Il s’appelle Moko, « comme on parle de Bono ou de Cher ». À chaque Grand Prix depuis des dizaines d’années, Moko est là, quelque part dans les paddocks. Il se promène, salue tout le monde comme s’il le connaissait.

Publié le 19 juin
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Son âge ? On l’ignore. « L’âge n’est pas important ! », lance le sympathique personnage en entretien avec La Presse, dimanche matin.

Son emploi ? On l’ignore aussi. « Je n’aime pas parler de ce que je fais ! Je suis venu ici pour regarder la course, ce que je fais n’est pas important ! », s’exclame-t-il.

Ce qu’on sait, c’est qu’il s’appelle Moko, qu’il est sénégalais et qu’il est un passionné de course automobile. Probablement un des plus grands au monde. Mais il n’aime pas qu’on lui appose cette étiquette. « C’est ce que les gens disent parce qu’ils n’ont rien à dire », dit-il.

Moi, je traîne. Je voyage, pour ma passion !

Moko

Cette passion, elle lui vient des années 1970, à l’époque de l’apartheid, où l’Afrique du Sud était « divisée entre les Blancs et les Noirs ».

« Dans ces années où on joue au soccer ou au rugby, moi, très jeune, j’ai décidé de soutenir un Blanc, raconte-t-il. Et ce Blanc, il était sud-africain. Ce Blanc, dans un sport individuel qui est la Formule 1, est devenu champion du monde, le seul Africain. Pour Ferrari. Et ce Blanc s’appelle Jody Scheckter. »

C’est donc l’écurie Ferrari qu’il soutient encore à ce jour, et non « un pilote en particulier, parce que les pilotes changent ». « L’écurie ne change pas. Mais tous me donnent du plaisir », affirme-t-il.

Partout où la Formule 1 va, année après année, Moko est là. Depuis combien de temps ? « Je ne compte plus ! », répond-il.

L’homme dont on ne connaît pas l’âge ne se considère pas comme un « partisan », non. Il préfère le terme « passionné ».

« Ma passion pour la Formule 1 n’a rien de différent du passionné qui va acheter un tableau de 100 millions de Picasso, image-t-il. Une fois qu’ils ont le tableau, ils en cherchent un autre. Moi, la différence, quand le drapeau à damier s’abaisse, je pense à l’autre course. L’écart d’argent est immense, mais ma passion est la même.

« C’est cette dualité entre la machine et l’homme qui me donne du plaisir. Je ne peux pas le décrire. »

« Ils me voient »

À Montréal comme ailleurs, dans les paddocks, tout le monde saluait Moko, dimanche matin.

« Ils ne me connaissent pas, ils me voient, laisse-t-il entendre. C’est différent. Il y a une fascination, ils se rendent compte que je suis un passionné agréable à vivre avec tout le monde. C’est tout. Ils m’ont toujours vu ! »

En fin d’entretien, alors qu’on s’apprête à éteindre l’enregistreuse, Moko insiste pour parler de Montréal.

« Je suis toujours enchanté de l’engouement que le peuple montréalais a pour la course automobile, affirme-t-il. Et ça, reste en paix Gilles Villeneuve. Il n’a jamais été champion du monde, c’est son fils qui l’a été, mais je pense qu’inconsciemment, les Montréalais ont adopté la course à la mémoire de Gilles. Parce que dans ce pays, c’est le hockey.

« Que Dieu protège la ville de Montréal et ses habitants. À la mémoire de Gilles Villeneuve, on revient. »