« C’est de loin mon meilleur mois de décembre en carrière », affirme le Québécois Laurent Duvernay-Tardif. Entrevue avec le garde des Chiefs de Kansas City, qui visent rien de moins que les grands honneurs.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Sans trop faire de bruit, les Chiefs de Kansas City ont gagné leurs quatre derniers matchs et connaissent leurs meilleurs moments de la saison. Tandis que les Ravens de Baltimore et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre continuent de faire parler d’eux, les Chiefs nous préparent-ils une fin en crescendo ?

« Avoir un peu la mentalité d’un underdog [négligé], c’est une bonne chose selon moi. Je performe bien dans ces situations-là, et je pense que c’est la même chose collectivement », a estimé Laurent Duvernay-Tardif en entrevue téléphonique avec La Presse.

Au début de la saison, les Chiefs faisaient partie des deux ou trois principaux aspirants au Super Bowl. Une saison inégale, marquée par les blessures, dont celles du quart-arrière Patrick Mahomes et de Duvernay-Tardif, jumelée à l’éclosion de Lamar Jackson à Baltimore, a cependant relégué les Chiefs à l’arrière-plan.

PHOTO JAY BIGGERSTAFF, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Laurent Duvernay-Tardif

« On a très bien commencé la saison en attaque et c’était similaire à l’année dernière. On marquait beaucoup de points et Pat [Mahomes] multipliait les jeux spectaculaires. Mais défensivement, ce n’était peut-être pas encore parfaitement soudé. Au fur et à mesure que la saison a avancé, notre défense s’est améliorée, mais on a eu une baisse de régime en attaque, entre autres parce que Pat s’est blessé. »

« Depuis notre match à Mexico [le 18 novembre], je pense qu’on joue du très bon football et qu’on est tous enfin au diapason. On a recommencé à jouer avec une certaine attitude et de la confiance, ce qui est super important à l’approche des éliminatoires. »

Je ne saurais dire si on parle beaucoup de nous ou non dans les médias. Je ne pense pas qu’il y a beaucoup de nos joueurs qui regardent le NFL Network, on se concentre pleinement sur ce qu’on veut accomplir.

Laurent Duvernay-Tardif

Et l’objectif des Chiefs est bien sûr de remporter le Super Bowl pour la première fois en 50 ans, le 2 février prochain.

« On vise encore l’une des deux premières places dans la conférence, ce qui nous donnerait un congé en première ronde, mais nos deux prochains matchs serviront également à nous assurer que la machine est bien huilée pour le début des séries. »

Dose de confiance à Foxborough

À leurs quatre derniers matchs, les Chiefs ont vaincu chacun de leurs trois rivaux de division (les Chargers de Los Angeles, les Raiders d’Oakland et les Broncos de Denver). C’est toutefois l’autre victoire au cours de cette séquence qui a été la plus significative, un gain de 23-16 au Gillette Stadium à Foxborough, le 8 décembre.

« C’était vraiment crucial de gagner ce match. On voulait démontrer à tout le monde que ce qui s’était passé l’année dernière, c’était du passé. Les Patriots nous ont battus deux fois l’an dernier, dont la défaite crève-cœur à l’Arrowhead Stadium en séries. Je pense que tout le monde dans l’équipe l’avait encore un peu sur le cœur. »

Les Chiefs et les Patriots pourraient fort bien s’affronter à nouveau lors du deuxième tour éliminatoire en janvier. Afin de battre Bill Belichick et sa bande, rien ne doit être laissé au hasard – Duvernay-Tardif et les Chiefs le savent mieux que quiconque.

« Tout au long de la semaine qui a mené à notre match en Nouvelle-Angleterre, j’ai senti que tous nos joueurs étaient très minutieux dans leur travail. On voulait s’assurer de connaître tous les détails du plan de match et on savait que ce serait un match important disputé dans un environnement hostile. C’est une victoire qui nous a donné une bonne dose de confiance. »

Nouveau projet à Montréal

Sur le plan individuel, Duvernay-Tardif se dit actuellement en grande forme après avoir raté quelques matchs en raison d’une blessure à une cheville en milieu de saison.

« C’est de loin mon meilleur mois de décembre en carrière, tant mentalement que physiquement. Rendu au mois de décembre, tous les joueurs traînent des bobos, mais je me sens très bien en ce moment. »

Duvernay-Tardif a subi plusieurs blessures depuis qu’il a été sélectionné au 200e rang du repêchage de 2014 par les Chiefs, dont une déchirure ligamentaire à une cheville et une fracture du péroné l’année dernière.

Chaque blessure laisse sa marque, mais avec les années, on apprend à mieux prendre soin de son corps. Je pense que j’ai vraiment fait un bon travail à ce niveau cette année.

Laurent Duvernay-Tardif

En 2017, c’est au genou gauche que le Québécois s’était blessé, et plus d’un an après cette blessure, Duvernay-Tardif ressentait toujours de la douleur. C’est ce qui l’a amené à consulter une entreprise montréalaise (Emovi), qui se spécialise dans la « genougraphie » à l’aide d’une technologie appelée KneeKG.

« C’est le seul outil de mesure et d’analyse qui est capable de faire une étude d’une articulation en mouvement, alors avoir pu compter sur cette technologie après ma blessure au genou m’a vraiment aidé. Ça m’a permis de voir ce qui était déficient au niveau de mon alignement et ce que je pouvais faire pour corriger ça », a expliqué Duvernay-Tardif.

Le diplômé en médecine a aimé la technologie d’Emovi au point qu’il a choisi de s’impliquer dans l’entreprise, un énième projet pour l’athlète de 28 ans.

« Dès le moment où j’ai aimé le produit, on en est venus à développer un partenariat. Ça me tient à cœur de pouvoir encourager des entreprises québécoises lorsque je le peux, surtout lorsqu’elles sont innovatrices et du domaine médical. »

Un vote pour Alex Harvey

Après avoir reçu plus de votes que Charles Hamelin au premier tour de notre récent sondage sur l’athlète québécois de la décennie, Laurent Duvernay-Tardif s’est incliné devant le fondeur Alex Harvey, qui s’est finalement rendu jusqu’en finale. N’allez cependant pas croire que le footballeur a ressenti une vive déception. « J’ai même voté pour Alex lorsqu’on était opposés l’un à l’autre », a précisé le garde des Chiefs de Kansas City. « Honnêtement, lorsqu’on regarde ça d’un point de vue strictement athlétique, je me serais senti mal de gagner contre Mikaël Kingsbury ou Alex Harvey, qui font probablement partie des meilleurs athlètes au monde. Je suis 100 % d’accord avec le choix du public. »