Les volleyeuses de plage Sarah Pavan et Melissa Humana-Paredes attendent patiemment leur chance de briller aux Jeux olympiques de Tokyo.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Le photographe avait réglé son éclairage en fonction de Melissa Humana-Parades, 5 pi 9 po. Quand Sarah Pavan s’est installée à son tour pour se faire tirer le portrait, elle a bien failli recevoir le projecteur sur la tête.

À 6 pi 5 po, elle sort de la norme. Sauf sur un court de volleyball de plage, où elle a la taille idéale pour bloquer ou smasher.

L’été prochain, si la COVID-19 ne fait pas tout dérailler, les deux Canadiennes aborderont le tournoi des Jeux olympiques de Tokyo en tant que championnes mondiales en titre.

« On ne voudrait être dans aucune autre position », assure Pavan, dans une entrevue qui s’est déroulée l’an dernier à Toronto, où son intégrité physique a finalement été préservée.

« On adore la situation dans laquelle on s’est placées. Mais on sait aussi que les Jeux olympiques sont un tout autre tournoi et qu’on doit se concentrer sur un match à la fois. »

Fille de volleyeurs — sa mère a été membre de l’équipe nationale au début des années 1980, son père, son premier coach —, Pavan est une ancienne joueuse étoile en salle.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Sarah Pavan

La native de Kitchener a connu une carrière glorieuse à l’Université du Nebraska à Lincoln, qu’elle a menée à un championnat de la NCAA en 2006. La diplômée en biochimie a été élue meilleure athlète féminine du réseau universitaire américain, tous sports confondus, en vertu de ses exploits sur le court et en classe.

Après la tentative ratée de l’équipe canadienne de se qualifier pour les Jeux de Londres en 2012, elle est passée au volleyball de plage à 26 ans. La gauchère a rapidement connu du succès avec sa première partenaire, Heather Bansley, qui évoluait déjà sur le circuit mondial.

Séparation

Aux Jeux de Rio, le duo ontarien a provoqué une effervescence en remportant tous ses matchs avant de s’incliner en quart de finale devant les Allemandes Laura Ludwig et Kira Walkenhorst, futures médaillées d’or. Cinquièmes, Pavan et Bansley ont égalé la meilleure performance féminine pour le Canada. Les Québécoises Guylaine Dumont et Annie Martin avaient obtenu le même résultat à Athènes, en 2004.

Quelques semaines plus tard, Pavan et Bansley ont annoncé, à la surprise générale, qu’elles se séparaient, un divorce qui était consommé depuis déjà quelques mois. « On n’a jamais gagné un tournoi, avait expliqué Pavan à CBC. Pour Heather et moi, gagner est le but. J’ai l’impression qu’un changement est la meilleure façon pour nous d’atteindre cet objectif. »

Pavan s’est tournée vers Humana-Parades, qu’elle avait mieux connue à Rio, où elle agissait comme partenaire d’entraînement pour les Canadiennes. La discussion n’a pas été longue.

« Pour moi, il n’y a eu aucune hésitation », a raconté Humana-Paredes à Toronto, sa ville natale. « Elle est la meilleure joueuse avec qui je pouvais jouer. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Melissa Humana-Paredes

Enfant de la balle, elle est la plus jeune fille de Hernan Humana, un Chilien d’origine qui a été le coach des Canadiens John Child et Mark Heese, médaillés de bronze aux Jeux d’Atlanta, en 1996. Contrairement à la plupart de ses compatriotes, Melissa Humana-Paredes a toujours été une joueuse de plage avant tout.

« C’est une beach bum, elle a grandi sur la plage », abonde Vincent Larivée, qui était l’entraîneur de Martin et Dumont à Athènes.

C’est une fille très agréable à côtoyer. Elle amène une belle énergie à l’équipe. De ce que je constate, Sarah est assez introvertie, plus cartésienne. Avec l’esprit libre de Melissa, on dirait que ça fait un beau mélange.

Vincent Larivée

À la retraite de Guylaine Dumont, Larivée a tenté pendant plusieurs années de recruter Pavan comme partenaire pour Annie Martin. Son physique et ses qualités de bloqueuse en faisaient une athlète tout indiquée pour le volleyball de plage.

« Elle fait réfléchir l’attaquante adverse. C’est tannant de jouer contre un bloqueur haut comme ça. Elles doivent frapper des coups plus hauts. C’est beaucoup plus facile pour défendre en arrière. »

Le nouveau duo a connu du succès dès sa première saison en 2017, terminant quatre fois sur le podium, dont une première place au tournoi cinq étoiles de Porec, en Croatie. Médaillé d’or aux Jeux du Commonwealth en 2018, il a ajouté deux victoires sur le circuit World Tour.

Humana-Paredes et Pavan, qui s’entraînent et vivent à Hermosa Beach, près de Los Angeles, ont obtenu la consécration l’an dernier en gagnant l’or aux Championnats du monde de Hambourg. En finale, elles ont vaincu les Américaines Alexandra Klineman et April Ross pour procurer au Canada une toute première médaille à ce niveau de compétition.

Et la suite ?

Les Américaines ont pris leur revanche l’été dernier en défaisant les Canadiennes à deux reprises dans le cadre de Champions Cup Series de l’AVP, le prestigieux circuit américain. Humana-Paredes et Pavan ont pris le deuxième rang de cette série de trois tournois, les premiers à se tenir depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus.

Les deux complices, qui trônent au sommet du classement de la fédération internationale, figé depuis le 16 mars, auront quelques mois pour réfléchir à la suite.

« Melissa est gentille, authentique, la joie qu’elle dégage sur le terrain est la même qui l’habite dans la vie, dit Pavan au sujet de sa partenaire de 28 ans. Elle est drôle, elle me fait rire. Elle est une travaillante acharnée. Et j’ai une confiance immense en elle. »

Assise à côté, Humana-Paredes renvoie les compliments à son équipière de 34 ans : « Sarah est une athlète très passionnée, disciplinée et motivée. Elle est une grande mentore. Sur le terrain, elle est intense. Et c’est une grande meneuse. »

Est-ce que ce sera suffisant pour écrire l’histoire à Tokyo ?