À l’image de David Veilleux, d’Hugo Houle, de Guillaume Boivin ou d’Antoine Duchesne avant lui, le cycliste Raphaël Parisella, à peine âgé de 19 ans, se place les pieds dans une équipe de renom en Europe.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Raphaël Parisella voyageait en train en direction du Tour de l’Avenir quand il a reçu un appel de Jérôme Pineau. Le directeur sportif de B&B Hotels, équipe qui venait de disputer son deuxième Tour de France, s’intéressait à ses services.

Après quelques échanges avec les entraîneurs de la formation ProTeams (deuxième division), le jeune homme de 18 ans a obtenu une offre de contrat par courriel. Flatté, le natif de Boucherville a quand même décidé de prendre son temps. D’autres équipes le scrutaient, dont l’américaine Rally Pro Cycling, avec laquelle il s’apprêtait à faire un stage pour finir la saison.

Après s’être trouvé un agent, Parisella a donné son accord à Pineau en marge des Championnats du monde en Flandres, le mois dernier. Jeudi, B & B Hotels p/b KTM a officiellement annoncé l’arrivée du jeune Canadien avec un amusant pastiche de Capitaine America, dans l’esprit de la thématique des superhéros adoptée par les « Men in Glaz », une référence au nom de la couleur caractéristique de la mer en Bretagne.

IMAGE TIRÉE D’UN COMMUNIQUÉ

Le Canadien Raphaël Parisella, le nouveau superhéros de l’équipe B & B Hotels, comme présenté dans le communiqué annonçant son embauche

Dans le communiqué, Captain Parisella et son « physique de bûcheron » (1,85 m pour 77 kg) sont présentés en termes élogieux.

« Raphaël est un diamant à polir et malgré son jeune âge, il était très sollicité en cette fin de saison », a avancé Pineau, 13 participations au Tour de France à son actif comme coureur. « Il possède une mentalité de gagnant et beaucoup d’ambition. »

Ça en prend pour quitter famille et amis et s’installer en Vendée pour se faire les dents sur le circuit amateur français, au début de l’année.

« Pour être honnête, je suis surpris que ce soit une ProTeam et que ce soit une équipe de ce calibre-là », a admis Parisella de Boucherville, où il est rentré la semaine dernière.

L’objectif en allant en Europe, c’était de trouver un contrat avec une équipe continentale [troisième division] pour avoir au moins un petit salaire et rentrer dans mes dépenses. C’est cool, faire du vélo, mais les parents, ce n’est pas un compte de banque infini.

Raphaël Parisella

Issu du Club cycliste Boucherville et du club junior Vélo 2000, Parisella s’est distingué il y a deux ans en remportant le titre canadien junior sur route à l’âge de 16 ans seulement, à Saint-Georges. Limité à cinq jours de course à cause de la pandémie, il a rongé son frein l’an dernier.

Il s’est bien repris cette année avec Les Sables Vendée Cyclisme, une équipe amateur de deuxième division (DN2) avec laquelle il a brillé, signant 3 victoires et enregistrant 16 top 10.

« [B & B] a une équipe-école en DN1, c’est un peu comme ça que je me suis fait remarquer. À 18 ans, j’étais super jeune, et marcher comme je l’ai fait dans les rangs amateurs, ça n’arrive pas si souvent. J’ai rapidement eu de bons résultats, ce qui a ouvert la porte à plusieurs choses. J’ai ensuite été constant, ce qui a prouvé que ce n’était pas arrivé une fois par hasard. Ça a intéressé bien des équipes, surtout parce que je suis jeune. »

PHOTO VINCENT DROUIN, FOURNIE PAR CYCLISME CANADA

Le cycliste Raphaël Parisella au contre-la-montre, en 2019

La nouvelle vie

À part quelques sacs poubelles déchirés et un tuyau bouché, l’adaptation à sa nouvelle vie en appartement loin de chez lui s’est bien déroulée. Il était en colocation avec trois amis coureurs québécois, Félix Robert, Lukas Carreau et Adèle Normand.

« J’ai toujours été relativement indépendant. J’ai déjà eu à faire ça, avoir mon espace et gérer mes trucs. Ça ne me faisait donc pas peur. […] Il arrive toujours des aventures, mais on a appris, on a bien composé avec ça. On ne s’est jamais chicanés en huit ou neuf mois ensemble. C’est déjà une victoire. »

Avec sa charpente, Parisella n’est évidemment pas un grimpeur de grands cols. L’élève de Pascal Choquette, entraîneur-chef de l’équipe du Québec, se voit comme un futur adepte de classiques.

On ne sait pas encore quelle est sa spécialité, mais il est bon partout ! Il va vite au sprint, passe bien les bosses et a des prédispositions sur le contre-la-montre.

Jérôme Pineau, directeur sportif de B&B Hotels

Parisella a été l’un des deux seuls membres de la formation canadienne à terminer le Tour de l’Avenir (75e), épreuve par étapes réservée aux espoirs de moins de 23 ans la plus relevée au monde. Aux Mondiaux en Flandres, « une expérience de fou », il avait près de 70 jours de course au compteur. Il a pris le 32rang au contre-la-montre et le 76e à l’épreuve sur route à son premier essai chez les moins de 23 ans.

« J’étais en forme, mais je n’avais plus la fraîcheur sur des courses dures comme ça. Je n’avais pas autant envie d’aller me battre à l’avant qu’en début de saison. Je me retrouvais moins bien placé et j’en payais le prix. »

PHOTO BART HAZEN, FOURNIE PAR CYCLISME CANADA

Raphael Parisella aux Championnats du monde juniors de 2019, dans le Yorkshire

Sa saison s’est conclue abruptement le 8 octobre sur une chute à la fin de la deuxième étape du Circuit des Ardennes international, où il portait les couleurs de l’équipe du Québec.

Rally Cycling, où évoluent Nickolas Zukowsy et Pier-André Côté, lui a fait une « bonne offre », mais Parisella a été charmé par ce que lui proposait B & B. Sa visite au service course de la formation bretonne, où il a découvert « une ambiance et un climat familiaux », l’a convaincu qu’il avait fait le bon choix.

« Après, c’est une question de culture, de mentalité et de calendrier qui me convenait moins bien. Il faut vraiment que je regarde les courses qu’ils offrent, la structure complète, pour savoir quelle équipe peut m’aider et me donnera les outils pour me développer. »

À une époque où les jeunes ont la cote dans le peloton, celui qui a eu 19 ans samedi s’autorise déjà à rêver au Tour de France et à Paris-Roubaix.

« Si j’ai vraiment une bonne saison, c’est réaliste. Je vais me laisser le temps d’arriver. On est encore en novembre, je suis en pleine coupure, ce ne sont pas des objectifs précis. Tu vois ton équipe qui le fait [le Tour], tu sais que c’est réaliste. Mais il faut que les circonstances s’y prêtent et il y a plein de variables en jeu. »

Avec un contrat normal de néo-pro de deux ans en poche, Parisella veut y aller « une chose à la fois, une course à la fois ».

En droite ligne avec ce que pense son nouveau patron, Jérôme Pineau : « Nous prendrons le temps qu’il faut pour voir ce dont Raphaël a besoin et quel type de coureur il peut devenir. Son recrutement est un pari à long terme et, vu ses qualités, nous ne pouvions passer à côté d’un tel talent. »