Comme les athlètes qu’il soutient, le personnel de l’Institut national du sport du Québec a dû se dépasser pour atteindre l’excellence lors d’un évènement d’envergure : la crise de la COVID-19. Retour sur trois mois de travail de calibre olympique.

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« On travaillait avec le même sentiment d’urgence que les athlètes amènent chaque jour quand ils se préparent pour les Jeux olympiques. Pour nous, c’était la même approche, il fallait leur en donner autant qu’ils en donnent », raconte Roger Archambault, vice-président Services de performances à l’INS Québec. « Je pense que cette période des premières quatre à six semaines a été l’une des plus intenses durant mes 30 années dans le sport. »

Parmi les athlètes s’entraînant à l’INS Québec, certains déploient des efforts pour atteindre les JO depuis plus de dix ans. À travers cette situation exceptionnelle, il était nécessaire d’innover pour assurer leur encadrement.

Que ce soit pour les plans d’entraînement à distance, les téléconsultations médicales, les suivis de physiothérapie, les rencontres à distance avec un préparateur mental ou un psychologue, ou encore la planification de la réouverture, la créativité a permis de trouver des solutions.

« Le côté positif de la COVID, c’est vraiment l’innovation. Tous les intervenants ont été très inventifs, proposaient des solutions », affirme Dre Suzanne Leclerc, directrice médicale de l’institut, en ajoutant que tous les secteurs y ont collaboré.

« Il fallait être prêt à prendre des risques, ajoute Gaëtan Robitaille, président-directeur général de l’Institut. Par exemple, on a demandé à des scientifiques et à des membres du personnel médical de faire des conférences à distance ou de tourner des capsules vidéo. Certains m’ont dit "Là je sors de ma zone de confiance, mais j’ai beaucoup aimé l’expérience". »

Savoir comment, avant de savoir quand

L’Institut a suivi les ordres du gouvernement du Québec et a fermé ses portes le 13 mars. Une annonce sur l’interdiction de rassemblements deux jours plus tard est venue annuler la possibilité de donner accès aux installations à un certain nombre d’athlètes.

Ces mesures sont arrivées subitement et la semaine suivante a jeté les bases pour la suite. Pour plusieurs, l’Institut était une deuxième maison et les services à distance mis en place devaient prendre en considération leurs besoins.

« Comment ramener les athlètes à l’entraînement et comment les aider pendant le confinement était ce qui nous unissait. Tout le monde travaillait dans cette direction. Ç’a été une expérience extraordinaire », assure Gaëtan Robitaille, qui souligne aussi l’étroite collaboration entre les membres du réseau des instituts au Canada.

Dre Leclerc demeurait à l’affût de tout développement et suivait la situation depuis le début de l’hiver, car des athlètes québécois devaient se rendre en Asie pour des compétitions. Par ailleurs, un comité de gestion de la COVID-19 avait été mis en place à l’Institut plus d’une semaine avant sa fermeture.

« Le premier mois était beaucoup plus en mode action-réaction. C’était de voir ce qui se passait, quelles étaient les recommandations. Par la suite, quand nous avons eu une idée plus globale de l’ampleur du problème, nos plans de retour et de réouverture se sont ajustés. Ç’a été un travail de longue haleine », explique-t-elle.

Et pour préparer la réouverture, il était nécessaire de tenir compte de la réalité propre à la dizaine de sports que l’INS Québec abrite. Au mois d’avril, l’équipe de l’Institut a réuni leurs représentants pour préparer le retour au complexe.

« Des gens nous demandaient quand est-ce qu’on allait le faire. Et on leur disait que ce n’était pas important le quand. Le quand arrivera quand il arrivera, mais il faut travailler sur le comment », explique Gaëtan Robitaille en donnant en exemple les mesures d’hygiène, l’accueil des athlètes ou encore l’accès au complexe.

Rapidement, leur collaboration a permis de proposer un plan de relance du complexe à la Direction de la santé publique et au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Celui-ci a été favorablement accueilli.

S’unir pour les athlètes

« Ce qui est ressorti, c’est le dévouement que les gens ont envers la performance de nos athlètes. Nous sommes censés être des catalyseurs de rêves et nous voulions tout faire pour assurer que cette pandémie ne mette pas fin à des rêves olympiques. Les gens ont pris ça très au sérieux », assure Roger Archambault.

Ce dernier juge qu’il est encore trop tôt pour évaluer la qualité de tout le travail fait au cours des derniers mois. Il estime que certains éléments pourraient être améliorés, mais la planification du retour à l’entraînement est un « coup de circuit ».

« On a dû innover, personne n’était préparé à la gestion d’une pandémie, rappelle Dre Leclerc. Les athlètes aussi ont contribué. Il y a eu une grande résilience, tout le monde était compréhensif. Ils s’adaptaient à ce qu’on était capables de faire dans les circonstances. »

En quelques mois, l’INS Québec a en quelque sorte écrit au fur et à mesure son livre de règlements sur l’adaptation à une pandémie. Mais Gaëtan Robitaille juge qu’on pourra le consulter à nouveau si une deuxième vague devait arriver.

Si l’Institut n’a pas encore rallié l’arrivée dans cette lutte contre la COVID-19, la première phase du retour à la normale est bien amorcée. Seuls les sports de combat sont toujours interdits par la santé publique. D’autre part, les plateaux d’entraînement sont rouverts, mais avec une configuration permettant de respecter la distanciation physique. Les gens circulent avec un masque et le suivi des athlètes est assuré avec un questionnaire quotidien de dépistage.

Ainsi, les étapes du déconfinement se poursuivront, mais le personnel demeure proactif et se tient prêt si d’autres obstacles devaient apparaître sur son parcours.