Au sud-ouest de l’île de Montréal, où la ville et le fleuve communient, règne une véritable oasis où le chaos de la ville s’estompe pour faire place au calme de la nature.

daphnée malboeuf
COLLABORATION SPÉCIALE

D’un côté, les arbres centenaires qui s’étendent sur des kilomètres de verdure. De l’autre, un long sentier où cohabitent cyclistes, joggeurs, piétons et une importante population d’oiseaux migrateurs.

Au parc des Rapides de LaSalle, le temps semble suspendu.

Au loin, un groupe de personnes attire les regards. Armées de leurs planches colorées, cheveux en bataille, elles traversent la piste cyclable et disparaissent vers les berges.

Sur le bord du rivage, où ces gens se dirigent, le bruit déferlant des rapides se mêle aux discussions et à la musique que crache un haut-parleur.

En étirant un peu le regard vers le fleuve, on peut apercevoir une vague émerger pas trop loin du rivage. Contrairement à celles des océans, par contre, celle-ci se renouvelle constamment. D’une hauteur d’environ quatre pieds, elle permet aux plus aventureux d’aller s’y exercer.

Les curieux s’agglutinent pour admirer le spectacle.

Juchés sur une petite structure en bois le long du Saint-Laurent, les habitués s’élancent sur leur planche, les uns après les autres, en direction de la vague, communément appelée vague à Guy.

Pas le temps de niaiser

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Les surfeurs connaissent bien les meilleurs endroits pour s'élancer.

Le processus est rapide. Les surfeurs se positionnent d’abord perpendiculairement au rivage et pagaient en direction de la vague qui se trouve sur leur gauche. Arrivés à quelques pieds de leur destination, ils font pivoter leur planche de façon à faire dos à la vague. Deux, trois mouvements de bras supplémentaires sont nécessaires pour leur permettre de ne pas passer tout droit. Et hop ! Les meilleurs d’entre eux réussissent à trouver l’équilibre parfait pour grimper sur leur planche et se trémousser.

Une fois leur tour terminé, les surfeurs partent à la dérive dans les bouillons et pagaient pour revenir au bord pour le tour suivant.

« Parfois, c’est hypnotisant. J’aime le fait que quand tu surfes, tu réagis avec ce qui se passe en dessous de toi. Tu ne penses pas à grand-chose », explique François Haché. Adepte de plein air et de sports nautiques, il a d’abord fait connaissance avec le surf de rivière après avoir effectué un stage en 2016 avec l’entreprise KSF (Kayak sans frontières).

« C’est un peu comme de la méditation, renchérit Chloé Mocombe, surfeuse de rivière aguerrie. Je ne pense à rien d’autre et je profite du moment présent. Dès que tu entres dans l’eau, tu connectes avec ton corps. Tu ressens vraiment toute l’énergie et les vibrations de la nature. »

À LaSalle, les rayons de soleil qui se reflètent sur le Saint-Laurent et le plan d’eau qui s’étend sur des kilomètres offrent un panorama unique.

Ici, tu as l’impression d’être dans l’océan, parce que tu ne vois presque pas l’autre rive. C’est ça qui est impressionnant.

François Haché

Beau temps, mauvais temps, les adeptes de surf de la métropole s’éloignent des traditionnels brisants de plage (beach breaks) et bravent les eaux mouvementées du Saint-Laurent pour satisfaire leur besoin d’aventure.

Au large du parc de la Cité-du-Havre, au sud du Vieux-Port, la vague d’Habitat 67 permet aussi de pratiquer le surf de rivière à quelques pas du centre-ville.

Contrairement aux vagues de la mer, qui se déplacent et fluctuent au gré des marées et des conditions météorologiques, celles du fleuve sont présentes en permanence, puisqu’elles sont créées naturellement par le courant et les irrégularités du fond de l’eau.

De concert avec la nature

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Pascale Marcotte

Pour devenir maîtres de leur sport, les surfeurs doivent donc travailler de concert avec la nature pour réussir à dompter les vagues.

« C’est ce que je trouve beau. Le surf, c’est un sport, oui, mais c’est aussi tout ce qui va avec, confie Jérémie Gauthier-Lacasse, un vétéran de la communauté de surfeurs montréalais. On est tellement proches de la nature parce qu’on dépend d’elle. Il suffit qu’une roche bouge au fond de l’eau et on ne pourrait plus avoir de plaisir du tout, ce serait terminé. »

En plus du bien-être que leur procure cette activité physique, les surfeurs avouent que le lien puissant qu’ils tissent avec la nature leur permet de se rapprocher d’elle de manière très intime, à la limite du mysticisme.

En mettant sur pied KSF en 1995, l’objectif d’Hugo Lavictoire était surtout de permettre aux gens de se réapproprier le fleuve et d’en profiter, quelle que soit l’embarcation.

« Vingt-cinq ans plus tard, on peut dire mission accomplie, même s’il y a toujours du travail à faire, affirme-t-il. Depuis la pandémie, les gens veulent avoir de plus en plus accès à la nature et je trouve ça fantastique. »

Même si les défis s’avèrent grandissants pour la communauté, notamment en raison de la popularité des deux sites, la mission principale demeure noble : reconnecter avec la nature.

« Je souhaite que cette communauté-là continue de grandir, d’évoluer et qu’elle travaille à s’améliorer », concède François Haché.

Je souhaite que les gens soient moins stressés et qu’ils puissent venir décrocher ici. La pandémie a fait en sorte que la société a clairement fait un pas en cette direction.

François Haché

Une fois leur séance terminée, les surfeurs se rassemblent sur la partie gazonnée du parc des Rapides. La plupart d’entre eux se réunissent en petit groupe et discutent tout en se restaurant.

Considéré comme l’un des doyens de la vague à Guy, Jérémie salue tous les passants qu’il connaît et n’hésite pas à répondre aux questions des moins expérimentés.

« Je crois qu’il y a toujours quelque chose de plaisant dans le fait de surfer, mais c’est aussi tout ce qui vient avec, souligne-t-il. Il y a juste plein de gens de bonne humeur qui partagent une activité et qui sont à toutes sortes de niveaux différents, mais qui, au bout du compte, sont juste là pour s’encourager et avoir du plaisir. »