On écoutait les propos de Saku Koivu, et on avait l’impression de parler à quelqu’un sorti tout droit d’une autre époque.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Je débarquais au Canada pour la première fois. Il n’y avait pas vraiment d’Internet et je ne pouvais pas parler à ma famille au téléphone tous les jours. »

Le Canadien invitait mardi 11 de ses anciens capitaines afin de célébrer le 110e anniversaire de l’équipe. C’était l’occasion de constater à quel point les choses ont changé depuis un quart de siècle, soit depuis que Koivu a traversé l’Atlantique pour se joindre au Tricolore, en 1995.

Parce qu’ils sont tous les deux Finlandais, centres et choix de 1er tour du CH, Koivu et Kotkaniemi sont souvent associés. Peut-être aussi parce que bien des amateurs espèrent que le plus jeune connaisse la carrière du plus vieux.

Cela dit, leurs premiers pas sont certainement aux antipodes. Après avoir montré une progression constante, Kotkaniemi s’est taillé un poste chez le Tricolore à peine trois mois après avoir fêté ses 18 ans. Koivu, lui, a eu 21 ans un mois après avoir disputé son premier match dans la LNH.

Certes, la technologie permet aujourd’hui d’atténuer le choc culturel, le mal du pays, qu’aurait pu subir Koivu en débarquant à Montréal à 18 ans. Mais sportivement aussi, Koivu estime que la voie qu’il a suivie était la bonne.

« Je devine qu’il [Kotkaniemi] se sentait prêt pour la LNH à 18 ans, qu’il était prêt à quitter la maison. À cet âge-là, ce n’est pas simplement une décision de hockey. C’est tout un choc de partir de la maison et d’arriver dans un nouveau pays.

« Personnellement, j’aime toujours mieux qu’un joueur passe une saison de plus dans le junior ou dans son pays d’origine. C’est souvent mieux de jouer pour l’équipe nationale et d’y occuper un rôle important. Il faut gagner de l’expérience. Ainsi, tu es plus complet quand t’arrives dans la LNH. »

Si le développement de Kotkaniemi demeure un sujet chaud, c’est que le numéro 15 du CH ne connaît pas le départ espéré cet automne. Malgré une amélioration depuis quelques matchs, le choix de 1er tour en 2018 ne compte que cinq points, et il est donc en voie de conclure la campagne avec une vingtaine de points. L’an passé, il en avait amassé 34.

« Il y a des moments où nous oublions à quel point il est jeune, a rappelé Koivu. Quand tu as du talent, tu peux faire des choses offensivement. Mais je suis surtout surpris par son jeu défensif, il est fiable pour un jeune joueur. »

À 19 ans, Kotkaniemi est effectivement encore très jeune. En contrepartie, Koivu a soulevé son propre exemple, mais aussi celui de son ami et compatriote Teemu Selanne, qui est arrivé chez les Jets de Winnipeg à 22 ans, soit quatre ans après son repêchage. Et qui avait pris d’assaut la LNH avec une saison recrue de 76 buts et 132 points.

« C’est vrai que c’était une époque différente et qu’il y avait seulement 21 équipes [NDLR : il y en avait 24]. Mais Teemu a joué jusqu’à l’âge de 44 ans. Tu as du temps, ça ne sert à rien de précipiter les choses. Si tu ne te sens pas prêt à 100 %, tu dois rester à la maison. »

Époque plus difficile

Koivu a tenu des propos éclairants, mais il y a aussi des éléments de réponse qu’il ne pouvait pas donner pour des raisons évidentes. Allons-y pour lui.

Quand Koivu a été repêché, le Canadien venait de gagner la Coupe Stanley quelques jours auparavant. Il comptait sur Vincent Damphousse, Kirk Muller et Guy Carbonneau au centre.

Quand Kotkaniemi a été repêché, le Canadien venait de connaître une infâme saison de 71 points. Au centre, les certitudes s’arrêtaient à Phillip Danault. Jonathan Drouin avait connu des difficultés à la position, et on ignorait encore que Max Domi allait s’y épanouir. On constatera assez tôt dans la saison que Tomas Plekanec et Matthew Peca n’étaient pas des options viables pour piloter le troisième trio, voire le quatrième.

