Un club qui rapetisse les filets. Un entraîneur qui encourage son joueur à déféquer. Un autre entraîneur suspendu pour avoir acheté du dentifrice. 2020 fut assurément une année particulière. Retour sur les histoires les plus improbables des 12 derniers mois.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Le partisan de l’année : Willow McNeil

Pandémie oblige, plusieurs équipes ont rempli leurs stades avec des bébelles en tous genres. Des robots. Des peluches géantes. Des spectateurs en carton. Les Mets de New York ont même créé des cartons à l’image des animaux de compagnie de leurs joueurs. Cuuuuuuuuute. Jusqu’à ce que le carton de Willow McNeil – le malamute du voltigeur Jeff McNeil – soit massacré par un circuit d’un adversaire. C’est chien pareil.

Le dépisteur de l’année : Nike Belichick

Pour son repêchage cette année, la NFL s’est inspirée de mon pool de hockey : tout le monde sur Zoom, en direct de son sous-sol ou de sa salle à manger. Sympathique. Et instructif. Ainsi, immédiatement après la première sélection des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, la NFL nous a montré le QG de l’équipe. Où il n’y avait que deux ordinateurs, derrière lesquels se trouvait le véritable cerveau de l’équipe. Nike. Le chien de l’entraîneur-chef Bill Belichick. Paraît qu’il a du flair – et aucun biais envers les joueurs locaux.

CAPTURE D’ÉCRAN DU REPÊCHAGE DE LA NFL

Nike Belichick, aux commandes du QG des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, pendant le repêchage de la NFL.

L’engueulade de l’année : Jordan Baker et Derek Shelton

Ah, les engueulades entre les arbitres et les gérants de baseball. Toujours une belle démonstration d’esprit sportif. Bachi-bouzouk ! Ectoplasme à roulettes ! Coloquinte à la graisse de hérisson ! Mais cette année, vraiment, on a atteint des sommets de courtoisie. Le 26 juillet, Jordan Baker a expulsé un joueur qui ne respectait pas les normes sanitaires. Le gérant des Pirates de Pittsburgh, Derek Shelton, était mécontent. Il a enfilé un couvre-visage. Baker a fait de même. Les deux hommes se sont rencontrés à mi-chemin entre l’abri et le marbre. Puis ils se sont échangé des quolibets – à deux mètres de distance. Élégant. (Pas sûr que Buck Rodgers aurait été aussi patient, par contre.)

Le détective de l’année : José Mourinho

En septembre, le club anglais de soccer de Tottenham s’est déplacé en Macédoine pour y affronter un club local, Shkendija, dans la Ligue Europa. Pour les non-initiés, c’est un peu comme si le Lightning de Tampa Bay affrontait une équipe de hockey hongroise. Afin de réduire les risques de se faire écraser, le Shkendija a déployé une toute nouvelle stratégie : des buts moins hauts. De cinq centimètres. Ce qui n’a pas échappé à l’œil de lynx de l’entraîneur-chef de Tottenham, José Mourinho. Joli coup de filet !

PHOTO TIRÉE DE TWITTER

José Mourinho devant les filets réduits du club Shkendija

Le caca nerveux de l’année : José Mourinho (bis)

Parlant de José Mourinho, son équipe s’est retrouvée en fâcheuse position, fin septembre, lors d’un match contre leurs rivaux de Chelsea. Tottenham perdait 1-0, à la 75e minute, lorsque le défenseur Eric Dier a été pris d’une envie soudaine de vidanger son ventre. Dier a quitté le terrain pour se rendre aux toilettes, laissant ses coéquipiers en infériorité numérique. Mourinho, furieux, l’a suivi jusqu’au petit coin. « Je suis allé là-bas pour essayer de faire en sorte qu’il le fasse le plus rapidement possible, pour lui faire pression », a expliqué Mourinho. Un « pressing » efficace. Dier est revenu au jeu deux minutes plus tard et a été nommé joueur du match.

La blessure de l’année : Zack Wheeler

Le lanceur des Phillies de Philadelphie Zack Wheeler s’est cassé un ongle en enfilant son pantalon. « Ça ne s’invente pas », s’est désolé son entraîneur, qui a dû repousser son départ d’une semaine. Mention spéciale au pilote espagnol Marc Márquez, qui s’est fracturé un bras lors d’un Grand Prix motocycliste. Pour favoriser la guérison, les médecins lui ont posé une plaque. Qu’il a cassée, deux semaines plus tard, en forçant trop pour ouvrir une porte-fenêtre.

PHOTO MATT SLOCUM, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le lanceur Zack Wheeler, des Phillies de Philadelphie

La tricherie de l’année : les sosies d’haltérophiles

En février, on croyait déjà avoir trouvé les gagnants dans cette catégorie : les Astros et les signaux volés qu’ils relayaient à leurs frappeurs en cognant sur des poubelles. Tut, tut, tut. C’était sous-estimer 2020. Cet automne, l’Agence mondiale antidopage a pincé 18 haltérophiles qui évitaient les contrôles antidopage en y déléguant… leurs sosies !

La suspension de l’année : finalistes

Le séjour de Phil Foden et Mason Greenwood avec l’équipe de soccer d’Angleterre fut bref. Très bref. Un tout petit match. Ils ont été évincés de la formation pour avoir brisé la bulle lors d’un déplacement en Islande. Les deux recrues ont organisé en cachette une soirée olé olé avec des mannequins islandaises. Celles-ci, dans un geste de grande magnanimité, ont généreusement diffusé les photos de leur soirée avec leurs milliers d’abonnés sur Snapchat. C’est ce qu’on appelle avoir une bulle au cerveau.

PHOTO CARL RECINE, ARCHIVES REUTERS

Phil Foden et Mason Greenwood, à l’entraînement, avec l’équipe de soccer d’Angleterre

La suspension de l’année : gagnant

Finalement, mon histoire préférée. Qui résume à elle seule cette année insolite. En mai dernier, l’entraîneur-chef du club de soccer d’Augsbourg, Heiko Herrlich, a été suspendu un match par la ligue allemande. Avait-il mordu la cuisse d’un joueur ? Mangé du pangolin vivant ? Dit le mot-qui-commence-par-N ? Nenni. Il est sorti de l’hôtel-bulle pour aller acheter du dentifrice ! Herrlich, qui n’était pas porteur du virus, a dû s’excuser et fournir des explications qu’on n’aurait jamais entendues une autre année qu’en 2020 : « Je n’avais plus de dentifrice. Alors je suis allé en chercher au marché. »

PHOTO JOHN MACDOUGALL, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Heiko Herrlich, entraîneur-chef du club d’Augsbourg, en Allemagne