Lundi, après une conférence de presse, le basketteur étoile Rudy Gobert a pris bien soin de frotter ses mains sur tous les micros placés devant lui par les journalistes. Pour se moquer de la COVID-19. Pas grand monde a ri, mais bon…

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Le soir même, son équipe, le Jazz de l’Utah, affrontait les Raptors de Toronto. Ç’a été un match robuste. Gobert s’est même fait expulser après un accrochage avec un adversaire, OG Anunoby.

Mercredi soir, Gobert devait revenir au jeu contre le Thunder d’Oklahoma City. Les joueurs des deux équipes s’échauffaient sur le terrain. Les gradins étaient remplis. Tout était en place. Puis juste avant la mise au jeu, un médecin a accouru vers les arbitres. Il a chuchoté quelques mots. Les joueurs ont quitté le terrain à la hâte. L’annonceur maison a pris la parole.

« Le match est reporté. Vous êtes tous en sécurité. Prenez votre temps pour quitter l’aréna dans l’ordre. »

La machine à rumeurs s’est emballée. Gobert serait malade. Deux heures plus tard, la nouvelle était confirmée : le joueur souffrait de la COVID-19. La même dont il s’était moqué 48 heures plus tôt.

Et là, les blocs Lego se sont empilés.

Gobert a-t-il infecté ses coéquipiers ? Anunoby ? Les arbitres ? Les journalistes, dont il a frotté les micros de ses mains ? Le niveau d’inquiétude a aussi monté d’un cran à Toronto. Surtout que les joueurs des Raptors – qui ont été en contact avec Gobert lundi – ont passé la soirée de mercredi dans des évènements avec leurs partisans.

Cauchemar.

La NBA a agi sur-le-champ. À 21 h 30, le commissaire a suspendu la saison. Certains prétendront que ça survient une semaine trop tard. Facile à dire après coup. Je souligne plutôt la réaction rapide : la NBA a pris la décision qui s’imposait.

Immédiatement, les projecteurs se sont tournés vers la LNH. Qui a répondu, 45 minutes plus tard, avec un communiqué laconique de six lignes.

« La LNH est au courant de la décision de la NBA de suspendre indéfiniment sa saison après qu’un joueur a subi un test positif au coronavirus. La LNH continue de consulter des experts médicaux et évalue les options. Nous prévoyons faire une mise à jour [jeudi]. »

La suite ?

Il n’y a pas de suite.

Sérieusement, ça va prendre quoi pour que la LNH saisisse la gravité de la situation ? Pour que les propriétaires détournent les yeux de leur fichier Excel et observent le monde qui les entoure ? Réalisent-ils qu’ils ne se trouvent pas du bon côté de l’histoire ?

Trois fois, cette semaine, des équipes ont défié les recommandations des autorités sanitaires. D’abord les Sharks de San Jose, qui ont disputé deux matchs devant spectateurs malgré un avis contraire de la Santé publique. Puis les Blue Jackets de Columbus, qui ont ignoré une demande du gouverneur de l’État de l’Ohio avant de se raviser. Enfin, les Capitals de Washington, qui ont toujours l’intention de jouer leurs matchs locaux devant une foule en dépit des instructions des experts du district fédéral de Columbia.

Rendu là, c’est plus que de l’entêtement. C’est un manque de civisme éhonté.

Les dirigeants de la ligue et les propriétaires doivent prendre leurs responsabilités. Faire des sacrifices pour le bien du plus grand nombre. Comme l’ont fait tant d’autres promoteurs. Voici un petit aide-mémoire pour les inspirer.

La saison de la NBA : suspendue

Le tournoi de basketball de la NCAA : à huis clos

Le tournoi de tennis d’Indian Wells : annulé

Les championnats du monde de patinage artistique : annulés

Les championnats du monde d’athlétisme en salle : annulés

Les championnats du monde de courte piste : reportés

Le championnat du monde de hockey féminin : annulé

Le championnat espagnol de soccer : à huis clos

Le championnat italien de soccer : annulé

Les matchs de la Ligue des champions en Europe : à huis clos

Le Grand Prix de F1 de Shanghai : reporté

Le Grand Prix de F1 de Bahreïn : à huis clos

Les marathons de Paris, Rome, Milan, Séoul, Barcelone : annulés ou reportés

Il reste quoi ? Vraiment plus grand-chose. Les matchs présaison du baseball majeur, disputés devant de petites foules. La MLS. Quelques circuits secondaires, comme la XFL et les ligues juniors.

Et la LNH.

Désolant.

PHOTO CHRISTOPHER HANEWINCKEL, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

La LNH n’a pas encore suspendu ses activités malgré la pandémie de COVID-19.

Je sais que plusieurs vont défendre la LNH. Accuser les médias, les médecins et les politiciens d’exagérer la situation. De capoter.

Je souligne que la COVID-19 n’est pas un rhume. Ni une grippette. Ni même une grippe saisonnière. C’est un virus très contagieux, pour lequel il n’existe aucun remède. Le nombre de cas dans plusieurs pays du monde – dont les États-Unis – croît de plus de 33 % PAR JOUR. Et les premiers rapports situent le taux de mortalité entre 2 % et 3 %. Soit beaucoup plus que la grippe normale.

Oui, au Québec, il n’y a que neuf cas. C’était la même chose la semaine dernière aux États-Unis, où il n’y avait qu’une poignée de personnes atteintes. Aujourd’hui, le pays refuse les vols en provenance de l’Europe continentale et un quartier complet, au nord de New York, se trouve en quarantaine.

Plus tôt cette semaine, mon collègue Patrick Lagacé a interviewé à la radio une femme médecin qui travaille à Rome, en Italie. Au cœur de la crise de la COVID-19. Il lui a demandé : si vous étiez à Montréal, assisteriez-vous à une rencontre sportive ?

Sa réponse : « Absolument pas. »

Écoutons les conseils de ceux qui subissent déjà les affres de l’épidémie. Tirons des leçons d’ailleurs pendant qu’il en est encore temps. Soyons responsables. Tous ensemble. Et s’il faut reporter 11 matchs sans incidence du Canadien – ou s’en priver – d’ici à la fin de la saison, eh bien, ainsi soit-il.