(Montréal) Nicholas Latifi s’était équipé d’un simulateur de courses chez ses parents à Toronto il y a deux ans, mais il admet que c’était surtout son frère cadet qui en profitait. Maintenant qu’il est en confinement en raison de la pandémie de coronavirus, Latifi passe la majorité de ses journées au volant de sa voiture virtuelle.

Alexis Bélanger-Champagne
La Presse canadienne

Latifi s’apprêtait à disputer le premier Grand Prix de Formule 1 de sa carrière pour l’écurie Williams à Melbourne le 15 mars, quand les activités ont été annulées dans la foulée de la pandémie de la COVID-19.

Baptême du feu reporté

« À l’approche du début de chaque saison, vous ressentez une certaine frébilité. Le fait que ça devait être ma première course en Formule 1, ça ajoutait à cette sensation, a mentionné Lafiti, lors d’un entretien avec La Presse canadienne plus tôt cette semaine. C’était la bonne décision d’annuler la course en raison de ce qui se passe dans le monde et des efforts pour limiter la propagation du virus. »

C’est frustrant pour moi de devoir attendre encore un peu avant ma première course, mais mon tour viendra.

Nicholas Latifi, pilote de l’écurie Williams

« J’ai quitté Melbourne et je suis rentré chez mes parents. J’essaie de rester occuper. Nous avons un gymnase ici et je me suis intéressé un peu plus aux courses virtuelles. »

Pilotage différent, processus mental similaire

« C’est une bonne façon de garder mon cerveau alerte. Le pilotage n’est pas identique à la réalité, mais le processus mental est semblable. »

PHOTO WILLIAM WEST, AFP

La recrue Nicholas Latifi et le vétéran Sebastian Vettel le 12 mars 2020 à Melbourne lors d’une conférence de presse avant le GP d’Australie, qui a été annulé deux jours plus tard.

La Formule 1 a organisé trois Grand Prix virtuels depuis l’arrêt des activités qui a forcé l’annulation ou le report de neuf courses, jusqu’ici. Latifi est l’un des quelques pilotes de F1 à avoir participé à chacune de ces courses disputées via le jeu vidéo F1 2019. Le reste du peloton a été complété par des pilotes de F2 ou d’autres séries, ainsi que de quelques célébrités ou créateurs de contenu web.

Ces courses ont vite donné la piqûre à Latifi, qui a suggéré la création d’un championnat.

« Je crois que c’est Charles (Leclerc) qui a ensuite proposé d’en profiter pour amasser des fonds pour une organisation caritative, a raconté Latifi. Tout ça a été organisé rapidement, sans aide extérieure. Nous avons dû planifier beaucoup de choses — quelle organisation appuyer, comment rendre les courses interactives et ajouter les liens pour faire les dons. »

PHOTO DENIS BALIBOUSE, REUTERS

Voici de quoi a l'air une console de course automobile virtuelle. C'est celle du Suisse Louis Delétraz, pilote de réserve de l'écurie Haas F1 et pilote en Formule 2, qui tente de garder la main grâce aux courses en ligne, dans le sous-sol de la maison de ses parents à Veyrier, près de Genève, en Suisse.

Ces efforts ont mené à la création de « Race for the World » et environ 71 000 $ US ont été amassés pour le Fonds de riposte à la COVID-19 de l’Organisation mondiale de la Santé. En plus de Latifi et Leclerc, de Ferrari, les autres pilotes de F1 à avoir participé à l’évènement sont Alexander Albon, de Red Bull, Lando Norris, de McLaren, Antonio Giovinazzi, d’Alfa Romeo, et George Russell, le coéquipier du Canadien chez Williams.

23 000 abonnés sur Twitch

Latifi, qui est âgé de 24 ans, a aussi créé sa propre chaîne sur la plateforme Twitch. Après seulement quelques semaines, le natif de Montréal compte déjà plus de 23 000 abonnés.

« Je n’aurais jamais pensé faire ça, mais on me l’a suggéré après le premier Grand Prix virtuel, a mentionné Latifi. J’ai regardé quelques vidéos pour comprendre comment créer une chaîne, installer les caméras, etc. C’est une belle façon de se rapprocher des amateurs en interagissant avec eux par le biais du clavardage. Ça leur permet de vous voir dans un autre contexte que celui de votre travail pendant les week-ends de course. »

Latifi n’est pas le seul à avoir tenté l’aventure Twitch. Leclerc l’a aussi fait. Norris était déjà un habitué des plateformes de diffusion en ligne.

Se rappeler qu’on est pas seul dans le sous-sol

Alors qu’ils découvrent les plaisirs de courir et d’échanger avec leurs partisans à partir du confort de leur maison, les pilotes professionnels ont aussi vite réalisé qu’ils n’étaient pas à l’abri de gaffes très coûteuses. Le pilote de la série NASCAR Bubba Wallace a perdu un commanditaire après avoir abandonné une course par frustration, tandis que Kyle Larson a été congédié par son équipe pour avoir prononcé une insulte raciale.

PHOTO D'ARCHIVES MIKE DINOVO, USA TODAY

L'ex-pilote NASCAR Kyle Larson.

« Après l’incident Kyle Larson, l’équipe nous a envoyé un message pour nous rappeler comment nous comporter pendant les diffusions. Personnellement, je sais ce qui est acceptable ou non, a dit Latifi. Je suis associé à une équipe, à des commanditaires et ils ont tous une image à maintenir. Je sais que je dois faire attention, mais ça ne m’empêche pas d’être moi-même et de m’amuser. »

Latifi a admis qu’il n’aura pas le temps de continuer à passer des heures sur Twitch quand la vie reprendra son cours normal. Mais il promet d’y retourner en de rares occasions.