(Montréal) Claude Julien avait toute une commande lors de son point de presse d’avant-match samedi. Après avoir laissé de côté, puis rétrogradé Cale Fleury à Laval, il devait maintenant expliquer pourquoi un certain Jesperi Kotkaniemi avait subi le même sort.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

L’entraîneur-chef s’en est bien tiré, offrant une réponse qui tombait sous le sens : le jeune manque de confiance, il a besoin de jouer, etc.

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Mais le diable est dans le détail, disent nos amis anglophones. Au cours de même point de presse, il a indiqué qu’une décision serait prise au terme de l’échauffement à savoir qui de Jordan Weal ou Ryan Poehling serait laissé de côté. Julien a même précisé que ce n’était pas un enjeu médical. Alors, ça allait se décider comment ? Par les performances pendant l’échauffement ?!

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Sergei Bobrovsky a effectué 31 arrêts devant le filet des Panthers

On comprend ici que du point de vue de l’image, justifier le renvoi de deux espoirs ET le retrait de la formation d’un autre espoir n’est pas exactement un succès garanti. Aucun doute : Julien et son entourage savent qu’ils marchent sur des œufs. Si le Canadien rate les séries, les partisans s’attendent au moins à voir les jeunes progresser.

Ce climat de grogne, bien perceptible sur les réseaux et dans notre boîte de réception, n’était toutefois pas perceptible dans un Centre Bell animé, samedi après-midi. Le Tricolore a livré une de ses performances inspirées de la saison-contre des Panthers rouillés, il faut dire, et l’a emporté 4-0.

Depuis quelques semaines, Julien ne cesse de répéter qu’il dirige pour gagner, qu’il croit encore son équipe capable de faire une dernière poussée pour participer aux séries. On peut remettre en question son réalisme, mais qu’importe : son entêtement semble soutirer le meilleur de ses hommes, qui présentent une fiche de 6-2-0 à leurs huit derniers matchs. Peut-être parce qu’il est au diapason de ses joueurs ?

« L’espoir est toujours là, a rappelé Tomas Tatar. On veut bien jouer, on veut jouer pour nos partisans. Ils devraient être contents qu’on gagne. Je ne pense pas que c’est fini. On a encore 29 matchs à jouer, et plusieurs de ces matchs contre des équipes de notre division. Si on peut les battre, on a encore des chances. »

Kulak ou Fleury ?

Brett Kulak en est un autre qui pense ainsi. « C’est important que Claude pense ainsi, c’est bon pour le développement de tout le monde, ça crée de la compétition interne parce qu’on sait qu’il va faire jouer les joueurs qui lui donnent les meilleures chances de victoire. Et si l’entraîneur te fait confiance, tu ne veux pas le laisser tomber. Tu te prépares plus, tu travailles plus fort et tu viens à l’aréna pour gagner. »

Kulak parle en toute connaissance de cause. Il a sauté son tour à quatre reprises en janvier, mais vient de disputer les cinq derniers matchs, présentant un différentiel de +7 au cours de cette séquence. Aux yeux de plusieurs, c’est lui qui devrait être retranché afin de permettre à Fleury de jouer à Montréal plutôt qu’à Laval. Ce raisonnement peut certainement se défendre, car Fleury n’a que 21 ans. On connaît beaucoup moins ses limites que Kulak, 26 ans.

Mais l’équipe n’est pas encore au stade des expériences. Et à en juger par l’instabilité du côté gauche de la défense derrière Ben Chiarot cette saison, le projet de sauver Kulak n’est pas fou non plus. Rappelons qu’il a deux autres années de contrat à écouler, à tarif économique (1,85 million de dollars par année).

Et puis il y a Carey Price. Dans une équipe qui hisserait le drapeau blanc, Price aurait droit à davantage de congés, que ce soit pour donner de l’expérience à Charlie Lindgren ou même à Cayden Primeau.

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Carey Price a signé son 48e jeu blanc.

Mais Julien a laissé entendre qu’il souhaitait revenir avec Price dimanche après-midi, contre les Blue Jackets. Le gardien disputerait donc un deuxième match en deux jours, un troisième en quatre jours. Lui aussi a bien meilleure mine dernièrement. Sa fiche depuis le 1er janvier : 6-4-1, moyenne de 1,90, efficacité de, 940.

« C’est évident que ça aide quand ton gardien joue de cette façon. Price va dire la même chose, qu’on est meilleurs devant lui, qu’il a de meilleures chances voir rondelles. Même si on joue bien défensivement, il faut de gros arrêts aux moments importants », a estimé Julien.

Alors non, l’approche de Julien n’est peut-être pas la plus populaire, et il faudra que le Canadien se rapproche bien plus des séries pour qu’elle le devienne. Mais au risque de se répéter : ces grandes orientations organisationnelles relèvent d’un directeur général, pas d’un entraîneur. Le travail de ce dernier est de soutirer le rendement maximal et de gagner. Avec des effectifs de plus en plus en santé, il y parvient.

