Dans les bons comme dans les mauvais moments, le sport a toujours été le moteur de Luc Fournier. Il lui a permis de passer à travers le deuil de son épouse, de transmettre certaines valeurs importantes à ses deux filles et de se dépasser, tout simplement.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Il a longtemps joué au hockey, au niveau universitaire ou semi-pro, et a découvert la course à pied en s’inscrivant, sur un coup de tête, au demi-marathon de Québec. Mais le triathlon reste le terrain de jeu privilégié de l’homme de 45 ans qui a participé aux Championnats du monde sur la distance 70.3, à Nice, au début du mois de septembre.

PHOTO FOURNIE PAR LUC FOURNIER

Luc Fournier aux Championnats du monde d’Ironman 70.3 en septembre dernier à Nice

« La France et Nice, ça ne faisait jamais partie de ma bucket list à court terme. Mais j’ai vraiment profité du moment et c’est d’ailleurs ce que je dis toujours aux gens. La vie peut basculer assez vite, faites en sorte que chaque moment compte. »

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Luc Fournier, sa défunte épouse Julie et leurs deux filles lors d’un voyage en Italie en juin 2015

En 2014, sa conjointe Julie reçoit un diagnostic de cancer du sein avec métastases au foie. Entre les séances de chimiothérapie, elle continue à travailler comme directrice marketing et communication chez Radio-Canada, publie le livre La vie au pas de course et court trois fois par semaine. De son côté, il participe à un premier Ironman à Mont-Tremblant après un test sur la distance 70.3 en 2014.

« L’Ironman se passait à la fin du mois d’août [2015] et Julie est entrée à l’hôpital le 14 septembre. Elle n’en est jamais sortie. C’est comme si elle m’avait amené jusque-là. Il devait faire 40 degrés le jour de la compétition et je n’ose pas imaginer comment elle devait se sentir. Malgré ça, elle y était avec le sourire et elle m’attendait au fil d’arrivée », souligne l’homme de Lévis.

Julie s’éteint au tout début du mois d’octobre. Malgré le chagrin, la vie continue pour le père de famille. Elle doit continuer. Il se souvient des propos de sa conjointe qui rappelait à ses interlocuteurs de trouver leur marathon à eux. Une façon de leur dire de trouver leur passion – sportive ou non – et de la vivre à fond. Dans son cas, ce sera encore et toujours l’activité physique, qu’il décrit comme « une bonne pédagogue et une bonne thérapie ».

En quelque sorte, ça a été une bouée. J’étais déjà sportif et j’ai poursuivi parce que ça me changeait les idées et c’était une façon de montrer aux gens que, malgré la douleur, il faut continuer d’avancer. Des fois, de temps en temps, tu peux te permettre de mettre un genou à terre pour te relever plus fort.

Luc Fournier

En 2016 et 2017, il participe notamment à un demi-Ironman et à un Ironman, cette fois à Lake Placid. La dynamique n’est cependant plus la même. Il peut difficilement poursuivre le même rythme des entraînements que l’on sait rigoureux en vue d’un Ironman.

« Quand j’ai fait le demi-Ironman et l’Ironman en 2015, Julie était là et on se soutenait beaucoup. Je partais des samedis au complet pour m’entraîner, mais c’est différent maintenant. Certains disent qu’ils n’ont pas le temps, moi je dis que je n’ai pas de temps à perdre. Je m’entraîne fort, mais je ne peux plus aller nager à 6 heures du matin. J’aime ça être là pour mes filles le matin. »

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Pour Luc Fournier, l’activité physique est « une bonne pédagogue et une bonne thérapie ».

Léa fêtera ses 15 ans au début de l’année, tandis que Zoé a 11 ans et demi. Les deux, adeptes de natation, fréquentent un programme sport-études. À l’arrivée d’une épreuve, c’est leur regard qu’il cherche.

« Il n’y a rien de plus le fun que de les voir quand je finis une course et qu’elles me disent que je les inspire. La chose la plus importante est de montrer l’exemple à nos enfants. Le sport a beaucoup de bons côtés. Dans leur cas, il y a les horaires, les entraînements, la vie avec les coéquipiers et le dépassement. »

Avec le sourire

Luc Fournier a gagné son ticket pour les Championnats du monde en prenant la 11e place de sa catégorie d’âge à Mont-Tremblant. Même si cette compétition ne « faisait pas partie de [s]es ambitions », il n’a pas pu décliner l’offre quand l’occasion s’est présentée. Dans le sud de la France, la journée ne s’est pas passée comme prévu après un parcours de vélo particulièrement exigeant.

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Luc Fournier aux Championnats du monde d’Ironman 70.3 en septembre dernier à Nice

« Le parcours de course est fait pour courir vite et je n’ai pas couru vite. Mais j’ai quand même trippé et je souriais en traversant la ligne. J’aurais probablement été fâché il y a une couple d’années, mais c’est comme ça. Avec le temps, j’ai appris à profiter du moment et la prochaine fois, ça ira mieux. »

C’est aussi le message que je donne à mes filles. Dans la vie, ça ne va pas tout le temps bien tous les jours, mais il faut passer par-dessus les choses. Demain est une autre journée.

Luc Fournier

On lui demande alors s’il vise les Championnats du monde de l’Ironman qui ont lieu à Hawaii, berceau de la discipline. La réponse est une sorte de « oui, mais », une équation dans laquelle sa famille est, comme toujours, la plus grande variable.

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C’est aussi le message que je donne à mes filles. Dans la vie, ça ne va pas tout le temps bien tous les jours, mais il faut passer par-dessus les choses. Demain est une autre journée.

« Ça pourrait être un objectif, mais c’est comme si je ne voulais pas me l’avouer. Ça implique des choix à assumer et je veux être sûr de savoir dans quoi je m’embarque. Je ne veux surtout pas que mes filles écopent. »