Le Tour de France se retrouve cette année pris en tenaille par l'affaire Contador, qui faute d'avoir trouvé son épilogue avant le coup d'envoi en Vendée samedi, met déjà en pointillés le palmarès final, comme l'est encore le nom du vainqueur 2010.

Stéphanie Pertuiset AGENCE FRANCE-PRESSE

Contrôlé positif en juillet dernier mais blanchi par la fédération espagnole de cyclisme en février, Alberto Contador a, d'un strict point du vue juridique, parfaitement le droit de courir même si le Tribunal arbitral du sport (TAS) doit encore trancher cet été sur l'affaire de son «steak contaminé».

Et le champion espagnol ne s'en prive pas depuis le 16 février, date à laquelle sa suspension provisoire a été levée, et a enchaîné les victoires au Tour de Murcie, au Tour de Catalogne, puis au Tour d'Italie, avant de s'attaquer à défendre son titre dans le Tour de France à partir de samedi.

Autant d'efforts pour rien, peut-être. Car Alberto Contador pourrait très bien perdre ses trophées, à commencer par sa victoire dans la Grande Boucle 2010, si le TAS juge, à l'inverse des Espagnols, que les quelques picogrammes de clenbutérol décelés dans ses urines le 21 juillet 2010 sont bien dus au dopage.

Quelques picogrammes représentent des traces infinitésimales, loin des contrôles positifs caricaturaux, d'où la complexité de l'affaire. Alors que la plupart des laboratoires antidopage n'auraient pas été capables de les détecter, ces picogrammes n'ont pas échappé l'an dernier à celui de Cologne (Allemagne), connu pour être l'un des plus performants.

Le coureur espagnol a clamé son innocence et désigné pour coupable un steak mangé la veille de son contrôle, provenant d'un ravitaillement à Irun, au risque de se froisser avec les producteurs bovins espagnols, qui ont porté plainte contre X.

Au rythme de la justice

Dans le même temps, certains médias rapportaient, sans donner leur source, que les mêmes urines de Contador présentaient une concentration de résidus plastiques élevée, caractéristique des personnes ayant reçu une transfusion sanguine.

Cet élément, qui n'a jamais été confirmé depuis, laisse supposer à certains experts que Contador se serait piégé en se dopant par transfusion sanguine. Le test de détection des résidus plastiques n'est pas encore validé par l'Agence mondiale antidopage (AMA), mais ses résultats peuvent étayer un faisceau de preuves.

Figure-t-il dans le dossier Contador porté en appel par l'Union cycliste internationale (UCI) et l'AMA ? Mystère. Les éléments à charge ne seront connus qu'une fois le jugement du TAS rendu, probablement en septembre.

À ceux qui déplorent la durée de la procédure, le cyclisme ne peut que rappeler que la justice sportive fonctionne au rythme qui est le sien, avec un cadre juridique à respecter.

L'UCI a attendu quatre mois après le Tour, pour demander en novembre à la Fédération espagnole d'ouvrir une procédure disciplinaire contre Contador. Il fallut trois mois à celle-ci pour la mener à terme et décider en février d'absoudre le coureur de toute faute, après avoir songé à lui infliger un an de suspension.

L'UCI prit ensuite un autre mois avant de faire appel devant le TAS, pour dit-elle obtenir un jugement épargné de toutes pressions politiques, suivie quelques jours plus tard par l'AMA.

La cour suprême du sport, basée à Lausanne, avait bien promis de statuer sur le sort du coureur avant le départ du Tour, mais elle a dû reporter l'audience après la fin du Tour, du 1er au 3 août, à la demande des parties.

Cette situation cause un malaise dont se serait bien passée la Grande Boucle. Tout en regrettant «l'incertitude qui va accompagner la présence d'Alberto Contador au Tour de France», l'UCI a invité tout un chacun à respecter le droit du coureur espagnol à la présomption d'innocence, jusqu'à décision contraire.