(Frisco, Texas) Un premier match dans la Ligue nationale, c’est mémorable. C’est généralement un évènement souligné par la famille.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Prenez le match inaugural du Canadien cette saison. Pour Nick Suzuki et Cale Fleury, c’était un baptême dans la LNH. Les parents des deux jeunes joueurs ont donc fait le voyage à Raleigh pour être aux premières loges.

Ce ne sont toutefois pas tous les joueurs qui disputent leur premier match dans un contexte prévisible. Joe Pavelski, par exemple, a appris en pleine nuit, le 22 novembre 2006, qu’il était rappelé par les Sharks. Les délais étant trop serrés, ses parents n’ont pas pu se rendre à San Jose pour le match. C’est donc de leur bled du Wisconsin qu’ils ont dû regarder la rencontre.

Cela dit, trouver un match Sharks-Kings dans cet État où la LNH est absente tient à peu près de l’impossible. Alors Mike Pavelski, le paternel, s’est tourné vers Paul Caufield, le père de Cole Caufield. Le hockey est un petit monde dans ce coin de pays, et en tant que gérant de l’aréna, Paul Caufield est connu d’à peu près tout le monde là-bas.

PHOTO FOURNIE PAR PAUL CAUFIELD

De gauche à droite : Cole Caufield, Joe Pavelski et Brock Caufield

« Il savait que j’étais abonné au forfait NHL Center Ice et que j’avais accès à tous les matchs, racontait Paul Caufield, lors de notre passage à Stevens Point en septembre. Je lui ai dit de s’en venir. Il me demande s’il peut inviter quelques proches. Alors un mercredi soir, à 21 h, il y avait 11 Pavelski dans mon salon !

« Après le match, Mike me demande : “Combien ça te coûte, ce forfait ?” C’était environ 125 $ pour l’année, je trouvais que c’était une bonne aubaine. Alors il répond : “Intéressant. Je vais attendre de voir si Joe va rester dans la LNH !” »

Le rêve atteignable

Cole Caufield avait alors 5 ans. Il était évidemment au lit à l’heure où le match s’est mis en branle.

Mais ce premier match de Pavelski rendait plus tangible le rêve du choix de 1er tour du Canadien au dernier repêchage. Le Wisconsin ne produit pas des tonnes de joueurs, encore moins le coin éloigné d’où viennent les Caufield et les Pavelski, à deux heures de route d’un centre urbain (Madison).

« Quand j’étais petit, je jouais simplement au hockey pour le plaisir, pas en pensant à y faire carrière », nous a confié Cole Caufield lors de notre visite à l’Université du Wisconsin.

Évidemment, la LNH était mon rêve, mais comme j’ai grandi dans un petit village, je n’y pensais pas réellement. Donc d’avoir Joe [Pavelski] comme modèle, c’est assez cool.

Cole Caufield

Le mot « modèle » n’est pas trop fort. Comme Pavelski pendant ses 13 saisons à San Jose, Caufield porte le 8. Les deux joueurs sont issus de la même école secondaire, Stevens Point Area Senior High. Et cette saison, Caufield porte les couleurs des Badgers du Wisconsin, équipe avec laquelle Pavelski a joué de 2004 à 2006 et remporté un championnat national. L’été dernier, ils ont même pu se côtoyer, puisque Pavelski fait son entraînement estival dans les installations des Badgers.

« Si on se croisait, j’allais lui parler, je prenais de ses nouvelles. Malgré sa transition vers Dallas, j’étais content qu’il prenne le temps de me parler », souligne Caufield.

L’admiration est mutuelle. Après sept matchs, Caufield compte déjà huit buts et deux passes. Doit-on rappeler qu’il n’a que 18 ans et qu’il affronte des joueurs plus vieux, plus gros et plus forts que lui ?

PHOTO ABBY DREY, ASSOCIATED PRESS/CENTRE DAILY TIMES

Après sept matchs avec les Badgers de l’Université du Wisconsin cette saison, Cole Caufield (8) compte déjà huit buts et deux passes.

« Il est capable de tirer une rondelle ! lance Pavelski, rencontré après l’entraînement des Stars jeudi. 

« C’est beau à voir. Son talent crève les yeux. Mais j’ai vu quelques matchs, et ce que je remarque, c’est à quel point il veut la rondelle. Il veut faire des jeux, il est passionné. C’est presque comme s’il exigeait d’avoir la rondelle. Et c’est ça, le hockey. Tu dois vouloir faire le jeu. Si tu le rates, tu le rates, c’est tant pis. Mais tu dois vouloir attaquer et je vois ça dans son jeu. »

Faire mentir les recruteurs

Caufield et Pavelski ont aussi en commun d’avoir fait douter les recruteurs. À des échelles bien différentes cependant, entendons-nous.

Caufield était attendu par plusieurs dépisteurs autour du 10e rang au repêchage. C’était aussi l’avis de son conseiller, Pat Brisson. Mais que ce soit en raison de sa petite taille (5 pi 7 po) ou des craintes qu’il ait trop bénéficié des passes de Jack Hughes, les équipes passaient leur tour, si bien qu’il a chuté au 15e rang.

Sa « dégringolade » n’a toutefois rien à voir avec celle de Pavelski. Il n’était même pas sur les écrans radars à sa première année d’admissibilité au repêchage. Il a finalement été réclamé à 19 ans, au 205e rang de l’encan de 2003.

À mes yeux, Joe représente l’ardeur au travail et la constance. Il n’est peut-être pas le meilleur patineur, mais ce qu’il fait avec son bâton, son cerveau, ses mains, c’est incroyable.

Cole Caufield

« Et hors glace, c’est une machine d’entraînement, estime Caufield. Il prend soin de son corps et peu de gens le savent. Il a pris un chemin différent du mien, mais il y a plusieurs façons d’atteindre la LNH, donc je le tiens en admiration. »

Aujourd’hui, 16 ans plus tard, Pavelski amorce un nouveau chapitre de sa carrière avec les Stars de Dallas. Il a quitté San Jose au 3e rang de l’histoire de l’équipe pour les buts (355) et les points (761). À moins d’un malheur, il disputera cette saison son 1000e match dans la LNH. Samedi, contre le Canadien, il chaussera les patins dans la grande ligue pour la 979e fois.

Cole Caufield pourrait avoir bien pire comme modèle.

Prochain match : Canadien contre Stars, samedi, 19 h