Stephan Gabriele a eu la « piqûre » pour Gilles Villeneuve en assistant à une épreuve de Formule Atlantique disputée à Québec. À partir de ce mois de septembre 1977, le jeune garçon s’est mis à suivre à fond la carrière du pilote de 27 ans. « Je découpais tout ce qui s’écrivait sur lui. C’était mon héros d’enfance. »

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Pas étonnant alors que le choc ait été énorme lors de la disparition de Villeneuve quatre ans et demi plus tard sur la piste de Zolder, en Belgique. Stephan Gabriele avait 14 ans. « Le lendemain de son décès, j’ai dit : “Un jour, je vais lui rendre hommage.” »

Ce jour-là est arrivé. Devenu producteur de documentaire, il revisite la carrière de son idole dans le cadre du documentaire Gilles Villeneuve : à toute vitesse. Il sera diffusé ce samedi à 22 h 30 sur ICI Télé avant d’être mis en ligne le lendemain sur ICI Tou.tv. Une rediffusion aura lieu le 26 juin, à 20 h, sur ICI RDI.

Le documentaire nous fait revivre son ascension, des courses de motoneige à la Formule 1 en passant par la Formule Atlantique, où il reçoit un coup de pouce déterminant du champion du monde James Hunt.

En tout, 14 intervenants, en très grande partie européens, partagent leur point de vue sur la carrière internationale du pilote de Berthierville. « On voulait mettre l’accent sur des choses qui n’avaient pas encore été dites. Je voulais aussi que l’hommage vienne des internationaux qui n’ont rien à gagner à vanter une personne étrangère », explique Stephan Gabriele.

On retrouve des pilotes qui étaient en piste avec lui comme René Arnoux, Jacques Lafitte et Jody Scheckter, ainsi que sur des journalistes qui l’ont côtoyé sur une base quasi quotidienne. Tout le monde a été très généreux. Dès qu’on disait Villeneuve, la réponse était O. K. Je ne sais pas si c’est le karma ou si c’est Gilles qui a provoqué ça.

Stephan Gabriele

Car, 38 ans plus tard, il en ressort toujours le portrait d’un « homme généreux » avec de « bonnes valeurs » possédant « un talent naturel » derrière un volant. Bien que relativement courte sur la durée, 67 Grand Prix, sa carrière en Formule 1 est remplie de moments marquants. « Sur 67 Grand Prix, il y a toujours une anecdote par Grand Prix où l’on parle de lui », glisse le journaliste français Jean-Louis Moncet.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Villeneuve, sous la pluie, lors du Grand Prix du Canada en 1981.

En vrac, on revoit la liesse suivant son premier succès en F1 à Montréal (1978), sa bataille roue dans la roue avec René Arnoux lors du Grand Prix de France (1979), ou sa victoire à Monte-Carlo malgré une Ferrari difficile à piloter (1981). Chaque fois, ses ex-coéquipiers, ses adversaires et ses proches parlent d’un homme qui ne connaît qu’une seule vitesse : la pleine vitesse.

Découvrir l’homme

Quasiment deux ans de travail ont été nécessaires à l’élaboration de ce documentaire réalisé par Jean Bourbonnais. Huit jours de tournage ont notamment eu lieu en Grande-Bretagne, en France, en Suisse et évidemment en Italie, où l’amour des tifosi envers Villeneuve est encore très grand. Par la suite, un long travail de recherche a été effectué pour agrémenter le documentaire d’une centaine de photos, pour la plupart inédites à la télévision.

Je voulais faire découvrir le pilote, mais aussi l’homme. On passe de la piste à l’extérieur quand il parle de son salaire par exemple.

Stephan Gabriele

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Villeneuve, lors du Grand Prix du Canada, en 1981

La mort est rapidement présente dans le documentaire. En 1978, Villeneuve est sur la piste de Monza quand Ronnie Peterson est victime d’un grave accident qui mènera à son décès le lendemain. La question est posée à Villeneuve : pense-t-il à la mort en piste ? « Dans les jours qui ont suivi, tu y penses parce que ça aurait pu être moi. Mais je ne pense pas à [la mort] même si je suis conscient du risque. »

L’émotion est encore vive chez les intervenants au moment de raconter les dernières semaines de Villeneuve, en 1982. Lors du Grand Prix précédant l’accident fatal, Villeneuve avait vécu comme une trahison le dépassement de son coéquipier Didier Pironi malgré les consignes d’équipe. « Je ralentis pour sauver la voiture et le con me dépasse », lance le pilote Ferrari à la radio française.

Deux semaines plus tard, il est éjecté de sa monoplace lors d’une séance d’essai en Belgique. « L’histoire de Villeneuve, c’est l’histoire de Cendrillon avec une fin tragique », conclut Stephan Gabriele.