Quand Blake Wheeler a été échangé des Bruins de Boston aux Thrashers d’Atlanta, il avait l’occasion de reprendre le numéro 17 qu’il portait jadis à l’Université du Minnesota.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

À Boston, un certain Milan Lucic portait déjà le 17, tandis qu’à Atlanta, il était libre.

Mais voilà, Wheeler est arrivé à Atlanta en février 2011. Un an plus tôt, le numéro 17 s’était libéré quand les Thrashers ont échangé Ilya Kovalchuk. Le même Kovalchuk qui a connu deux saisons de 50 buts à Atlanta et qui a essentiellement été le premier visage de cette concession.

Alors qu’a fait Blake Wheeler ? Il a gardé son numéro 26 qu’il portait chez les Bruins.

Si on vous raconte ça, c’est parce que samedi, Wheeler a coiffé Kovalchuk au 1er rang de l’histoire des Thrashers et des Jets en amassant son 616e point avec la franchise. Ça lui a certes pris plus de matchs (675 matchs pour Wheeler, 594 pour Kovalchuk), mais l’Américain y est quand même parvenu.

« C’était une question de respect. Kovalchuk était parti depuis pas très longtemps, a expliqué Wheeler, après l’entraînement matinal des Jets, lundi. Avec tout ce qu’il avait fait pour cette équipe, je ne voulais pas être le petit nouveau qui allait prendre son numéro. J’avais le 26 à Boston et ça allait bien, donc je n’ai rien voulu changer. »

Et ça a continué à bien aller avec le 26, comme en font foi les deux saisons de suite de 91 points qu’il vient de connaître. En sept campagnes complètes chez les Jets, Wheeler n’a jamais produit moins de 60 points. Lors de la saison écourtée 2013, il en a amassé 41 en 48 matchs. Le voici encore en voie d’atteindre la soixantaine, lui qui compte 30 points en 36 rencontres cette saison.

« Je n’ai pas trop pensé au record. Quand je prendrai ma retraite, je pourrai y penser, en parler à mes enfants, mes petits-enfants. Ça démontre surtout qu’on m’a donné plusieurs occasions ici, et que j’en ai profité, grâce à des coéquipiers incroyables », a humblement dit Wheeler.

Ses coéquipiers, eux, y ont pensé. Quand Wheeler a servi une passe parfaite à Patrik Laine, samedi, pour obtenir une mention d’aide sur le but du Finlandais, Mark Scheifele s’est assuré de récupérer la rondelle et de la ramener au banc. Laine a enlacé Wheeler autour du cou avec son bras gauche. De retour au banc, Scheifele taquinait le nouveau détenteur du record d’équipe.

« Les gars étaient très conscients d’où il en était pour le record, et en raison du pointage [les Jets prenaient l’avance 5-0 en troisième période, NDLR], ils ont pu célébrer le moment. Blake en a tellement fait ici, il a placé la barre très haut pour les entraîneurs et les joueurs. »

Julien et les jeunes

Après la mêlée de presse, on amorce une discussion à bâtons rompus avec Wheeler au sujet de Claude Julien, son premier entraîneur-chef dans la LNH. Wheeler est débarqué à Boston à 22 ans, en 2008, après trois ans à l’Université du Minnesota.

L’actuel entraîneur-chef du Canadien a dirigé Wheeler pendant deux saisons et demie, avant que les Bruins échangent l’attaquant aux Thrashers, notamment afin de mettre sur Rich Peverley.

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Claude Julien, Blake Wheeler et Patrice Bergeron lors d'une visite des Bruins au Centre Bell en 2009

Wheeler dit ne pas avoir gardé contact avec son ancien coach. Il le salue quand il le croise dans les arénas, sans plus. Mais il s’est braqué quand on a évoqué la réputation que traîne Julien auprès de certains amateurs, qui le jugent incapable de diriger des jeunes.

« J’étais vraiment loin d’être mûr en arrivant dans la LNH. Et dès le départ, mon joueur de centre était David Krejci. Claude n’a pas hésité à me faire jouer. J’ai dû faire ma place au camp, bien entendu. Mais mon expérience me laisse croire que cette impression qu’ont certaines personnes est fausse. On avait une équipe très expérimentée et il me faisait jouer tous les soirs. Il est réaliste, il va donner la chance aux gars qu’il juge qui le méritent. Mais j’imagine que coacher à Montréal, parfois, c’est difficile ! »

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Blake Wheeler a joué avec David Krejci à son arrivée à Boston.

Wheeler avait conclu sa première saison dans la LNH avec 21 buts et 24 passes pour 45 points en 81 matchs. Il jouait en moyenne 13 min 40 s par match, un chiffre qui allait passer à près de 16 minutes la saison suivante.

« Je lui serai toujours reconnaissant d’avoir eu cette chance, a ajouté Wheeler. C’est fondamentalement un très bon entraîneur qui connaît ses X et ses O. C’est pourquoi ses équipes ont toujours été compétitives. Sa structure permet à ses équipes de l’être, peu importe le niveau de talent. Et quand il a du talent comme il en a eu à Boston certaines années, ça donne les résultats que l’on connaît. Il m’a inculqué la discipline, afin que je sache ce que ça prend pour jouer à ce niveau. »