Xavier Ouellet n’a pas hésité très longtemps.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Quelque part entre le Québec et le Michigan, les deux endroits où il partage sa vie durant l’été, le défenseur a apposé son nom au bas d’un contrat. C’était le 27 mai dernier, 44 jours seulement après la fin de la saison du Rocket de Laval.

Il faut dire que Ouellet n’avait aucune raison de laisser traîner les choses. 

Pour le contrat en lui-même d’abord et avant tout, généreux s’il aboutit dans la Ligue américaine. Ouellet est assuré de toucher au moins 400 000 $ peu importe où il joue. C’est rarissime. Mais c’est peut-être aussi un cadeau empoisonné pour un défenseur qui rêve de LNH.

« Ça s’est fait naturellement, a dit Ouellet, croisé dans le cadre du Grand Prix de Formule 1 du Canada. Je voulais aller chercher de la sécurité pour ma famille et pour moi-même. C’était mon but premier, quand on parle des chiffres. Mais je pensais surtout à l’occasion que j’avais de revenir jouer chez moi, puis de trouver une manière d’intégrer l’équipe. »

Dès le dossier réglé, Ouellet a appelé son père. Après, la nouvelle est devenue publique. Tout le monde savait.

Une pente abrupte

Tout le monde sait aussi que Ouellet a une pente abrupte à remonter pour refaire partie de la formation du Canadien de Montréal, comme il l’a fait au début de la dernière saison.

Il y a déjà Shea Weber et Jeff Petry, incontournables. Victor Mete et Brett Kulak ont une longueur d’avance. Puis il y a Christian Folin, dont le Canadien a rapidement confirmé le retour, et Noah Juulsen, désormais en santé. Et on ne parle même pas d’une éventuelle nouvelle acquisition de Marc Bergevin, par transaction ou sur le marché des joueurs autonomes.

Bref, on le disait, une pente abrupte. Surtout que Ouellet a accepté un superbe contrat « de Ligue américaine », qui pourrait à première vue l’y condamner. Parce que c’est à Laval qu’il a joué son plus grand rôle l’an dernier, comme défenseur numéro un, mais surtout comme capitaine. Joël Bouchard a rapidement solidifié son statut de mentor auprès des espoirs, comme il l’a fait avec Karl Alzner, d’ailleurs.

« Ce contrat ne veut rien dire. C’est une sécurité que je voulais aller chercher pour ma famille. Je regarde le contrat, mais je regarde aussi mon objectif d’être à Montréal. C’est signé, maintenant, je me concentre sur ce que j’ai à faire. »

Xavier Ouellet

Et comment a-t-il réagi au retour des Kulak et Folin ?

« Ça me dit qu’il va y avoir une grosse compétition au camp. Je n’ai aucun contrôle sur qui revient et qui ne revient pas. Je suis content de faire partie de ce défi. Je vais arriver très prêt au camp. À partir de là, ils vont devoir prendre leurs décisions. »

Une question mentale

Ouellet a vécu une dernière campagne mouvementée. Il a commencé la saison avec le Canadien et a connu plusieurs matchs intéressants, avant de vivre une baisse de régime. Conséquemment, il s’est retrouvé coincé dans la fameuse rotation de l’entraîneur-chef Claude Julien, au cœur de laquelle il a fini par perdre ses moyens.

Il a abouti avec le Rocket de Laval après avoir été ignoré au ballottage. C’est là qu’il a renoué avec son ancien entraîneur au niveau junior, Joël Bouchard. Bouchard, fin pédagogue, s’est mis en tête de créer ce qu’il avait appelé à l’époque le « Xavier Ouellet 2.0 ». 

« Entrer et sortir de la formation, à Montréal, à Detroit, ça n’a pas sorti le meilleur de lui, avait dit à l’époque l’entraîneur du Rocket. Alors on fait quoi ? Il a du potentiel. C’est un guerrier, c’est un travaillant, c’est un joueur de caractère. Subitement, il ne sait plus jouer ? Quand je dis qu’il n’est pas assez bon, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas bon. On doit créer le Xavier Ouellet 2.0. Sinon, il va lui arriver la même histoire. »

Avec le Rocket, Ouellet a explosé, avec 28 points en 47 matchs. Il a joué beaucoup, dans toutes les circonstances. Quand il s’est retrouvé avec le « C » sur la poitrine, il a su combattre la réticence naturelle d’être étiqueté à tout jamais « Ligue américaine ».

Bouchard l’a aidé à assimiler que c’était un hommage à ses qualités de leader plutôt qu’une condamnation à ne plus jouer dans la LNH. Ouellet a donc aidé les jeunes, à commencer par son partenaire de 20 ans et bel espoir de l’organisation Cale Fleury.

Ouellet analyse d’ailleurs avec sérénité sa dernière saison.

« Je pense que ç’a été une bonne saison. J’ai eu la chance de commencer à Montréal. Je me suis mis les pieds dans le bain, je sais comment ça marche. Quand j’ai été retourné en bas, j’ai eu beaucoup de temps de jeu. »

Xavier Ouellet

« Ça faisait très longtemps que je n’avais pas joué autant. Ça m’a fait du bien, je sens que mon jeu s’est amélioré. J’ai eu beaucoup de responsabilités. Ça me donne confiance, ça me fait me sentir bien. J’arrive confiant au camp d’entraînement. »

La confiance est la clé pour Ouellet. Celle qui lui permettra de se faire remarquer au milieu d’un autre camp bondé. Celle qui lui permettra aussi de rebondir, cette fois-ci, quand il devra faire face à l’adversité. 

« Je n’ai pas grand-chose à changer dans ma préparation estivale. Je dois surtout être efficace quand je serai sur la glace, et être prêt mentalement à tout ce qui pourra arriver. »