On comprend vite que la pression pour dénicher un centre n’était pas la même en 1993 qu’elle ne l’était en 2018 !

Survivre à la léthargie

Et puisqu’on parle des temps qui changent, il y avait cette léthargie de huit défaites qui tenait toujours au moment où les médias rencontraient les anciens capitaines.

En fait, il était surtout fascinant de constater que bien peu de ces anciens meneurs d’hommes avaient le vécu pour parler d’une telle séquence. Carbonneau, Muller, Bob Gainey et Chris Chelios n’ont jamais raté les séries pendant leur passage à Montréal. Damphousse, Mike Keane, Yvan Cournoyer et Serge Savard, une seule fois.

On a d’ailleurs demandé à Chelios s’il pouvait même comprendre ce que pouvait vivre une équipe dans une telle torpeur, lui dont le succès a semblé le suivre toute sa carrière. Il a savamment esquivé la question.

« On avait Patrick [Roy], mais vous avez aussi un des meilleurs au monde en Carey [Price]. Mais je travaille pour Chicago et on ne l’a pas facile. Regarde aller Detroit, c’est une équipe qui a souvent gagné la Coupe Stanley. Les Maple Leafs connaissaient de la difficulté avant de changer d’entraîneur, malgré tous leurs hauts choix au repêchage. »

Brian Gionta a aussi minimisé l’ampleur des difficultés. On parle pourtant d’un capitaine qui a vécu la sombre saison 2011-2012, pendant laquelle des spectateurs ont chanté « bonne fête » à Scott Gomez pour souligner son année complète sans but. Les partisans exagèrent-ils quand ça va mal ?

« Les choses prennent des proportions exagérées partout, que ce soit en Floride, à Buffalo ou à Montréal. C’est ainsi que ça fonctionne maintenant. » Mais Koivu-encore lui-s’est montré plus transparent dans ses propos.

« Tu dois réussir à limiter la durée de ces séquences, et c’est ce qu’ils essaieront de faire ce soir. Ce n’est pas une situation facile, et l’attention que ça génère n’arrange pas les choses. J’espère qu’ils gagneront ce soir. »

Son souhait a été exaucé.

La soirée de Koivu

Saku Koivu a volé la vedette lors de la présentation des anciens capitaines sur la patinoire. Il a été, et de loin, le joueur accueilli le plus bruyamment par les spectateurs. Dès sa présence à l’écran géant, les spectateurs, plutôt tranquilles jusque-là, se sont levés d’un bond pour l’acclamer. Le genre de réaction qui fera jaser ceux qui estiment que le numéro 11 devrait être hissé au plafond du Centre Bell. « Je ne sais pas. J’ai connu une longue carrière et j’ai porté le « C » pendant plusieurs saisons. Mais comme équipe, nous avons connu des saisons difficiles. Quand tu regardes au plafond, il y a des joueurs remarquables. J’étais heureux de la soirée qu’on m’a préparée il y a quatre ans, je ne l’oublierai jamais. »

Silence radio

Le sujet de la dénonciation des entraîneurs dans la LNH est sur toutes les lèvres depuis une semaine. Chris Chelios est d’ailleurs un de ceux qui ont dénoncé Mike Babcock, qui a dirigé Chelios à Detroit lors de la dernière décennie. L’ancien numéro 24 avait révélé la violence verbale que Babcock avait fait subir à Johan Franzen. Chelios n’a pas souhaité porter ombrage aux célébrations en rentrant dans les détails. « Aujourd’hui, c’est une belle journée. J’avais quelque chose à dire et je l’ai dit. C’est tout », a-t-il répondu.

Un grand absent

Le Canadien avait invité hier 11 de ses 12 « anciens capitaines retraités » de l’équipe. En précisant « retraités », on excluait évidemment Max Pacioretty, dont l’horaire l’aurait empêché de participer aux festivités, puisque les Golden Knights jouaient mardi soir. L’autre absent, c’était Henri Richard. Son état de santé l’empêchait d’être présent. Par contre, le « Pocket Rocket » était représenté au Centre Bell par des membres de sa famille, dont ses enfants.