Le maillot rose de meneur du Tour d'Italie repose toujours sur les épaules de l'Espagnol Joaquim Rodriguez, mais tout le monde sait maintenant à qui il est destiné à l'issue de l'ultime étape de demain: le Canadien Ryder Hesjedal. Le cycliste de Victoria est en passe de réaliser un exploit gigantesque.

Simon Drouin LA PRESSE

Deuxième au sommet de l'Alpe di Pampeago, hier, Hesjedal s'est approché à 17 secondes de Rodriguez à deux jours de l'arrivée à Milan. Surtout, il a repoussé à plus d'une minute trente les Italiens Michele Scarponi et Ivan Basso, ses deux principaux rivaux au classement général, grâce à une fin d'ascension d'anthologie, où il s'est affirmé comme l'homme fort de ce 95e Giro, deuxième course en importance derrière le Tour de France.

Menace principale aux yeux des meneurs en raison de ses capacités contre la montre, qui lui serviront demain, Hesjedal devait en théorie jouer la carte défensive sur cette très dure étape de haute montagne, où l'Alpe di Pampeago était escaladée à deux reprises.

Or, après avoir lui-même répondu à trois attaques de Scarponi dans les sections les plus pentues, c'est le Canadien qui a mis tout le monde en difficulté dans les trois derniers kilomètres. Calme, lucide, il a jugé ses opposants avec l'assurance d'un seigneur avant de s'enfuir. Scarponi s'est battu comme il a pu, Basso a montré ses limites. Seul le Tchèque Roman Kreuziger, parti plus tôt, mais loin au général, a pu résister à la charge déchaînée de l'ancien spécialiste de vélo de montagne.

Peu après l'arrivée, Hesjedal est resté quelques minutes assis sur le bitume, entouré d'une nuée de photographes, caméramans et journalistes. Il a pris quelques gorgées avant de se relever. Tenant presque de la curiosité canadienne quand il a pris le maillot rose pendant quelques jours la semaine dernière, il est maintenant devenu le patron.

«C'était une journée importante et j'ai démontré où j'en suis, a dit Hesjedal, d'un ton dénué d'excitation, peu après l'arrivée. Il reste maintenant deux journées et je dois me concentrer sur la prochaine étape.»

Étape reine

Malgré une équipe Garmin-Barracuda aux ressources en apparence limitées - Vande Velde et Stetina l'ont quand même supporté au pied de l'Alpe di Pampeago - Hesjedal peut aborder l'étape reine d'aujourd'hui avec sérénité (à partir de 7 h 30 à RDS-2 ou 9 h 30 à RDS).

Deux cols mythiques se dresseront devant lui. D'abord le Mortirolo, peut-être le plus dangereux avec ses passages à plus de 20 %, puis le Stelvio, une montée de 22,4 km culminant à plus de 2700 mètres d'altitude. Très longue, mais régulière, cette dernière ascension paraît bien adaptée au style d'Hesjedal, qui s'est fait connaître du grand public canadien quand il a fini sixième au Tour de France en 2010.

Contre-la-montre

Si personne ne le décramponne, il aura beau jeu sur le contre-la-montre final de 30 km, demain, à Milan. Rodriguez sera une proie facile. Hesjedal lui avait d'ailleurs repris plus de 3 min 30 s sur 52 km lors de l'avant-dernière étape de ce Tour 2010, ce qui lui avait permis de ravir la sixième place à l'Espagnol. Dans une moindre mesure, Scarponi, tenant du titre, et Basso, double gagnant, ne peuvent espérer être à la hauteur d'Hesjedal dans l'effort solitaire. Leur salut pourrait passer par une attaque dans le Mortirolo.

Pour l'heure, tout indique qu'Hesjedal deviendra le premier Canadien vainqueur d'un Grand Tour (France, Italie, Espagne). «Je ne veux pas lui porter malchance, mais il est solidement installé dans le siège du conducteur, il n'y pas l'ombre d'un doute», a confié Steve Bauer, rappelant que l'émergence d'Hesjedal n'est pas survenue du jour au lendemain.

L'ex-maillot jaune au Tour de France (1988 et 1990), aujourd'hui directeur sportif de l'équipe pro continentale SpiderTech propulsé par C10, admet d'emblée qu'on ne peut plus le considérer comme le plus grand cycliste canadien de tous les temps.

«La performance de Ryder Hesjedal au Giro est du jamais vu au niveau canadien, a souligné Bauer. Je ne peux pas comparer ce que j'ai accompli avec quelqu'un qui gagne un Grand Tour.»

À Milan, quelqu'un, quelque part, doit préparer un enregistrement de l'Ô Canada.