Kayla, le berger australien d’Antoine Valois-Fortier, trouve qu’elle va courir souvent ces temps-ci. Elle devra s’y faire, car les sorties risquent de se multiplier dans les prochaines semaines.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Comme quelques centaines de collègues-athlètes, le judoka de bientôt 30 ans a appris lundi la fermeture de son lieu d’entraînement à l’Institut national de sport (INS) du Québec, sis au Parc olympique de Montréal.

Le complexe de l’INS Québec demeurera fermé jusqu’à la levée de l’ordonnance émise dimanche par le gouvernement du Québec pour tenter de juguler la propagation de la COVID-19. Le premier ministre François Legault a exigé, entre autres, la fermeture des gymnases.

Valois-Fortier s’attendait à cette décision depuis son dernier entraînement dans le dojo qui donne sur la piscine olympique, vendredi matin.

« Ça prend une ampleur plus grande que le sport en ce moment, a-t-il noté au sujet de la pandémie. On essaie donc de faire notre part, si on veut. Ce qui se passe est pas mal plus important que le maintien du VO2 max d’Antoine Valois-Fortier… Il faut comprendre ça aussi et être intelligent. »

L’INS Québec rend des services sportifs, médicaux et scientifiques à quelque 550 athlètes de pointe, près de 2000 athlètes de la prochaine génération et quelque 900 entraîneurs. Dix groupes d’entraînement y ont établi leurs quartiers, dont les équipes nationales de judo, de plongeon et de water-polo.

« Nous sommes conscients que cette situation vient entraver la préparation des athlètes pour les prochains Jeux olympiques et paralympiques et autres rendez-vous sportifs importants », a souligné Gaëtan Robitaille, président-directeur général de l’INS Québec, dans un communiqué. « Nous sommes cependant convaincus que la meilleure façon d’aider les athlètes, c’est de les garder en santé. »

Valois-Fortier prend les récentes contraintes avec philosophie : « Il y a de l’incertitude autour de tout. Le sport en général est affecté, mais tout est affecté. La suite est un gros point d’interrogation. On se plie aux recommandations et on essaie le plus possible de soutenir la ‟cause”, si je peux m’exprimer ainsi. »

En matinée, le médaillé de bronze des JO de Londres en 2012 s’est entraîné par lui-même dans son sous-sol à Longueuil, qui n’est pas vraiment équipé.

PHOTO D’ARCHIVES MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’Institut national du sport est installé au Parc olympique depuis son inauguration en 2014.

« Je m’improvise des affaires, j’ai accroché des ceintures de judo au plafond pour faire des exercices. Je pensais aller au parc pas loin de chez nous. C’est le genre d’entraînement que j’ai en ce moment. »

Avant même l’annonce de la fermeture du complexe de l’INS Québec, l’entraîneur national Nicolas Gill avait donné congé pour la semaine à tous les athlètes. Toutes catégories confondues, ils sont 125 à fouler le tatami.

« Tout le calendrier international des mois de mars et avril a été annulé, a rappelé Gill. La date limite du processus de sélection olympique avait été fixée au 31 mai. Elle a été repoussée au 30 juin. J’ai le goût de dire pour l’instant. »

La commission exécutive du Comité international olympique se réunira mardi à Lausanne pour partager de l’information avec les fédérations internationales et les comités nationaux. Gill ne s’attend pas à recevoir beaucoup de précisions à la suite de ces rencontres.

« On va se laisser quelques jours pour réfléchir et voir si ça vaut vraiment le coup [de tout tenter pour poursuivre l’entraînement]. Si les Jeux ont lieu en juillet – ce serait surprenant –, ça va venir vite, même si on les repousse un peu. Ça voudra dire qu’on devra reprendre rapidement. Tout est relatif. Deux mois à la maison avec les enfants, ça peut paraître très long. Deux mois à ne pas s’entraîner et espérer être parmi les meilleurs au monde, c’est encore plus long ! »

En plus de plans individualisés de conditionnement physique, Gill songe à la possibilité d’organiser des séances de judo avec des groupes restreints. « Encore là, je ne veux pas empirer la situation et mettre la santé de quiconque à risque. Il faudra analyser les risques et les bénéfices. Si un l’a, tout le monde l’aura. »

Inquiet de l’incertitude entourant la tenue des Jeux de Tokyo et du processus de qualification, Valois-Fortier préfère ne pas regarder trop loin vers l’avant. Le médaillé de bronze des derniers Mondiaux disputés en août à Tokyo occupe actuellement le sixième rang du classement en vue des JO.

« J’essaie de rester positif, de garder la meilleure forme possible et me concentrer sur ce que je peux contrôler. Malheureusement, c’est la seule chose qu’on peut faire en ce moment. »

Ça et jogger avec Kayla. Heureusement, « elle court vite en tabarouette ! »