Pour les jeunes pères de famille, le vie de hockeyeur professionnel signifie bien des journées loin des enfants, à manquer des moments qui arrivent parfois une fois dans une vie.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’était d’ailleurs ce que Phillip Danault trouvait de positif de la vie en confinement depuis plus d’un mois : il a pu voir, en personne, les premiers pas de son bébé. C’est aussi ce que Ben Chiarot apprécie de la situation actuelle, lui qui est devenu papa pour la première fois il y a 10 mois.

« Dès que les matchs ont été suspendus, je me suis mis à passer 24 heures par jour avec ma fille, a mentionné le défenseur du Canadien, au cours d’une conférence téléphonique depuis son domicile de Waterloo, en Ontario. Tu apprends à la connaître beaucoup plus que prévu, tu reconnais tous les sons. Pendant la saison, on est toujours partis. C’est un gros plus.

« Quand elle est fatiguée, quand elle a faim, elle a certaines réactions. Quand tu n’es pas avec elle toute la journée, tu ne comprends pas ces signaux-là. Tu sais seulement qu’elle n’est pas contente ! »

Or, cette vie familiale pourrait bien être bouleversée, à voir circuler certains scénarios que la LNH entrevoit. Parmi ces scénarios : des matchs à huis clos, dans un endroit centralisé, afin de limiter les déplacements entre les différentes régions. On peut donc deviner que cette solution ferait en sorte que les joueurs seraient isolés dans une même ville pendant quelques semaines. Donc loin de la famille.

« Je devrai y penser un peu plus sérieusement pour me prononcer à savoir si c’est la meilleure option pour terminer la saison, a répondu Chiarot, à ce sujet. Ce ne serait pas idéal, mais aucune situation n’est idéale en ce moment. Si c’est la meilleure option… On a passé beaucoup de temps en famille depuis plus d’un mois. S’il faut s’éloigner pour faire notre travail, on le fera. »

Reste toutefois à voir si la tenue de matchs à huis clos permettrait de terminer la saison, ou si on passerait directement aux séries éliminatoires. Le Tricolore devait encore disputer 11 matchs, mais ses chances de participer aux séries étaient pratiquement nulles. Dans un scénario où ce tournoi se ferait à 16 équipes, le CH en serait évidemment exclu.

Un potentiel nouveau

Si la saison est bel et bien terminée, pour Chiarot, ç’aura été l’année de la grande éclosion. Embauché à titre de joueur autonome sur les termes d’un contrat de 3 ans et 10,5 millions de dollars, le colosse de 6 pi 3 et 225 lb a surpassé les attentes bien modestes placées à son endroit.

De 18 min 37 s à sa dernière saison à Winnipeg, son temps d’utilisation est passé à 23:08 cette saison, en jouant principalement à la gauche de Shea Weber. Offensivement, il avait déjà établi des sommets personnels de 9 buts et de 21 points, même si la saison est incomplète.

On pourrait y voir le simple résultat des minutes supplémentaires passées sur la patinoire, et c’est sans doute une partie de l’explication. Mais le joueur de 28 ans pense qu’il y a plus.

« Luke [Richardson, entraîneur des défenseurs] et Claude [Julien] me faisaient confiance pour générer de l’attaque, a expliqué Chiarot. Ils m’employaient en prolongation et j’ai marqué deux fois. Je jouais à 4 contre 4. J’ai été envoyé quelques fois pour créer de l’attaque.

« Je jouais aussi avec Shea, avec le trio de Phillip Danault. Quand tu joues avec des joueurs comme eux, ce sont des occasions de créer de l’attaque. On pratique aussi un style de jeu rapide, qui encourage les défenseurs à appuyer l’attaque. On ne m’a jamais dit de ne pas l’appuyer. C’est quelque chose que je peux encore améliorer. »

À cet effet, il faudra voir si Chiarot pourra continuer à développer son apport offensif la saison prochaine, car à court terme, rien n’indique que la défense du Tricolore sera plus offensive.

- Weber aura 35 ans cet été. La production du vétéran est constante depuis son arrivée à Montréal, mais pour prendre un défenseur au style similaire au sien, Zdeno Chara avait lui aussi commencé à ralentir offensivement à la mi-trentaine.

- Jeff Petry a éclos offensivement il y a trois ans, et a stabilisé sa production depuis, quelque part entre 40 et 45 points par saison. À 32 ans, il serait surprenant qu’il se transforme en défenseur de 60 points !

- Victor Mete a fini par marquer des buts cette saison, mais sa production demeure modeste (11 points en 51 matchs) et son temps d’utilisation a chuté de près de 2 minutes par rapport à 2018-2019.

- Chez les plus jeunes, Cale Fleury a été limité à un point en 41 matchs ; s’il débloque, ce ne sera pas pour demain.

- Enfin, Alexander Romanov, dont l’arrivée est un secret de polichinelle, sera surtout utile pour son jeu défensif. « Le genre de défenseur qu’on envoie sur la glace pour protéger une avance, jouer en infériorité numérique, peut-être jouer les 30 dernières secondes de la supériorité numérique quand tu sais que l’autre équipe revient avec son gros trio », disait Marc Bergevin à Mathias Brunet en février.

À une époque où l’apport offensif des défenseurs est plus valorisé que jamais, il sera intéressant de voir si Chiarot pourra aider à combler un certain vide en attendant que les espoirs éparpillés un peu partout (Romanov et Mattias Norlinder en Europe, Jordan Harris et Jayden Struble en NCAA, Josh Brook à Laval) soient prêts.