Après 19 saisons dans le milieu, après 15 saisons comme recruteur et 4 autres comme bras droit de Trevor Timmins, Shane Churla en voulait plus. Mais à Montréal, avec Timmins bien en selle, il n’avait de directeur du recrutement amateur que le titre.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est pourquoi Churla a accepté un poste similaire chez les Panthers de la Floride. Parce que justement, il n’y aura pas que le titre ; il aura aussi les responsabilités.

« Ce qui m’enthousiasme, c’est que j’aurai un plus grand rôle comparativement à ce que j’avais à Montréal, a expliqué Churla en conférence téléphonique, mercredi. Trevor Timmins était là, donc je n’avais pas la pleine portée de mon poste. J’étais attiré par l’idée d’avoir ma propre équipe et la flexibilité. »

Churla est débarqué chez le Tricolore en 2013 à titre de simple recruteur. Quatre ans plus tard, il a été promu comme directeur du recrutement amateur. Mais dans les faits, Timmins demeurait le numéro 1 de ce département, même si son titre officiel est celui de directeur général adjoint. Timmins a été promu à ce titre à l’été 2017, quand Bergevin s’est mis à distribuer les promotions comme Oprah distribue les voitures.

Cela dit, Churla avait bien plus de responsabilités qu’un simple recruteur régional. Le collègue Marc Antoine Godin, d’Athlétique, avait passé quelques jours sur la route avec Churla l’an dernier, pour un reportage. On y apprenait que Churla était notamment impliqué dans le cross over, soit cette démarche qui consiste à aller voir jouer des espoirs qui évoluent dans les territoires d’autres recruteurs régionaux, en guise de validation.

« À Montréal, Trevor était la figure principale du groupe. C’est un des gars les plus organisés avec qui j’ai travaillé. Mes forces sont d’aller à l’aréna et évaluer des joueurs. Cette partie-là du travail va me manquer. Mais j’aurai le plein contrôle du personnel, des embauches et de la philosophie », a indiqué Churla.

Quel impact ?

Le départ de Churla survient à un drôle de moment, car après des années de vaches maigres, le repêchage recommence à fournir des joueurs au CH, notamment grâce à une stratégie d’accumuler les choix. Cette tendance devrait même se poursuivre en 2021, puisque Montréal détient actuellement 14 choix en vue du prochain repêchage.

« C’était une des plus dures décisions que j’ai eu à prendre, a admis l’ancien dur à cuire. C’était un emploi de rêve. On m’a traité comme un roi, de Geoff Molson au gars qui nettoyait le vestiaire. C’était extrêmement dur de partir, surtout à ce temps-ci. On commençait à récolter les fruits de tout le travail accompli.

« Je n’ai aucun regret. Je pense que je laisse l’organisation en meilleur état qu’à mon arrivée. Mais l’amitié, la camaraderie, ça va me manquer. »

Il demeure bien difficile de définir l’influence exacte de Churla sur les résultats. Les recruteurs rappellent constamment que leur travail se fait en équipe, et qu’une seule voix ne peut tout dicter.

Notons aussi que le récent regain de vie du CH au repêchage a commencé avant la promotion de Churla, qui a été officialisée après la séance de 2017. Cette année-là, l’équipe a repêché Cale Fleury au 87e rang et Cayden Primeau au 199e rang ; Fleury compte déjà une demi-saison d’expérience dans la LNH, et Primeau est vu comme un futur gardien dans la grande ligue.

Un an plus tôt, le Tricolore a fait le bon choix en Mikhail Sergachev au 9e rang ; le défenseur russe connaît un meilleur début de carrière que tous les autres espoirs réclamés après lui, sauf peut-être Charlie McAvoy. Victor Mete (100e) n’est pas un défenseur dominant, mais trouver un joueur de la LNH au quatrième tour est un bon coup en soi. Le choix de premier tour en 2015, Noah Juulsen (26e), était sur la bonne voie avant que les blessures ne se mettent de la partie.

Parmi les espoirs repêchés depuis la promotion de Churla, les défenseurs Alexander Romanov, Mattias Norlinder et Jordan Harris suscitent bien de l’enthousiasme. Mais aucun d’eux n’a encore joué un seul match dans la LNH, pas même dans le calendrier préparatoire.

Un fait demeure : le départ d’éléments-clés dans l’arrière-scène peut laisser des traces. Le recrutement professionnel du Canadien, une force dans les premières années de Marc Bergevin, est entré dans la Grande Noirceur quand le directeur de ce département, Vaughn Karpan, est parti pour les Golden Knights de Vegas à l’été 2016. C’est dans les mois qui ont suivi que les Dwight King, Karl Alzner et David Schlemko se sont joints au Canadien. L’organisation aura mis deux ans avant de redevenir performante dans son recrutement professionnel.

Il faudra aussi voir si les Panthers pigeront encore dans la cour du Canadien au cours des prochains mois. Avec Churla et Rick Dudley (conseiller sénior), ce sont deux anciens membres de l’organisation qui ont maintenant un bureau à Sunrise, la bucolique.