(Arabie saoudite) Avec ses 4 hélicos et autant de 4x4 sur la piste, une trentaine de monteurs, 2 antennes satellites et 140 personnes pour gérer le tout, la boîte privée d’A.S.O. produit quotidiennement du contenu qui est livré aux quatre coins du monde.

Publié le 17 janvier
ANNE-MARIE LEFEBVRE Collaboration spéciale

S’ajoutent à ce nombre les 430 journalistes accrédités représentant 34 nationalités qui, de la piste au bivouac jusqu’à la salle de presse, ne pensent qu’à faire rêver leur auditoire, tandis qu’eux, dormant sous la tente, dans le sable, au grand vent et dans un tapage incessant, renoncent au sommeil du juste.

Les jours de déménagement, ils se lèvent à l’heure des coureurs pour partir à destination du prochain bivouac, environ une heure et demie de vol plus loin.

La salle de presse est assurément le lieu le plus paisible du bivouac. Mis à part les reporters radio qui y livrent un contenu dans leur langue respective, c’est surtout le cliquetis des claviers et le son des prières – lorsqu’on est près des villes – qui occupent l’espace sonore.

Plus la journée avance, avec les nouvelles qui nous arrivent de la piste, plus l’espace gagne en animation. Les résultats font l’objet de discussions et les fiertés nationales s’expriment.

Paolo Ianieri ne boude jamais son plaisir lorsque son compatriote, le motard Danilo Petrucci, réussit une prouesse. Le journaliste de la Gazetta dello Sport chasse les histoires à chaud et les images sur le vif. Chaque jour, il joue du coude pour se frayer une place à bord d’un 4x4 de presse qui l’entraînera sur la piste, quitte à dormir en plein désert. Pour lui, rien de tel que de voir les athlètes passer en trombe, un nuage de poussière dans leur sillage. Les abonnés au terrain rentrent au bivouac les poches pleines de sable et la carte mémoire saturée d’images époustouflantes.

Pour Fabienne Piaut, caméraman qui en est à sa 11couverture du Dakar, le meilleur se révèle sur le village. Celle qui est chargée de l’équipe des « caméras bivouac » apprécie son poste. « Ça me convient bien parce que j’aime rencontrer les gens et que sur le bivouac, ils ont le temps de nous parler. » Quant à son statut de femme dans un milieu d’hommes, elle n’y voit aucune contrainte : « Je suis entourée de garçons, mais ils sont chouettes, ils prennent soin de moi. Pour mes interviews, c’est aussi un avantage. Les gens ont plus tendance à se livrer à une femme. »

PHOTO FOURNIE PAR FABIENNE PIAUT

Fabienne Piaut

Difficile de trouver un lieu qui regroupe autant de participants si heureux de vivre une épreuve. Prendre part au Dakar requiert une longue préparation financière, physique et technique, ce qui fait d’un engagement une véritable récompense et, pour la plupart, ça se vit dans la joie. Les équipes qui se sont entraînées sont soudées bien avant le départ et, de manière générale, l’harmonie règne au sein de l’habitacle. C’est vrai pour des membres d’une même famille, et pour tous les autres qui se sont choisis.

Mis à part chez ceux qui visent le podium, la culture de l’entraide prévaut. Il n’est pas rare de voir une équipe s’arrêter pour en aider une autre. Et le soir venu, dans la cafétéria ou autour du feu, l’esprit est à la camaraderie.

Ils laissent leur trace

Danilo Petrucci – moto no 90

PHOTO FOURNIE PAR PAOLO IANIERI

Danilo Petrucci

Danilo Petrucci a grandi dans un milieu modeste, son parcours nous apprend qu’il ne doit son succès qu’à son talent, à sa détermination et à son enthousiasme inaltérable. L’Italien a beau avoir gagné deux Grands Prix – en Italie en 2019 et en France en 2020 –, il n’avait jamais couru de rallye avant de s’engager sur le Dakar 2022. Et quelques semaines avant le départ, il ne connaissait toujours pas le fonctionnement d’un road book.

Il était donc particulièrement étonnant de le voir grimper jusqu’à la première place à la cinquième étape. Les jours suivants ont été moins reluisants, avec des pénalités pour excès de vitesse et un recours à l’assistance à la suite d’un bris mécanique, mais Danilo Petrucci est resté enthousiaste devant sa prodigieuse performance : « Wow, je suis le premier à avoir gagné une course GP et une étape au Dakar ! » Celui qui avait un résultat positif à la COVID-19 jusqu’à la veille du départ aura vécu tout ce que le défi a à offrir, et davantage : une chute, une collision avec un chameau, il a perdu son passeport, s’est pris deux mauvaises chutes, il a mal à un poignet et à une clavicule, mais il a terminé son premier Dakar avec une 89position.

Jean-Pierre Strugo – no 259

PHOTO ANNE-MARIE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Jean-Pierre Strugo

La mémoire des premiers Dakar vit à travers Jean-Pierre Strugo. Le septuagénaire s’est inscrit au rallye pour la première fois en 1986, à la deuxième édition de l’épreuve créée par Thierry Sabine. Il y était aussi l’année où le fondateur a tragiquement disparu. Ce fut ensuite un feu roulant de participations en quasi continu qui l’a mené de l’Afrique à l’Amérique latine, puis en Arabie saoudite après cinq ans de pause. « Quand j’ai su qu’on avait l’occasion de découvrir l’Arabie saoudite, j’ai voulu revenir. » Il y est pour la 3fois et célèbre cette année sa 30participation au rallye, ce qui en fait une triple légende qui a conclu avec une 50place.

Alexandre Giroud – no 174

PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE GIROUD

Alexandre Giroud

Pour la sixième fois consécutive, Alexandre Giroud court le Dakar en quad. Il a terminé 11e les deux premières fois, 4e la troisième fois, puis connu l’abandon lors des deux dernières éditions. Cette année est marquante puisque c’est le 25anniversaire de la catégorie et qu’il s’avère que le père du Français en fut le premier champion. Récemment mort de la COVID-19, Daniel Giroud ne pourra féliciter son fils qui a remporté son prix, il monte cette année sur la première marche du podium du Dakar !

Mashael AlObaidan – no 332 et Dania Akeel – no 310

PHOTO FOURNIE PAR MASHAEL ALOBAIDAN

Mashael AlObaidan

Les pilotes Mashael AlObaidan et Dania Akeel ont beaucoup en commun. Elles ont toutes les deux été initiées à la conduite hors piste par leur père dès leur jeune âge. Le désert fut leur terrain de jeu qu’elles ont sillonné en quad, en moto, en buggy. Elles ont vécu la vie occidentale sur des campus d’universités américaines et cette année, à 33 ans, elles sont devenues les premières Saoudiennes à prendre part au plus dur rallye du monde au volant d’un prototype léger. Ce n’est pas anodin, considérant que jusqu’en 2018, les femmes n’avaient pas le droit de conduire dans le pays. Dania Akeel est maintenant inscrite sur la liste des 50 femmes les plus influentes du pays. Comme quoi la condition féminine peut évoluer partout. Dania a terminé l’épreuve en 8position et Mashael, en 17e.

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