Dans le détail

Petry inspiré

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Jeff Petry

Mine de rien, Jeff Petry a accompli un exploit peu fréquent chez le Canadien, samedi, en récoltant au moins quatre passes au cours d’un même match. Le dernier défenseur à l’avoir fait était Andrei Markov, en 2015, et avant lui Sheldon Souray, en 2004. Depuis 1990, seuls Petr Svodoba, Lyle Odelein et Vladimir Malakhov peuvent se vanter d’y être arrivés. Après la rencontre, Petry a surtout parlé du jeu collectif de son équipe et a rendu hommage à Joel Armia pour avoir alimenté Nick Suzuki sur le premier but du match. Claude Julien, pour sa part, a fait valoir que Petry, en plus de son apport offensif indéniable, avait connu un excellent match sur le plan défensif. En effet, à 5 contre 5, les Panthers n’ont obtenu que 4 tentatives de tir pendant les 15 min 45 s que le défenseur a passées sur la glace. Le Canadien, en contrepartie, en a obtenu 24. « C’est une partie de son jeu qu’il veut améliorer, a reconnu Julien. Il veut jouer défensivement le mieux possible, donner le moins de buts possible. C’est très important pour lui. »

Le pire scénario pour les Panthers

Les Panthers avaient profité de 10 journées complètes de repos avant d’affronter le Canadien, car leur semaine de relâche a suivi la pause du match des étoiles. Avant la rencontre, leur entraîneur-chef Joel Quenneville avait mis l’accent sur l’importance de connaître un fort départ face à une équipe qui a retrouvé sa routine de matchs depuis déjà quelques jours. Meilleure chance la prochaine fois. Le Tricolore a complètement dominé les deux premières périodes. Après coup, Quenneville a refusé de blâmer le long congé, affirmant plutôt que les locaux étaient davantage « prêts à jouer et engagés physiquement ». « Il faut se demander combien de nos joueurs ont offert une performance à la hauteur de nos standards ou de leurs propres attentes. Je ne crois pas qu’ils étaient nombreux. » Par ailleurs, les Panthers ont dû composer sans les services de leur capitaine Aleksander Barkov à compter du milieu du match. Il s’est blessé au bas du corps en acceptant une mise en échec de Shea Weber et son cas sera réévalué dimanche. Selon Joel Quenneville, la blessure ne semble pas sérieuse.

Jouer avec le feu

Les Panthers débarquaient à Montréal avec l’une des attaques les plus prolifiques du circuit, mais aussi l’un des avantages numériques les plus efficaces – 24,5 % avant le match, au 5e rang dans la LNH. L’indiscipline dont a fait preuve le Canadien n’est donc pas arrivée à point nommé. Or, les hommes de Claude Julien ont été parfaits pendant les 11 min 39 s qu’ils ont disputées en désavantage numérique, et ce, même si les Panthers en ont profiter pour décocher presque la moitié de leurs tirs (14 sur 29). « Je pense qu’on a bien fait en supériorité numérique, mais on n’a juste pas réussi à conclure », s’est navré Joel Quenneville. Son homologue Claude Julien a quant à lui souligné que Carey Price était derrière « une grosse part du succès » de son équipe à court d’un homme. « Ils ont eu une échappée [de Jonathan Huberdeau] pendant un jeu de puissance, mais Price a fait un gros arrêt. [Un but] aurait pu changer l’allure du match. »

Ils ont dit

Il faut nous donner un peu de mérite ! On a bien joué, on a joué 60 minutes, les pénalités nous ont ralentis, mais nos quatre trios roulaient. On a joué avec vitesse, de façon responsable.

Tomas Tatar, au sujet de la rouille des Panthers

Quand on ferme l’espace et qu’on patine, de bonnes choses se passent. On fermait vite l’espace, on ne donnait pas de temps. Leurs occasions sont surtout survenues en avantage numérique.

Brett Kulak

C’est de la confiance, pour n’importe qui. Si tu penses à faire des erreurs, tu vas en faire. Il avait peur de ça quand il rentrait et sortait de la formation. Je pense qu’il a trouvé son rythme que l’on voyait pendant de longues périodes l’an passé. Il est très bon dernièrement et joue avec beaucoup de confiance.

Jeff Petry, au sujet de Kulak

C’était tout un jeu de [Joel] Armia. Mon travail était de faire la première passe, je ne voyais pas d’ouverture au centre, mais Armia l’a trouvée. C’est à lui que revient le mérite d’avoir préparé le but.

Petry, à propos du but de Nick Suzuki

En hausse

Artturi Lehkonen

On ne sait pas s’il était inspiré de jouer devant son papa, mais il a disputé un fort match qui se résume ainsi : un but, cinq tirs, six grosses minutes en désavantage numérique.

En baisse

Nick Cousins

Après avoir connu de bons moments offensivement, il s’est retrouvé à perdre dans le remaniement des trios 3 et 4. Il n’a joué que huit minutes, a écopé d’une punition et-quand ça va mal-a reçu le coude de Brian Boyle en pleine poire.

47

Carey Price a réussi le 47e jeu blanc de sa carrière. Il prend seul le 3e rang de l’équipe, devant Ken Dryden (46) et derrière Jacques Plante (58) et George Hainsworth (75).