Il y a des moments où la Terre arrête (un peu) de tourner.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Par exemple, en 1816. L’année sans été. L’explosion d’un volcan, dans ce qui est aujourd’hui l’Indonésie, avait envoyé dans l’atmosphère une gigantesque quantité de poussière volcanique. Tellement que la lumière solaire ne passait presque plus. Alors les températures ont chuté. Brutalement. Le 6 juin, plus de 25 centimètres de neige sont tombés sur la ville de Québec. Dans tout le nord-est du continent, les gels se sont poursuivis pendant l’été. Les récoltes en ont souffert. En Europe, en Chine et en Amérique du Nord, il y a eu des épisodes de famine. La vie quotidienne des gens a été bouleversée.

PHOTO ELISE AMENDOLA, ASSOCIATED PRESS

Depuis 36 heures, les annonces de suspension d’évènements tombent comme des dominos.

Un siècle plus tard, en 1918-1919, c’est la grippe espagnole qui a frappé. Fort. Très, très fort. Plus de 50 millions de personnes sont mortes. Des familles d’ici ont perdu jusqu’à 15 enfants. La finale de la Coupe Stanley a été interrompue après le cinquième match. Cinq joueurs du Canadien étaient grippés. Le défenseur Joe Hall n’a pas survécu. Là encore, les gens ont dû modifier leur routine du tout au tout. Un exemple parmi tant d’autres : les réunions de plus de 25 personnes étaient interdites dans la province.

Heureusement, ces moments sont rares. De notre vivant, à moins d’avoir survécu à la guerre, nous n’avons rien vu de tel. Octobre 1970 et la crise du verglas furent des évènements marquants, mais locaux et de courte durée. Le 11-Septembre a modifié nos habitudes de vie – surtout en matière de sécurité –, mais les gens ont poursuivi leur travail et leurs activités.

Sauf que cette fois, c’est différent. Toute notre vie est chamboulée. Notamment notre rapport avec le sport.

Depuis 36 heures, les annonces de suspension d’évènements tombent comme des dominos. La LNH, la NBA, le baseball majeur, la MLS, l’ATP, la NCAA, la LHJMQ et la Ligue américaine de hockey ont tous suspendu leurs activités pour plusieurs semaines. Jusqu’à quand ? Impossible à prévoir. Je ne m’attends pas à une reprise de la saison de la LNH en avril. Ni en mai. Ni en juin. Le premier ministre François Legault a d’ailleurs préparé les Québécois au pire, jeudi, en déclarant que la crise allait durer « des mois ».

L’épidémie de COVID-19 bouscule aussi notre pratique du sport. Jeudi soir, Hockey Québec a mis fin sur-le-champ à la saison d’environ 100 000 jeunes. Entraînements, matchs, séries, championnats et galas, tout est annulé. C’est la même chose au ski alpin. Montréal a également fermé tous ses arénas, ses piscines ainsi que ses centres sportifs jusqu’à nouvel ordre.

C’était inévitable.

Je suis favorable à toutes ces mesures. Des décisions sensées. Réfléchies. Responsables. Les sacrifices faits maintenant sauveront des vies demain. C’est l’essentiel.

Il reste que ces annulations, suspensions et reports sont d’une grande tristesse. Car le sport occupe une place centrale dans la vie de centaines de milliers de personnes. C’est un tissu social important. On le voit dans les communautés de partisans sur les réseaux sociaux. Dans nos gymnases. Nos piscines. Nos palestres. Nos arénas. Dans les programmes de sports-études. Dans les ligues novices, comme dans celles de garage.

Le tissu va s’effilocher. Des enfants dont l’univers tourne autour du sport perdront leurs repères. Des employés des équipes professionnelles, des centres sportifs, des entraîneurs de patinage artistique et de hockey perdront une source de revenus. Un grand nombre de personnes seules devront renoncer à un moment privilégié de socialisation.

Une saison sans sport, c’est aussi ça…

Enfin, sur une note plus personnelle, notre couverture journalistique changera. Il n’y a plus de compétitions à couvrir. Plus de parties à analyser. Les athlètes professionnels sont de retour chez eux. Les opportunités d’entrevue seront rares. Mais je suis optimiste. Je sais que Richard, Mathias, Simon, Michel, Miguel, Philippe, Guillaume, Pascal, Simon-Olivier et moi saurons trouver des histoires captivantes qui vous plairont d’ici la reprise des matchs.