(Paris) Après l’Euro de football et les Jeux olympiques de Tokyo, le Tour de France reste le dernier des évènements géants du sport à rester debout. Mais la pandémie du coronavirus pose des questions à moins de cent jours du grand départ de l’édition 2020 programmé le 27 juin à Nice.

Jean MONTOIS
Agence France-Presse

Le Tour est-il en danger ?

Le cyclisme est au point mort, au moins jusqu’à fin avril, la date fixée la semaine passée par l’Union cycliste internationale (UCI). En réalité, aucune course WorldTour, c’est-à-dire le calendrier de l’élite, n’aura lieu avant le 31 mai, premier jour du Critérium du Dauphiné qui est aussi une course organisée par ASO, responsable du Tour de France. Le Giro, qui devait partir de Hongrie le 9 mai, est l’un des premiers évènements à être passé à la trappe.

Du côté d’ASO, le silence est de rigueur. « On espère bien que la situation, évidemment en premier lieu pour le bien du pays, sera réglée avant », déclarait la semaine dernière le directeur du Tour Christian Prudhomme, avant de rappeler le délai important, trois mois, qui nous sépare encore du grand départ. Mais la situation est scrutée de toutes parts. De sources concordantes, l’AFP a appris que des partenaires avaient été sondés sur l’hypothèse d’une édition avec des restrictions du public et de la caravane publicitaire.

« On est en lien avec ASO », a reconnu la ministre français des Sports Roxana Maracineanu lundi, en soulignant « l’importance capitale » de l’événement. Depuis sa création en 1903, le Tour, devenu un phénomène de société autant que sportif, n’a été arrêté que par les deux guerres mondiales.

Qui décide ?

Si le Tour de France est une propriété privée, sa nature -21 jours de course–, sa dimension-10 à 12 millions de personnes sur le bord des routes – et son importance– il est la clé de voûte de son sport– le rendent dépendant des services de l’État français. Pour s’en tenir à ce seul chiffre : quelque 29 000 policiers, gendarmes et pompiers, sont mobilisés à un moment ou à un autre sur l’épreuve pour assurer sa sécurité.

Les présidents de la République sont régulièrement venus pendant la course. Emmanuel Macron était encore présent, le 20 juillet dernier, à l’arrivée de l’étape au col du Tourmalet. De là à penser que la décision finale concernant le Tour sera prise au plus haut sommet de l’État…

Quelle est la position des équipes ?

« S’il n’y a pas de Tour de France, tout le modèle du cyclisme pourrait s’effondrer », estime le Belge Patrick Lefevere, le patron de l’équipe Deceuninck, en qualifiant de « désastre total » l’hypothèse d’une annulation. « Le point d’ancrage de la saison, c’est le Tour », confirme à l’AFP Marc Madiot, à la tête de l’équipe française Groupama-FDJ et président de la Ligue nationale du cyclisme.

Les différents responsables d’équipes contactés par l’AFP sont sur la même ligne. « Il faut qu’il y ait un Tour de France. Après, c’est l’état sanitaire qui déterminera (sa viabilité) », affirme Marc Madiot, qui relègue au second plan l’iniquité sportive envisageable. « Tout le monde ne sera pas au même niveau de préparation, mais la situation est extrêmement fluctuante, d’un pays à l’autre, et d’un jour à l’autre ».

« Il faut que les événements aient lieu même si l’équité sportive n’est pas garantie », renchérit Cédric Vasseur, son homologue de Cofidis, prêt à envisager un report du Tour le cas échéant : « Aujourd’hui, c’est prématuré. Mais pourquoi pas le décaler si la situation sanitaire le demande ? Pourquoi pas au mois d’août ? » Dans cette hypothèse, le report des JO annoncé mardi libère des dates dans le calendrier international.

Qu’en pensent les coureurs ?

« Je serais surtout inquiet parce que si on l’annule, cela voudrait dire que la pandémie s’est aggravée », a répondu Thibaut Pinot, l’un des favoris de la prochaine édition. Confronté à l’éventualité, le Français ne veut pas trop y penser, pas plus que son compatriote Julian Alaphilippe : « Je n’ai pas envie d’imaginer une année sans Tour de France, ce serait terrible pour le cyclisme. »

« Le vélo en ce moment est complètement dérisoire, insiste toutefois Pinot. Il y a tellement plus important que de savoir si le Tour va être annulé ou reporté ». Romain Bardet est du même avis et fait part de son « espoir qu’il y ait une sortie de crise d’ici au Tour. »

« Cela me semble compliqué de penser que le Tour puisse se tenir totalement normalement », a-t-il estimé mardi à propos d’un évènement qui attire un public international : « En termes de présence physique et de spectateurs sur le bord de la route, j’imagine mal que le Tour de France 2020 puisse être identique à celui qu’on a vécu l’an dernier. »