Marika Labrecque a initié des élèves de Saint-Bruno au CrossFit

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Stagiaire en éducation préscolaire et primaire au cours de la dernière année, la joueuse de hockey des Martlets de l’Université McGill Marika Labrecque n’arrivait pas à se faire à l’idée que la pandémie empêcherait ses élèves de faire du sport. L’athlète de 23 ans a donc remédié à la situation de belle façon.

La pandémie s’est avérée « un mal pour un bien » pour Marika Labrecque. Comme elle ne pouvait jouer au hockey, toute son énergie a été consacrée à ses deux stages en éducation préscolaire et primaire. La jeune femme a laissé aller sa créativité afin de permettre aux jeunes de Saint-Bruno-de-Montarville de faire de l’activité physique malgré l’annulation des sports interscolaires.

« Je me disais : ça n’a pas d’allure qu’il n’y ait rien cette année avec la pandémie », relate-t-elle en entrevue avec La Presse.

La native de Lac-Etchemin a donc développé deux grands projets. D’abord lors de son premier stage de l’année scolaire, le troisième de son baccalauréat, qui avait lieu à l’école internationale Courtland Park, à Saint-Bruno-de-Montarville. La jeune femme a rapidement développé une relation amicale avec son maître de stage, avec qui elle faisait parfois du CrossFit après les cours.

« C’est elle qui m’a lancé l’idée : pourquoi on ne ferait pas faire des entraînements aux élèves aussi ? On savait qu’il y avait beaucoup de bénéfices à ça. On a commencé le matin, quand ils rentraient à l’école. On a commencé par des entraînements de cinq minutes de style CrossFit qui ne nécessitaient presque pas de matériel », raconte-t-elle.

Les élèves de son groupe de cinquième année ont vite embarqué dans le projet. Puis, rapidement, les enseignantes ont constaté une amélioration de la concentration des élèves.

On voyait vraiment une différence après [l’entraînement]. C’était peut-être parce qu’ils étaient vraiment fatigués aussi ! Mais leur concentration était vraiment meilleure. C’était fou.

Marika Labrecque

Tellement que les enseignantes ont décidé de pousser l’idée et ont proposé aux jeunes de 10 et 11 ans de créer, en équipe, leur propre entraînement de CrossFit de cinq minutes.

« C’est eux qui ont inventé leurs mouvements, choisi le temps et le format de leur entraînement. Ils se sont exercés, puis on les a filmés et on a envoyé ça à toute la commission scolaire pour qu’elle puisse aussi bénéficier de nos entraînements. »

De Saint-Bruno à Pékin

Quelques semaines plus tard, Marika Labrecque arrivait à l’école primaire Mount Bruno, située à cinq minutes de celle de Courtland Park, pour son ultime stage avant l’obtention de son diplôme. La jeune femme a rapidement développé un autre projet, cette fois-ci avec l’aide de ses collègues stagiaires Kellyane Lecours et Léa Blais-Larocque.

« Normalement, les deux écoles [Courtland Park et Mount Bruno] sont vraiment en compétition dans les sports interscolaires. Là, on s’est dit : on va les réunir pour qu’ils [les élèves] puissent travailler ensemble vers un but commun. »

Ledit but : accumuler des « kilomètres » afin de parcourir l’équivalent de 10 640 km, soit la distance entre Saint-Bruno-de-Montarville et Pékin, là où auront lieu les prochains Jeux olympiques d’hiver. Pour chaque tranche de 10 minutes d’entraînement, l’élève accumulait un kilomètre.

« Je pense que c’est le fait qu’il y avait un but à la fin qui a fait en sorte que les élèves ont vraiment embarqué. Ils voulaient se rendre quelque part », fait valoir Marika Labrecque.

Ski, trottinette, marche, hockey… Les jeunes pratiquaient les sports qui leur convenaient, au moment qui leur convenait.

Ce qui a donné lieu à de belles histoires, comme celle de cette petite fille qui détestait l’éducation physique.

« Elle prenait tout le temps l’autobus pour venir à l’école. Mais quand on a commencé le projet, elle a dit : “Moi, je ne prends plus l’autobus. Je vais venir à l’école à la marche et retourner à la maison à la marche.” Même quand il pleuvait, elle venait à l’école à la marche. Elle avait trouvé son sport. C’était vraiment mignon ! »

Les trois futures enseignantes ont même créé un site internet afin de permettre aux parents de suivre le nombre de kilomètres parcourus. Plusieurs d’entre eux envoyaient même aux enseignantes des photos de leurs enfants en train de réaliser leur activité physique.

« On avait des commentaires des parents qui nous disaient que leur enfant avait vraiment aimé ça. C’était juste du bonbon pour nous de les recevoir. On a vraiment aimé ça, voir les jeunes bouger. Ils nous disaient : “Madame Marika, madame Kellyane, j’ai fait tant de kilomètres aujourd’hui !” C’est vraiment gratifiant pour nous. »

Le nombre total de kilomètres parcourus par les élèves, 33 000, fait foi de leur intérêt envers le projet.

« On est même revenus de Pékin ! On n’était pas supposés ! Puis on est retournés à Pékin ! », lance la hockeyeuse en riant.

Marika Labrecque a reçu des bourses de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec pour ses performances sur la patinoire par le passé, mais le 28 juin, c’est pour son engagement dans la communauté qu’elle a été récompensée. Elle a reçu une bourse de 2000 $.

L’année prochaine, la jeune femme entamera un diplôme en management. Si la pandémie le permet, elle sera de retour sur la patinoire avec les Martlets. Et en bonne enseignante en devenir, elle a déjà en tête d’autres projets pour ses futurs élèves.