(Tampa) Toute la saison, Phillip Danault l’a répété, inlassablement : il ne veut pas chercher d’excuses pour justifier les insuccès de son équipe.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Encore jeudi, il a rappelé qu’« il faut qu’on se lève tout le monde ensemble » en l’absence de joueurs-clés. Il a même pris une partie du blâme pour cette défaite de 4-0 du Canadien, encaissée contre un Lightning infiniment mieux nanti sur le plan du talent, mais qui peine à trouver son rythme depuis quelque temps.

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Dans les corridors tranquilles du Amalie Arena, en marchant vers l’autobus de l’équipe en fin de soirée, Danault semblait toutefois songeur. Le pas lourd, les écouteurs vissés sur les oreilles, le regard fatigué. Pour une rare fois, on l’a senti bien seul.

Le numéro 24 en prend énormément sur ses épaules. Ses détracteurs les plus opiniâtres peuvent bien beugler à l’infini qu’il n’a pas l’étoffe d’un premier centre de la Ligue nationale, il en endosse pourtant les responsabilités à chaque match.

Mais il y a des limites à ce qu’il peut faire seul. Blessé au « haut du corps » mardi contre les Islanders, Tomas Tatar a pris le chemin de Montréal jeudi pour y subir des examens. Et Brendan Gallagher a déclaré forfait, terrassé par une grippe.

Remplacer un ailier, c’est une chose. En remplacer deux, c’en est une autre. Et remplacer les deux meilleurs buteurs du club depuis deux saisons, c’était tout simplement une mission impossible.

C’était « difficile de trouver du rythme », a prudemment admis Danault, en parlant des carrousels en vigueur sur ses deux ailes, où à peu près tout le monde a eu sa chance jeudi. Artturi Lehkonen a passé l’essentiel de la soirée sur la première unité. Mais s’y sont aussi succédé Jordan Weal, Paul Byron, Dale Weise, Joel Armia, Charles Hudon et même Nick Suzuki.

N’empêche, fidèle à son habitude, après avoir déploré un mauvais départ et estimé que son équipe n’avait pas disputé « un match fameux », Danault a ajouté : « moi le premier ».

C’est tout à son honneur de prendre sa part du blâme. Mais ce n’est pas nécessaire.

À armes inégales

PHOTO CHRIS O'MEARA, ASSOCIATED PRESS

Carey Price (31) et Yanni Gourde (37)

Car la vérité, c’est que le Tricolore n’avait tout simplement pas les effectifs nécessaires pour affronter le Lightning, jeudi soir.

Oui, il y a eu ce début de match atroce, qui a permis aux locaux de prendre les devants 2-0 après moins de 13 minutes. Et oui, il y a eu de multiples chances ratées – dont trois par Joel Armia en première période seulement – et le brio d’Andrei Vasilevskiy.

Mais il y avait aussi, dans la formation du Canadien, sept joueurs qui ont disputé plus de matchs dans la Ligue américaine que dans la LNH cette saison, en Dale Weise, Jake Evans, Charles Hudon, Christian Folin, Xavier Ouellet, Karl Alzner et Lukas Vejdemo. Ensemble, ces sept joueurs ont porté 277 fois l’uniforme du Rocket et 76 celui du Canadien depuis le mois d’octobre. Du lot, seul Evans peut attribuer sa présence « en haut » à sa progression. Tous les autres bouchent des trous et joueraient à Laval si le Tricolore se battait vraiment pour jouer en séries éliminatoires.

Dans le segment en anglais de son point de presse d’après-match, Claude Julien l’a avoué : sur papier, le Lightning avait une (bien) meilleure formation que le Canadien. Et ce, même s’il était privé de Steven Stamkos et de Ryan McDonagh.

Même si Julien a aimé « le niveau de compétitivité et l’éthique de travail » de ses hommes, ces deux équipes ne luttaient pas à armes égales.

D’un certain sens, l’entraîneur a eu raison de dire que le pointage ne reflétait pas l’allure exacte du match, car en effet, les Montréalais se sont ressaisis après leur faux départ. Mais le fait est aussi que le scénario aurait pu être encore pire, n’eût été, justement, de la combativité des joueurs en bleu-blanc-rouge. Et, entre nous, du manque de finition de leurs adversaires.

La situation absurde dans laquelle se retrouve le Canadien, au beau milieu d’une séquence de trois matchs sur la route, découle directement des décisions qui ont été prises à la tête de cette équipe au cours des dernières semaines. Les choix de troisième, quatrième, cinquième et septième tour obtenus en échange d’Ilya Kovalchuk, Nick Cousins, Nate Thompson et Matthew Peca à la date limite des transactions donneront peut-être un jour des joyaux qui feront du Canadien une équipe gagnante. Mais pour l’heure, Claude Julien doit jongler comme il peut avec des ressources réduites au minimum, au point d’être obligé d’employer sept défenseurs, dont trois n’étaient pas du calibre de la LNH aux yeux de la direction il n’y a pas si longtemps.

Avec Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling qui sont à Laval pour y rester, la sélection est « mince » pour appeler du renfort du Rocket, a lui-même convenu Julien, jeudi matin. En ces circonstances, on peut se douter que même un Peca aurait pu donner un coup de main.

Mais tel n’est pas le cas. Et pour les 13 derniers matchs de la saison, il faudra vivre avec cette réalité, dure mais réelle, dans laquelle cette équipe est à une grippe d’un désastre.

