Annie Guglia a déjà vu les vêtements que porteront les athlètes olympiques et paralympiques canadiens aux Jeux de Tokyo, l’an prochain. Pour la première fois, le skateboard y sera présenté avec des épreuves masculines et féminines de park et de street. C’est dans cette catégorie, avec des modules reproduisant un mobilier urbain, que la Montréalaise a de très fortes chances de représenter le Canada.

Pascal Milano
Pascal Milano La Presse

« Le fait de recevoir une veste avec le logo d’Équipe Canada, c’est quelque chose qui vient me chercher. C’est quasiment irréel de faire partie de ça. C’est tout nouveau pour moi et tout le monde olympique me fascine », lance-t-elle.

Le rêve olympique ne remonte pas à très loin pour la planchiste de 29 ans. L’entrée du skateboard dans la famille olympique n’a été officialisée qu’en août 2016. Dans la foulée, les premiers Championnats canadiens, puis les premiers Championnats du monde – sanctionnés par la Fédération internationale – ont été organisés.

« J’étais arrivée 15e des premiers Mondiaux et ça m’avait ouvert les yeux sur la possibilité de participer aux Jeux. J’ai vu que c’était une opportunité que je devais saisir pendant qu’il était temps. »

Depuis février 2018, mon objectif est 100 % sur les Jeux. Plutôt 98 %, en fait, parce qu’avec le coronavirus, j’ai un peu relâché les entraînements spécifiques en vue des Jeux. Je fais du skateboard tous les jours, mais plus pour le plaisir.

Annie Guglia

Parlons-en, du coronavirus. Chaque athlète aura vécu la période différemment. Pour Annie Guglia, la pandémie a stoppé le bon élan qu’elle s’était procuré après sa blessure à une cheville, en 2019. Au début du mois de mars, elle venait de remporter les Championnats nationaux pour la troisième fois et s’apprêtait à poursuivre le processus de qualification avec confiance.

En l’espace de quelques jours, il y a eu le confinement, la décision canadienne de se retirer des Jeux, puis finalement le report à 2021.

« C’est le confinement qui m’a le plus affectée. Ça me stressait beaucoup de devoir rester à la maison. J’avais peur de rater quelque chose en me disant : “Si moi, je ne m’entraîne pas et que les autres s’entraînent ?” J’étais stressée toute seule dans mon salon. Après le retrait du Canada, ça m’a enlevé un poids sur les épaules. Je trouvais que ça avait du sens parce que, pour nous, il n’y avait aucune chance d’effectuer nos compétitions de qualification. Finalement, le report à 2021 nous donne une année de plus pour nous entraîner. »

VOYEZ Annie Guglia s’entraîner à la maison durant le confinement : https://www.youtube.com/watch?v=2DbL9jkb6j4

Dans son salon, elle s’est d’abord lancé quelques défis amusants. Elle a, par exemple, construit des parcours inspirés du jeu Le sol est en lave qu’elle devait franchir sans toucher par terre. Elle a aussi mis sa planche sur son tapis roulant qui fonctionnait à basse vitesse. « Je me trouvais drôle, mais ce n’était évidemment pas une vraie façon de s’entraîner. »

Une mini-rampe de trois pieds de haut est aussi installée dans sa cour arrière. « C’est le fun en buvant son café le matin, mais ce n’est pas avec ça qu’on va aux Jeux olympiques », rigole-t-elle.

Lors de ses premières sorties, elle a plutôt trouvé un stationnement abandonné à Montréal dans lequel elle a construit quelques modules de base comme des rails et des rampes. « C’était pour ne pas trop perdre mon momentum, même si c’était loin d’être optimal. Ce n’était rien d’extravagant, mais c’était assez pour que je m’amuse quelques heures par jour et que j’aie l’impression de rester dans le bain. »

Pour le plaisir

En plus d’un athlète du pays hôte, 19 autres athlètes, qualifiés par l’intermédiaire des Championnats du monde ou du classement mondial, participeront à chacune des épreuves de skateboard aux Jeux olympiques. Cinquante-sixième à l’issue de l’année 2019, en raison de sa blessure, Annie Guglia était remontée au classement au printemps. « Avec les quotas par pays, je suis 17e. Si les Jeux avaient lieu aujourd’hui, j’y participerais », dit-elle.

Les autres planchistes et elle auront bientôt des nouvelles quant à la forme du processus de qualification. Si la World Skate garde le cap, cinq ou six épreuves devraient avoir lieu entre les mois de février et mai 2021. C’est deux fois moins que le programme de 2020 annulé pour cause de pandémie.

En attendant les choses sérieuses, elle continue à grimper sur sa planche tous les jours pour le plaisir.

« La raison pour laquelle je fais du skate, c’est parce que c’est ma passion. Même si on est à un an des Jeux, c’est important de me rappeler pourquoi j’en fais. C’est facile de tomber dans un pattern où ça devient ton travail. »

Elle est passée de la parole aux actes en participant au Défi Hors Piste en ligne dans les dernières semaines. Avec l’annulation de la compétition de Trois-Rivières, les organisateurs ont lancé une liste de défis à réaliser et à intégrer dans une courte vidéo.

L’un des défis était de réaliser un truc par-dessus l’eau. Une fontaine du Vieux-Montréal a fait l’affaire. « Pendant que je le faisais, il y a au moins 200 personnes qui se sont arrêtées pour me prendre en photo ou me filmer. C’est bon pour le skate d’avoir un côté plus grand public. »

À ce chapitre, les Jeux olympiques seront une formidable vitrine. Les vêtements, en tout cas, sont déjà prêts.

Consultez le compte d’Annie Guglia : https://www.instagram.com/nnieguglia/?hl=fr-ca