«Le contrat avec Williams a été le cadeau d'anniversaire le plus cher de l'histoire du sport automobile.» Lorsque Williams a présenté officiellement Lance Stroll à la presse, la semaine dernière, six jours après ses 18 ans, le chroniqueur allemand Michael Schmidt y est allé de cette confidence dans la revue Auto Motor und Sport.

Mis à jour le 10 nov. 2016
Sébastien Templier LA PRESSE

Habitué des paddocks de F1, le journaliste du magazine automobile allemand révèle que Lawrence Stroll, le père milliardaire de Lance, aurait pu débourser jusqu'à 80 millions US pour que celui-ci intègre Williams et se familiarise le plus vite possible avec une F1. Une somme énorme, très difficilement vérifiable. Schmidt évoque 35 millions rien que pour le poste de pilote numéro deux au sein de l'écurie. Loin d'être impossible quand on sait que Pastor Maldonado, appuyé par l'industrie pétrolière vénézuélienne, a apporté à l'écurie des sommes plus ou moins similaires entre 2011 et 2013.

Bonne fête fiston! Lance Stroll a eu 18 ans six jours avant l'annonce de son contrat chez Williams. On le voit ici avec son son père Lawrence Stroll l'été dernier lors du GP du Canada. Photo: Bernard Brault, La Presse

Mais le plus gros de la facture résiderait dans la préparation du fils Stroll à sa prochaine saison.

Si celui- ci a expliqué avoir fait six jours d'essais à bord d'une Williams de 2014 cette année, on n'en connaissait pas les conditions jusqu'à la semaine dernière : 20 employés de Williams, 5 ingénieurs de Mercedes --motoriste de l'écurie-- , 2 moteurs 2014 calibrés pour l'occasion et 4 circuits de F1 où se faire la main (Silverstone, Budapest, Red Bull Ring et Monza). Sans compter des pneus Pirelli conçus pour les tests.

Selon Auto Motor und Sport, Lance Stroll ira faire d'autres essais à Barcelone, Abou Dhabi, Austin et Sotchi.

80 millions de raisons de sourire. Ce jeune homme a un père qui s'occupe bien de son fils. Photo: Reuters

Pour couronner le tout, Lawrence Stroll aurait financé un nouveau simulateur au siège de Williams, calibré expressément pour les circuits de F3 et réservé uniquement à son fils cette année !

Un traitement de faveur ? Oui et non

C'est à l'origine une rumeur qui court depuis que Lance Stroll s'est joint à l'équipe Prema en 2014, année où il a remporté le championnat italien de Formule 4. Et qui a pris du coffre cette année : son père milliardaire a investi dans cette équipe italienne.

Pépinière de talents, Prema a cette année dominé de la tête et des épaules le dernier championnat européen de Formule 3, accompagné du titre de Lance Stroll que l'on sait. Cette domination ne date pas d'hier. L'an dernier, Prema avait également tout raflé. Mais cette saison, les quatre ou cinq secondes d'avance qu'a souvent possédées le jeune Stroll sur ses poursuivants ont suscité des questions sur un éventuel traitement de faveur. Inutilement, selon Patrick Carpentier.

« J'ai regardé Maximilian Günther, son coéquipier, qui a gagné quelques courses, et en sortie de virage, je ne voyais pas que Lance avait nécessairement beaucoup plus de puissance, analyse l'ancien pilote de série CART. Sauf qu'il est certain que c'est Lance, en menant le championnat, vers la fin de la saison, qui bénéficiait de tout le développement. Tous les efforts et tout ce qui était amélioré, c'est certain que ça allait à lui parce que c'est lui qui avait la meilleure chance de remporter le championnat. »

Lance Stroll a disputé en 2016 sa deuxième saison de Formule 3 chez Prema. Photo: La Voix de l'Est

Un tel choix est « normal » dans le monde du sport automobile, rappelle Carpentier, qui a connu pareille situation aux côtés de Paul Tracy.

« Dans ces équipes comme Prema, tous débutent normalement sur un pied d'égalité. Lance, en début de saison, a dû se battre pour aller chercher des victoires, ce n'était pas évident », fait remarquer l'ancien pilote québécois.

Il n'empêche qu'Auto Motor und Sport est allé plus loin la semaine dernière en affirmant que Lawrence Stroll avait bel et bien acheté l'équipe et l'avait fait bénéficier de ses moyens financiers pour améliorer la voiture et le moteur.

Lawrence Stroll et son fils Lance, chez Prema Powerteam, durant la saison 2015. Photo:Prema Powerteam.

«Condamné à gagner»

« Condamné à gagner. » C'est en ces mots que le pilote Bertrand Godin a résumé l'an dernier le destin de Lance Stroll. Parce que le jeune homme a toujours tout eu à disposition pour éclore au plus haut niveau du sport automobile.

Lance Stroll a effectué ses débuts en karting en 2007 après que son père lui eut acheté un « Go Kart » pour ses 8 ans. Dans les années qui suivront, Lance ne remportera pas de titre en karting, mais il intègrera la prestigieuse Académie de pilotes Ferrari dès 2010. Il a alors à peine 12 ans.

Le natif de Montréal a couru sur les circuits de karting en Amérique du Nord et en Europe avant de s'installer avec son père en Suisse.

À la fin des années 2000, une rivalité anime les pistes de karting, entre Lance Stroll, Jesse Lazare --aujourd'hui en Coupe Porsche GT3 aux États-Unis-- et Olivier Bédard, vainqueur de la Coupe Nissan Micra l'an dernier.

« Lance avait un budget faramineux, se souvenait encore l'an dernier Olivier Bédard. [...] J'avais 15 000 $ pour un peu plus d'une saison. Lui avait au moins 10 fois plus. Il avait un préparateur moteur à temps plein. Lors d'une course de karting, je l'ai vu avec huit mulets ! Et son père a fait construire une piste de karting à Mont-Tremblant. »

Pendant trois saisons, le jeune Lance va bénéficier des conseils d'un « coach » qui sera nul autre que le Britannique Mike Wilson, sextuple champion du monde de karting.

La légende veut que son père ait sollicité à l'époque nul autre que Michael Schumacher, en vain.

La suite, on la connaît.

Lance Stroll, petit, roulait carrosse et vite. Photo: Presse Canadienne