Depuis lundi, les Québécois peuvent s’entraîner au soccer et au baseball. En plus du tennis, du golf, du vélo, de l’aviron et d’une douzaine d’autres sports. Pas mal pour une des régions les plus touchées au monde par le virus.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Mais pour plusieurs, ça reste insuffisant.

Il faut tout rouvrir.

Tout de suite.

Maintenant.

Là, là.

Les piscines intérieures. Les palestres. Les gymnases. Les arénas. Surtout les arénas. D’ailleurs, je m’inquiète pour nos chances de médailles aux Jeux olympiques de 2034. De jeunes hockeyeurs et patineurs artistiques ont accumulé un retard irrattrapable, à en croire leurs parents.

Je sympathise avec les athlètes d’élite et les entraîneurs qui ont perdu leur gagne-pain. Les autres ? Moins. Le virus a causé la mort de 5000 personnes au Québec. Ça, c’est avec les mesures de confinement, incluant celles toujours en vigueur.

Imaginez sans.

Aussi, contrairement à l’idée reçue, le Québec ne traîne pas de la patte pour le déconfinement du sport. Au contraire. Il ouvre la parade.

C’est vrai, nos patinoires sont fermées. Mais celles des autres provinces aussi. À une exception près. En Colombie-Britannique, une poignée d’arénas privés offrent des entraînements individuels. Sans contact ni adversaire. Des dizaines de joueurs de la LNH s’y entraînent, ce qui laisse d’ailleurs peu de temps de glace aux amateurs.

Et le baseball ? Il fait beau dehors ! Pourquoi ne pas commencer la saison dès ce soir ?

Parce que les associations ne sont pas prêtes. Elles doivent recruter. Procéder aux inscriptions. Évaluer les joueurs. Faire les équipes. Remettre les uniformes. Réserver les terrains. Planifier plusieurs calendriers de parties. Ça prend plus de temps que de voler le deuxième but.

Alors, les matchs, c’est pour quand ? Peut-être la fin du mois, a évoqué la ministre Isabelle Charest. C’est bientôt. Dans deux semaines. Une seule province est en avance sur le Québec.

L’Île-du-Prince-Édouard.

Et savez-vous combien de gens ont eu le virus là-bas ?

27…

***

Je préfère voir le verre à moitié plein. Depuis une semaine, les nouvelles au Québec sont d’ailleurs encourageantes :

 – le nombre de cas diminue ;

 – le nombre de morts aussi ;

 – le déconfinement dans les écoles et les services de garde se passe très bien.

Tellement bien, en fait, que la Santé publique envisage d’éliminer les règles de distanciation physique pour les enfants. Ce qui pourrait permettre la reprise des matchs de soccer. Et peut-être de hockey.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

La Santé publique envisage d’éliminer les règles de distanciation physique pour les enfants, ce qui pourrait permettre la reprise des matchs de soccer.

Génial.

Mais vous savez quoi ?

Les jeunes ne respectent déjà plus la règle des deux mètres. Un entraîneur de basketball m’a confié que ses joueurs disputaient des matchs à cinq contre cinq, à l’extérieur, depuis un mois. À Montréal, des clubs de soccer s’entraînent en petits groupes depuis des semaines.

Même chose chez les adultes. Au cours des derniers jours, dans les parcs de la ville, j’ai vu plusieurs parties de soccer. Même un match de football.

À six contre six.

Avec de la plaque.

Le confinement ? Quel confinement ?

Tous les jours, le gouvernement rouvre un secteur. Tous les jours, il martèle le même message : respectez la distanciation. Sinon, il faudra revenir en arrière. Tous les jours, ça rentre par une oreille, et ça sort de l’autre.

Ça en devient dangereux.

J’exagère ? Regardez ce qui se passe au sud de la frontière. Quatorze États viennent de connaître leur pire semaine. Et pas les plus petits. La Californie. Le Texas, dont les urgences débordent. L’Arizona, qui propose d’accueillir tous les clubs du baseball majeur cet été, est passé de 187 à 1579 nouveaux cas en quatre jours.

La Floride, qui doit héberger le tournoi de la MLS ? Elle a connu sa pire journée, samedi, avec plus de 1600 nouveaux diagnostics. Oui, il y a plus de tests qu’avant. Mais plus de contagion aussi.

« Nous savons que dans les États déconfinés, il y a des problèmes », a déclaré mardi le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo. « Douze de ces États connaissent désormais des pics [de contagion]. C’est une possibilité très réelle. Des pays qui ont rouvert subissent eux aussi des [nouveaux] pics. »

Dans les prochains jours, le débat aux États-Unis ne portera probablement pas sur les secteurs qu’il faut rouvrir, mais ceux qu’on doit refermer.

Vous souhaitez ça ?

Moi non plus.

C’est pourquoi il faut accepter la théorie des petits pas. C’est long. Mais c’est le seul chemin possible vers la reprise des parties de baseball, de soccer et de hockey.