Dans le détail

Weber le justicier

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

Mikhail Sergachev (98) et Shea Weber (6)

Shea Weber ne se bat pas souvent. En fait, cela faisait presque trois ans qu’il n’avait pas jeté les gants. Mais de voir Mikhail Sergatchev asséner un double-échec à Nick Suzuki après la fin de la deuxième période, c’était trop pour lui. Les deux défenseurs se sont alors livré un furieux combat. « C’était bien de le voir me défendre, même si j’aurais aimé mieux le voir sur la glace qu’au banc pendant cinq minutes », a dit Suzuki. Sans surprise, Weber n’a pas claironné après la rencontre, mentionnant seulement que « Suzuki est un jeune talentueux, un de nos meilleurs joueurs : j’ai vu ce qui se passait et j’ai réagi ». Quant à Claude Julien, il a lui aussi salué le réflexe de son capitaine, mais a surtout remis en doute le fait que Sergatchev n’a pas été puni pour son geste initial. « Celle-là, je ne l’ai pas comprise », a dit Julien, qui a souligné que le double-échec ressemblait drôlement à celui que Zdeno Chara avait asséné à Brendan Gallagher et qui avait valu une amende au géant slovaque.

La valeur de Goodrow

L’Amérique en entier a froncé des sourcils à la date limite des transactions lorsque le Lightning a cédé un choix de première ronde aux Sharks de San Jose pour mettre la main sur Barclay Goodrow. Ça semblait cher payé pour un attaquant de 27 ans à la recherche d’une première récolte de 30 points en carrière. Le Canadien a toutefois appris à ses dépens pourquoi le directeur général Julien BriseBois tenait tant à Goodrow : la (pas si petite) peste a passé tout le match à déranger ses adversaires, distribuant les mises en échec et à bourdonnant autour du filet de Carey Price. En matinée, l’entraîneur-chef Jon Cooper avait rappelé que la chimie restait encore à peaufiner chez le Lightning, qui a vu quelques nouveaux visages apparaître récemment dans son vestiaire. L’intégration de Goodrow semble complétée. Il devrait donner un sacré coup de main à sa nouvelle équipe en séries éliminatoires.

Alzner sur le premier trio ?  ! ?

L’autoroute de l’information s’est momentanément engorgée jeudi, en fin de matinée, lorsqu’il a été indiqué sur Twitter qu’en l’absence de Brendan Gallagher, Karl Alzner s’était entraîné sur le premier trio du CH à la droite de Phillip Danault. Même si Claude Julien a assuré quelques minutes plus tard qu’on ne verrait jamais Alzner dans ce rôle, et même si Phillip Danault avait ouvertement rigolé sur le sujet, le microscandale a survécu sur le grand internet mondial jusqu’au début du match. Alzner a finalement disputé le match, car Julien n’avait simplement pas assez attaquant à sa disposition, mais le défenseur n’a joué… qu’en défense. Il a vu 11 min 26 s de jeu en 14 présences. On a déjà hâte à l’adaptation au cinéma de cette solide anecdote.

Ils ont dit

Les 15 premières minutes, on a été lents. Ensuite, on a travaillé fort, on a limité les chances de marquer […]. Mais on est amochés. On essaie de marquer, mais ce n’est pas facile. Je ne peux pas me plaindre de l’effort. Les gars se sont aussi tenus un pour l’autre.

Claude Julien

Ce matin, si tu me l’avais demandé, je t’aurais dit qu’il allait jouer. Mais j’ai vu sa condition et c’était impossible qu’il joue.

Claude Julien, sur Brendan Gallagher, grippé

Nous avons manqué des chances, mais nous étions brouillons en première période. Contre une équipe aussi puissante offensivement, tu ne peux pas donner des deux contre un. Le Lightning en a profité.

Shea Weber

Je crois qu’après notre départ, on n’a pas joué un mauvais match. Ils ont dicté le rythme. On devait élever notre jeu, et je crois qu’on l’a fait. On a commencé à travailler plus fort, on a eu nos chances, mais on n’a pas réussi à capitaliser. Si on y arrive, c’est un autre match.

Jeff Petry

Andrei Vasilevskiy a fait de bons arrêts, mais c’était à nous de marquer.

Nick Suzuki

Vous savez quoi ? C’était 2 points. Parfois, cette saison, on a perdu et on méritait mieux. Malgré tout, on méritait la victoire ce soir, même si ce n’était pas parfait. Ça tombe à point, car on a un dur voyage qui arrive. Dans cette ligue, il faut prendre les points quand tu peux.

Jon Cooper, entraîneur du Lightning, sur la performance inégale de son équipe

En hausse

Jordan Weal

Il a passé plus de 20 minutes sur la glace, jouant tantôt avec Max Domi, tantôt avec Phillip Danault. Il profite résolument de cette fin de saison pour se mettre en valeur.

En baisse

Ben Chiarot

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

Mikhail Sergachev (98) et Ben Chiarot (8)

Beaucoup de frustration de la part du défenseur, puni deux fois après s’en être pris à Blake Coleman qui l’avait mis en échec. Et il était sur la glace pour deux buts du Lightning.

En chiffre

10

C’est le nombre de présences de Lukas Vejdemo dans cette rencontre, dont seulement 3 en troisième période. Et ce, dans un contexte où le CH n’avait que 11 attaquants en santé.