S’il faut se fier au Grand Prix de Bahreïn, on aura droit à une saison épique cette année en F1. Lewis Hamilton et Mercedes ont encore gagné, certes, mais le septuple champion du monde a dû remporter un combat titanesque face à Max Verstappen (Red Bull), et tout indique que les deux hommes vont se livrer un long duel – pour chaque victoire, mais aussi pour le titre mondial.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Parti en tête au volant de la voiture la plus rapide, Verstappen a pourtant vu Hamilton se retrouver devant lui à la faveur d’une meilleure stratégie de Mercedes dans la gestion des changements de pneus. Roulant avec des pneus plus usés à quelques tours de l’arrivée, le Britannique semblait pourtant à la merci de son jeune rival quand son ingénieur Peter Bonnington l’a informé du retour de Verstappen tout juste derrière lui.

« Laisse-moi faire [leave it to me], Bono », a simplement répliqué Hamilton, avant de montrer pourquoi il est considéré comme le meilleur pilote de l’histoire de la F1. Verstappen s’est approché et il a même doublé son adversaire au 53e des 56 tours, mais il a dû sortir de la piste pour le faire et a dû redonner la première place.

Hamilton ne lui a plus donné la moindre chance de le doubler et il s’est imposé avec une mince priorité de 0,745 seconde. « Il [Verstappen] a été très rapide tout le week-end et nous savions qu’il fallait faire quelque chose de vraiment spécial, a expliqué le vainqueur. Nous nous sommes arrêtés tôt et nous avons essayé de trouver le bon équilibre afin d’avoir des pneus encore en vie en fin de course.

« Cela a été très difficile, car Max était vraiment sur mon dos. Je ne sais pas comment nous avons pu réussir à le retenir jusqu’au bout. Cela a sûrement été l’une des courses les plus difficiles depuis un bon moment, et je suis reconnaissant envers toute l’équipe qui a travaillé sans relâche, même si nous pensions être un peu en retrait ici. La suite de la saison sera tout aussi difficile, mais c’est le genre de défi qui me stimule. »

Le coéquipier d’Hamilton, Valtteri Bottas, est resté loin des duellistes tout au long de la course, mais il a sauvé la troisième place et a réussi le tour le plus rapide, dans le dernier tour, pour aider Mercedes à prendre l’avantage au championnat des constructeurs.

Verstappen déçu, mais confiant

Même s’il regrettait sur le coup que son équipe l’ait obligé à céder le premier rang au 53e tour – il aurait préféré tenter de creuser un écart suffisant avec Hamilton pour compenser une éventuelle pénalité –, Max Verstappen s’est montré bon prince après la course.

« C’est décevant, mais il faut aussi voir les éléments positifs, a-t-il dit. Nous [Mercedes] les avons vraiment forcés à se battre et c’est super d’amorcer la saison de cette façon. »

PHOTO MAZEN MAHDI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Lewis Hamilton et Max Verstappen

Christian Horner, directeur de Red Bull, a lui aussi préféré insister sur la compétitivité de l’équipe, estimant, avec son vis-à-vis de Mercedes Toto Wolff, que « les amateurs seraient les grands gagnants » d’une lutte au sommet.

« C’est difficile de perdre de cette façon par une si petite marge, d’autant plus que Max avait repris l’avantage, mais les commissaires ont décrété qu’il devait le rendre et il a fait la bonne chose en laissant passer Lewis. Chapeau bas aussi à Sergio [Perez, le deuxième pilote de l’équipe], qui a réussi un retour fantastique [cinquième] après être parti des puits. Nous sommes assurément dans la lutte et cela augure très bien pour le reste de la saison. »

Chaud en milieu de peloton

Derrière les meneurs, la lutte a été aussi vive pour les places d’honneur entre les équipes du milieu de peloton, tout particulièrement entre McLaren et Ferrari. C’est le jeune Lando Norris (McLaren) qui a fait la meilleure opération avec une superbe quatrième place, devançant nettement son réputé coéquipier Daniel Ricciardo (7e). Charles Leclerc (6e) et Carlos Sainz (8e) ont pour leur part montré que la Scuderia Ferrari avait progressé depuis la saison dernière, mais qu’il y avait encore beaucoup à faire avant que les voitures rouges puissent revenir au niveau des meilleurs.

Déception chez Alpine, où le double champion du monde Fernando Alonso a été forcé à l’abandon, alors que son coéquipier Esteban Ocon a vu sa course sabotée par un accrochage avec Sebastian Vettel.

PHOTO KAMRAN JEBREILI, ASSOCIATED PRESS

Accrochage entre Esteban Ocon et Sebastian Vettel

Parti de la cinquième place, le Français Pierre Gasly a été impliqué dans une collision en début de course et il n’a pu défendre ses chances, mais son coéquipier Yuki Tsunoda a permis à Alpha Tauri de récolter les deux points de la 9e place, une belle performance pour ses débuts en F1.

Mick Schumacher et Nikita Mazepin, les deux autres recrues de 2021, ont connu un Grand Prix difficile chez Haas. Le premier a roulé en queue de peloton pendant toute la course et il s’est contenté de la 16e place. Le deuxième, qui accumule les bévues depuis sa nomination, n’a fait que quelques mètres avant de s’envoyer dans le mur au troisième virage…

Stroll et Aston Martin devront travailler

Dixième sur la grille de départ, Lance Stroll a terminé à la même position, récoltant un petit point pour sa première course sous les couleurs d’Aston Martin. « C’est bien d’avoir un point, mais c’est évident que nous espérions mieux aujourd’hui, a reconnu le pilote canadien. Nous avions bien fait en début de course, je me sentais bien dans la voiture et nous pouvions viser une bonne place, mais nous avons ralenti dans le dernier segment de la course. »

Stroll a ainsi reculé au classement, cédant le neuvième rang à Yuki Tsunoda dans le dernier tour. « Je n’avais plus de ‟grip” en fin de course et je n’ai pu lui résister. Il va falloir étudier les données pour comprendre ce qui s’est passé. De manière générale, nous n’avons pas maximisé les possibilités de la voiture ce week-end et nous avons beaucoup de travail devant nous avant le prochain Grand Prix. »

Le coéquipier de Stroll, Sebastian Vettel, a connu une course aussi difficile que le reste de son week-end et s’est contenté de la 15e place.

Le directeur de l’équipe Aston Martin, Otmar Szafnauer, a estimé que l’équipe était sans doute, comme Mercedes, un peu pénalisée par les nouvelles règles aérodynamiques en vigueur cette saison.

« Dans les circonstances, Lance a réussi une course intelligente en allant chercher le maximum possible aujourd’hui, a-t-il souligné. Il roulait avec les autres voitures du milieu de peloton en début de course, ce qui est encourageant, mais nous devrons travailler au cours des prochaines semaines afin d’être plus compétitifs à Imola. »

De son côté, le pilote torontois Nicholas Latifi a été contraint à l’abandon au 51e tour. « J’ai été agréablement surpris par l’équilibre de la voiture aujourd’hui, alors pourtant que nous nous attendions à une course difficile. Malheureusement, le moteur a vite donné des signes de faiblesse. Dans la deuxième partie de la course, je ne faisais que circuler en piste, sans vraiment pousser, en espérant qu’il y ait quelques abandons… »

Prochaine épreuve : 18 avril, Grand Prix de Lombardie, circuit d’Imola

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