Traverser le Canada d’est en ouest, à la force de ses bras et de ses jambes, c’est une chose. Le traverser du nord au sud, de l’île d’Ellesmere jusqu’à la Pointe-Pelée, c’en est une autre. C’est l’immense expédition que viennent de réaliser Nicolas Roulx et Guillaume Moreau, d’abord en skis, puis en canot et à vélo.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Ils ont ainsi parcouru 7600 kilomètres en 234 jours, pour atteindre la Pointe-Pelée le 8 novembre dernier. D’autres aventuriers québécois les ont accompagnés pour certaines portions du périple.

CARTE FOURNIE PAR EXPÉDITION AKOR

Le trajet initial de l’expédition. Il a dû être modifié à quelques reprises pour une variété de raisons.

« Ce qui m’a frappé, c’est l’immensité du territoire, affirme Nicolas Roulx. C’est un territoire peuplé par des milliers d’animaux sauvages que nous avons eu le privilège de côtoyer dans une grande proximité. Nous avons aussi eu la chance de croiser le chemin de tellement de gens, des communautés inuites particulièrement, des gens qui ont été tellement généreux par rapport à leur savoir lié au territoire, aux routes traditionnelles qu’on devait peut-être emprunter. »

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Les aventuriers ont croisé des centaines de traces (trop) fraîches d’ours polaires.

Les aventuriers ont d’autant plus apprécié ce partage de connaissances qu’ils ont dû modifier leur itinéraire à plusieurs reprises, pour une variété de raisons.

Autant pour le ski que pour le canot, il n’y a rien qui s’est passé comme prévu. Mais on a été capables d’improviser pour régler les problèmes.

Nicolas Roulx

Ainsi, ils ont brisé des fixations de ski dès le début de l’expédition, dans l’île d’Ellesmere. Le frottement de leurs vêtements constamment humides sur la peau leur a causé des plaies particulièrement douloureuses et inquiétantes.

La très grande présence d’ours polaires n’a pas contribué à rassurer les aventuriers.

« On en a vu une quinzaine, mais il y en a eu combien qui nous ont vus sans qu’on les voie ? »

Les conditions de glace ont été difficiles : il y avait parfois d’énormes amoncellements, les fameuses crêtes de compression, qu’il fallait gravir avec des traîneaux de 135 kg.

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Les crêtes de compression, l’un des obstacles de l’expédition

« Il y a eu des blizzards, des températures de - 35, - 40. C’était le real deal de l’aventure polaire. »

Poursuivis par les difficultés

Après une pause bien méritée à Resolute Bay, Nicolas Roulx, Guillaume Moreau et leur coéquipier pour la section « ski », Jacob Racine, ont dû noliser un avion pour franchir le détroit de Barrow, qui s’était dégagé des glaces beaucoup plus tôt que prévu, pour poursuivre le trajet en skis.

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Nicolas Roulx (à gauche), Guillaume Moreau (à droite) et leur coéquipier pour la section « ski », Jacob Racine

« Ça nous a coûté 5000 $ pour 20 minutes de vol », dit en soupirant Nicolas Roulx.

Arrivés à Gjoa Haven après 64 jours d’efforts, Nicolas Roulx et Guillaume Moreau ont troqué leurs skis contre des canots et ont échangé Jacob Racine contre deux nouveaux coéquipiers.

On pensait que la section “canot” allait être plus facile. Ce l’était… mais la différence était moins grande que ce qu’on avait prévu.

Nicolas Roulx

Pendant une dizaine de jours, il a fallu traîner les canots sur la banquise, entre glace parfois mince, trous d’eau et crêtes de compression, avant de rejoindre un réseau de rivières et de lacs.

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Au début, il a fallu traîner les canots sur la banquise.

« On a brisé nos canots. On avait de bons kits de réparation, mais on n’était pas préparés à des trous béants. On s’est retrouvés à réparer ces trous avec les bottes de caoutchouc d’Etienne [Desbois]. C’était vraiment cowboy. »

Il y a eu des tensions dans l’équipe et un des membres est parti lors d’une étape de ravitaillement, ce qui a créé des difficultés : comment remplacer quelqu’un au pied levé pour une expédition de cette ampleur ?

« En plus, ça coûtait cher de venir sur le fly au Nunavut, raconte Nicolas Roulx. On capotait ! Finalement, on a trouvé une femme extraordinaire, Catherine Chagnon. »

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Faire passer un canot sur une crête de compression, ce n’est pas plus facile que faire passer un traîneau.

Les difficultés ont quand même poursuivi les aventuriers : une charge d’un bœuf musqué lors d’un portage, une trop longue immobilisation due au temps exécrable qui a mis à mal les réserves de nourriture, un grand détour pour aller chercher du ravitaillement.

« Cette section a pris 57 jours au lieu des 43 jours prévus. »

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’EXPÉDITION AKOR

Les aventuriers ont affronté les premières neiges à vélo.

Retour progressif à la civilisation

La section « vélo » a été pas mal plus reposante, même si les coéquipiers, épuisés après des mois d’expédition, ont dû ramener leur distance quotidienne moyenne à une centaine de kilomètres au lieu des 125 prévus.

« Ç’a été un retour progressif à la civilisation, de village en village, de ville en ville, raconte Nicolas Roulx. On se nourrissait dans les dépanneurs en bord de route. »

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La faune a été au rendez-vous, comme cette petite famille de caribous.

Malgré les difficultés, les coéquipiers ont pu accomplir les tâches scientifiques qu’ils s’étaient données, soit recueillir des échantillons de bois d’épinette noire dans le cadre d’une recherche chapeautée par Guillaume Moreau (détenteur d’un doctorat en sciences forestières) et recueillir des données sur leur état physique et mental dans le cadre d’une recherche sur l’adaptation du corps dans des conditions extrêmes.

Maintenant rentrés à la maison, les aventuriers doivent également trouver une façon de rétablir leurs finances.

Ce n’est pas fête au village dans nos comptes de banque. Le budget total a tourné autour de 300 000 $. Il va falloir faire des conférences pour rembourser tout ça !

Nicolas Roulx

Une première conférence aura lieu le 11 décembre prochain à Québec, mais les profits iront à la Fondation du camp de vacances Keno.

« On commence à recevoir des invitations pour faire d’autres conférences. Ça augure bien. »

Consultez le site de l’Expédition AKOR