Shea [Weber] et Ben [Chiarot] contre le gros trio adverse. En d’autres occasions, on va répartir le travail, et Shea et Romanov seront envoyés contre un gros trio adverse. Seul le temps nous le dira. Mais de ce que j’ai vu, je n’ai pas peur du tout, il sera capable d’accomplir tous les mandats.

« On ne lui impose pas de pression. Il est compétitif et va le faire lui-même. On devra simplement le guider. »

Mete en danger ?

Ça allait un peu de soi que l’arrivée de Romanov et l’embauche de Joel Edmundson feraient dégringoler Victor Mete dans la hiérarchie. Richardson ne s’en est pas caché.

Edmundson et Ben Chiarot sont évidemment devant lui, Romanov aura droit à sa chance, et Brett Kulak a fait belle figure l’été dernier dans la bulle. Voici donc quatre gauchers qui ont une longueur d’avance sur Mete.

L’un d’eux devrait logiquement être déplacé à droite, derrière Weber et Jeff Petry. Mete a joué du côté droit lors des dernières séries, mais à plus d’une reprise, Richardson a laissé entendre qu’Edmundson pourrait être l’heureux élu.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Victor Mete

Lorsqu’il a été interrogé sur Mete, Richardson a été très transparent.

« On lui rappelle toujours de rentrer plus vite dans le jeu. Parfois, il le fait, parfois, il en arrache. Il doit continuer à le faire pour poursuivre sa carrière dans la LNH. Son agilité et sa vitesse l’aident beaucoup. Il ne peut pas bousculer ses adversaires, comme Edmundson. Il doit forcer son adversaire à se placer dans une position qu’il n’aime pas.

« C’est peut-être plus facile à faire en jouant de son côté opposé, puis de voler la rondelle et de repartir en attaque. Mais il doit être à l’aise de le faire des deux côtés. Avec sa place dans notre hiérarchie, il doit pouvoir jouer des deux côtés à tout moment. »

En bref : Juulsen « doit jouer »

Le cas de Noah Juulsen sera intrigant au camp. Cet ancien choix de premier tour n’a disputé que 13 matchs (tous dans la Ligue américaine) depuis le 1er janvier 2019, soit en près de deux ans. Une blessure à un œil et des problèmes de migraines ont ensuite fait dérailler sa carrière. Il se dit toutefois rétabli et s’est entraîné avec le Canadien dans la bulle à Toronto l'été dernier. Avec la nouvelle profondeur du CH à la ligne bleue, il serait très surprenant qu’il obtienne un des six postes permanents. Le Canadien aurait donc le choix entre le garder à Montréal comme réserviste ou l’envoyer à Laval. Le problème, c’est qu’il devra être soumis au ballottage pour aller dans la Ligue américaine. Mais si on se fie aux propos de Richardson, le Tricolore pourrait courir ce risque. « Il est encore jeune. Maintenant, il doit jouer des matchs. […] Ça ne lui prendra pas de temps à revenir à sa forme d’avant, mais il devra jouer. Malheureusement, tout le monde est en attente, donc la situation actuelle ne l’aide pas. »