Tom Renney se souvient très bien de l’endroit où il était lors des attaques terroristes du 11 septembre 2001.

John Chidley-Hill
La Presse canadienne

C’était la première fois que les Rangers de New York tenaient leur camp d’entraînement dans Manhattan. Renney, qui entamait alors sa deuxième campagne à titre de directeur du personnel des joueurs, se trouvait au Madison Square Garden pour la journée des tests physiques et médicaux des porte-couleurs de l’équipe lorsque le premier avion a frappé le World Trade Center.

Quatre ans plus tard, le spectre des attaques du 11 septembre continuait de hanter la ville de New York lorsque Renney a amorcé son premier camp d’entraînement à titre d’entraîneur-chef des Rangers. Sentant que l’équipe pouvait offrir un point de rassemblement pour une ville blessée, Renney a déclaré à ses joueurs qu’ils devaient consacrer la saison 2005-2006 aux amateurs.

PHOTO JIM MCISAAC, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Tom Renney a dirigé les Rangers de New York entre 2003 et 2009.

« Vous savez quoi ? Nous devons à cette ville et nous devons aux partisans des Rangers de New York tout ce que nous avons », s’est rappelé Renney.

« Ce n’est pas à propos du hockey, c’est de donner la chance à une ville qui nous soutient comme personne d’autres de se sentir bien, de sentir qu’il y a un regain et sentir que quelque chose peut lui faire du bien. J’ai dit, c’est notre responsabilité et notre devoir à l’endroit des partisans des Rangers. Et bien honnêtement, vous savez, la Ligue nationale de hockey. »

Cette saison-là, les Rangers sont devenus la première équipe à brandir leurs bâtons dans les airs après les matchs, en guise de salutations à leurs partisans, une pratique devenue courante dans la LNH. Renney a mené les Rangers au troisième rang dans la section Atlantique et à une première qualification aux séries éliminatoires depuis 1997.

Renney occupe maintenant le poste de chef de la direction de Hockey Canada et bien qu’il ignore à quel moment les sports professionnels et amateurs seront de retour, il croit, comme à l’époque où il était avec les Rangers, qu’ils joueront un rôle important dans la guérison du pays une fois la pandémie de la COVID-19 terminée.

« Je crois que les Canadiens forment un peuple très résistant. Je pense que la communauté hockey forme un groupe très résistant, pas seulement ceux qui y jouent, mais ceux qui aiment le regarder », a déclaré Renney.

« Lorsque le temps sera venu, je pense que les participants et les bénévoles à travers le pays vont adorer le rôle de meneurs du Canada vers un retour à la normale. »

Le hockey, comme tous les sports d’élite, est en pause au moment où les responsables font leur part pour stopper la propagation du virus de la COVID-19. La LNH a mis sa saison en trêve et le tournoi de la Coupe Memorial, le championnat junior le plus important au Canada, a été annulé, à l’instar des séries éliminatoires des trois circuits juniors de la Ligue canadienne de hockey.

On ne peut prédire à quel moment la LNH, la NBA, le Baseball majeur, la Ligue canadienne de football ou n’importe quel autre sport professionnel sera de retour. Mais comme Renney, Laurence Applebaum, le chef de la direction de Golf Canada, est d’avis que son sport sera prêt à unir les Canadiens une fois que les restrictions liées aux rassemblements publics seront levées.

Comme Renney, Applebaum a été un témoin du pouvoir des sports de rassembler une communauté après une tragédie.

Il y a une décennie, Applebaum était le vice-président de Salomon Canada, un manufacturier d’articles de sports, et se trouvait à Vancouver pour les Jeux olympiques d’hiver de 2010. Il se souvient de la présence d’un lourd nuage au-dessus de la ville de la Colombie-Britannique après que Nodar Kumaritashvili, un lugeur originaire de la Géorgie, eut perdu la vie lors d’une descente d’entraînement, quelques heures avant la cérémonie d’ouverture.

PHOTO PETER PARKS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une sortie de piste a coûté la vie à Nodar Kumaritashvili quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Vancouver, en 2010.

« La communauté sportive s’est rassemblée pour pleurer sa mort, le ciel s’est éclairci, et c’est éventuellement devenu une incroyable célébration de sport et d’humanité, relate Applebaum. Donc, ma théorie, c’est que le soleil va se lever de nouveau [une fois la pandémie terminée]. »

« Et le golf, le golf va se lever de nouveau et redevenir une incroyable partie de nos vies. Ça va seulement prendre du temps. »

Bruce Kidd, un historien et un professeur à l’Université de Toronto, croit que les sports occupent une position unique pour aider les villes ou les pays à se relever après des désastres parce que les gens peuvent s’identifier aux athlètes. Ce pouvoir deviendra encore plus évident lorsque la vie aura repris un cours normal une fois la pandémie de coronavirus terminée.

« Je pense que les gens, en ce moment, peuvent s’identifier au fait que les vies des athlètes et des entraîneurs sont complètement chamboulées », a déclaré Kidd, qui a représenté le Canada aux Jeux olympiques d’été de 1964, à Tokyo, et qui a mérité le titre d’Athlète de l’année de la Presse canadienne en deux occasions.

Kidd, qui compare l’urgence de santé publique annuelle à celle de la Grippe espagnole de 1918-1920, pense que les sports, à leur retour, joueront un rôle thérapeutique pour toute la société parce qu’il s’agira d’une célébration d’un triomphe sur l’adversité.

« Ce sera un soulagement, ce sera le signal d’un retour vers une sorte de normalité. Ce sera une occasion pour les gens de prendre contrôle de leur vie, une fois de plus, que ce soit en participant aux sports ou en y assistant. Psychologiquement, ce sera stimulant et je pense que ce sera très important. »