La saison 2021 ne s’est pas terminée dans les meilleures conditions pour Nicholas Latifi. Sa sortie de piste dans les derniers tours du Grand Prix d’Abou Dhabi a mené à la neutralisation de la course puis à la controverse qui a marqué la fin de la course et coûté le titre mondial à Lewis Hamilton.

Mis à jour le 15 février
Michel Marois
Michel Marois La Presse

Le pilote canadien de l’équipe Williams a été vilipendé dans les réseaux sociaux, recevant même des menaces de mort.

« Cela a atteint un tel niveau que j’ai dû avoir recours aux services d’une agence pour assurer notre sécurité, à ma copine [la mannequin Sandra Dziwiszek, qui est aussi diplômée en droit] et à moi, lors de certaines activités à notre retour à Londres. Il suffit de croiser un amateur un peu soûl ou dans une mauvaise journée pour que les choses dérapent… »

Latifi a expliqué mardi en visioconférence qu’il avait aussi reçu de nombreux messages d’appui, de Hamilton notamment, et qu’il avait révélé la gravité de la situation dans l’espoir de provoquer une réflexion sur les réseaux sociaux.

« Ces médias nous aident à avoir des contacts positifs avec les amateurs, mais ils peuvent aussi laisser place à des comportements inadéquats. De nombreux autres athlètes reçoivent régulièrement des menaces, ce serait bien si nous pouvions corriger cela. »

Inutile de dire que Latifi avait hâte de passer à autre chose, et il a pu le faire mardi sur le circuit de Silverstone, en découvrant la nouvelle Williams FW44 qu’il pilotera cette saison dans le Championnat du monde de Formule 1. À sa troisième saison à ce niveau, le Torontois espère que l’introduction d’une nouvelle réglementation technique va permettre de réduire les écarts entre les équipes.

Après des débuts laborieux en 2020, quand les Williams n’étaient guère compétitives, Latifi a connu de meilleurs moments la saison dernière alors que son équipe s’est hissée au huitième rang du Championnat des constructeurs. Sans égaler les performances de son coéquipier George Russell – parti chez Mercedes cette saison –, le Torontois s’est parfois mêlé à la lutte pour les points et il a conclu la saison au 17rang du classement des pilotes avec une récolte de 7 points.

C’est un nouveau départ, une nouvelle ère en quelque sorte. L’intersaison est toujours trop longue pour moi ! Nous avons quand même beaucoup travaillé et c’est excitant de voir l’enthousiasme de tout le monde à l’usine.

Nicholas Latifi

Le pilote de 26 ans a donc pu découvrir sa nouvelle monture mardi pour quelques tours de rodage.

« La piste était détrempée et je ne voulais évidemment prendre aucun risque inutile, a-t-il expliqué. Je n’ai donc pas appris grand-chose de ces premiers tours, mais j’ai quand même pu constater, comme les autres pilotes qui ont eu la chance de rouler jusqu’ici, que la visibilité est un peu réduite au niveau des roues avant [plus grandes cette saison].

« Ce n’est pas évident, mais c’est quelque chose auquel nous allons devoir nous habituer, un peu comme le manque de visibilité des ailerons avant. Avec le temps, on sait jusqu’où on peut aller. Les sensations semblent aussi différentes au volant en raison des nouveaux paramètres aérodynamiques. Ce ne sont toutefois encore que sept tours sur une piste détrempée… »

PHOTO FOURNIE PAR WILLIAMS RACING/AGENCE FRANCE-PRESSE

La FW44 dévoilée mardi arbore le nom d’un nouveau commanditaire, les piles Duracell, et une robe de bleus dégradés avec des parements rouges.

C’est Alex Albon, qui a piloté chez Red Bull et Alpha Tauri auparavant, qui sera le coéquipier de Latifi cette saison.

« Nous étions ensemble chez Dams en F2 en 2018 et nous nous entendons très bien, a rappelé le Canadien. Quand je l’ai retrouvé cet hiver, nous avons tout de suite retrouvé la même complicité. Nous allons former un très bon duo, capable de nous pousser mutuellement, toujours dans l’intérêt de l’équipe. »

La nouvelle FW44 est la première Williams dévoilée depuis la mort du fondateur de l’équipe, Frank Williams, en novembre dernier. Même si la famille Williams n’est plus impliquée dans la gestion depuis 2020, l’héritage de la marque est toujours visible.

« La nouvelle décoration est très belle et c’est bien d’avoir conservé le bleu qui était associé aux voitures de Frank Williams, a souligné Latifi. Nous avons beaucoup travaillé afin de développer cette voiture et j’ai très hâte de pouvoir l’apprivoiser lors des essais préparatoires, dans quelques jours à Barcelone. »

Des voyages, quand même

Après la fin de la dernière saison, malgré les menaces, Latifi et sa partenaire ont beaucoup voyagé pour visiter leurs familles respectives et prendre quelques semaines de vacances. « J’ai aussi passé quelques jours en Finlande pour rouler sur la glace et travailler certaines techniques de conduite », a raconté le pilote.

« Je me suis ensuite préparé de la même façon que l’année dernière, sauf que j’ai pu cette fois avoir accès à un gymnase bien équipé pour parfaire ma condition physique. L’année dernière, j’avais dû aménager une pièce de mon appartement… C’est important, car c’est toujours éprouvant de reprendre le volant au début de l’année, en ce qui concerne les muscles du cou notamment. »

Habitué aux voyages, Latifi espère avoir enfin la chance d’en faire un autre, en juin à Montréal, pour le Grand Prix du Canada.

« C’est ma troisième saison en F1 et je n’ai pas encore pu disputer un Grand Prix à la maison [en raison de l’annulation de l’épreuve montréalaise en 2020 et en 2021]. J’avais pris part aux essais libres du vendredi matin en 2019 et je sais à quel point l’ambiance est extraordinaire sur le circuit Gilles-Villeneuve pendant le week-end du Grand Prix.

« Je croise les doigts en espérant que la troisième fois sera la bonne et que je pourrai enfin courir à Montréal, devant ma famille, mes amis et tous les amateurs canadiens », a assuré celui qui est né dans la métropole avant de déménager en banlieue de Toronto.