Marc Bergevin a commencé son bilan de fin de saison avec un avertissement, hier. « C'est compétitif, la Ligue nationale. M'asseoir devant tout le monde et [dire] exactement les choses qu'on veut faire, ça me donnerait un désavantage. »

ALEXANDRE PRATT LA PRESSE

Le ton était donné. Tout indiquait que le DG du Canadien allait garder ses cartes pour lui. Finalement, il en a montré quelques-unes. Juste assez pour qu'on ait une idée du jeu dont il disposera cet été.

Regardons-les.

Les espoirs

Ryan Poehling. Nick Suzuki. Josh Brook. Trois des plus beaux espoirs du Canadien. Enflammeront-ils le Centre Bell en octobre prochain ? Ne pariez pas votre meilleure bouteille là-dessus. Ces joueurs pourraient plutôt aider le Rocket de Laval, a indiqué Bergevin hier. Si l'un d'entre eux perce l'alignement au terme du camp d'entraînement, ce serait une belle surprise. Et sûrement dans un rôle de soutien.

Les joueurs autonomes avec compensation

Si l'aide ne provient pas de l'interne, elle viendra forcément de l'externe. Et là, c'est l'abondance. Surtout sur le marché des joueurs autonomes avec compensation.

Plusieurs vedettes de rivaux directs du Canadien sont toujours sans contrat en vue de la prochaine saison. Des joueurs qui cadreraient parfaitement dans l'alignement du Tricolore : Brayden Point (centre, Lightning), Zach Werenski (défenseur gaucher, Blue Jackets), Mitchell Marner (ailier droit, Maple Leafs), Sebastian Aho (centre, Hurricanes), Charlie McAvoy (défenseur droitier, Bruins).

Trop beau pour être vrai ?

Oui. Depuis cinq ans, aucune équipe n'a déposé d'offre hostile.

Pourquoi ?

« La loterie », laisse tomber Bergevin. La compensation pour l'embauche d'un joueur de ce groupe est en effet liée à des choix de premier tour. Tous les clubs éliminés des séries ont maintenant une chance d'obtenir l'une des trois premières sélections du repêchage. Des choix chéris comme des oeufs Fabergé.

« Il y a tellement de parité dans la LNH. Des équipes comme New Jersey, comme Los Angeles ont fait les séries l'an dernier, mais pas [cette saison]. Les clubs sont plus prudents. »

- Marc Bergevin

« On a regardé ça de proche dans les années passées. On va encore regarder [cet été]. Mais il y a un prix à payer. Est-ce une possibilité ? Oui. Est-ce une garantie ? Non. »

En deux mots : oubliez ça.

Les joueurs autonomes sans compensation

Le Canadien a de la marge sous le plafond salarial pour embaucher un attaquant vedette. Un joueur étoile capable de relancer l'avantage numérique et d'occuper un poste à l'aile sur le premier trio. Trois candidats intéressants : Artemi Panarin, Jeff Skinner, Anders Lee.

Le hic ? La durée exigée des contrats.

« Je suis prêt à me rendre jusqu'à [la limite du plafond salarial], indique Bergevin. Mais le 1er juillet, les gars disponibles ne signent pas des contrats d'un an ou deux. C'est plutôt six ou sept ans. »

Ça refroidit les ardeurs. Carey Price et Shea Weber ont déjà des contrats pour les sept prochaines saisons. Les jeunes négocieront aussi de nouvelles ententes à la hausse dans trois ou quatre ans, lorsque l'équipe devrait atteindre un très bon potentiel.

N'empêche, je pense que Bergevin participera aux enchères. Il a d'ailleurs insisté sur un point hier : le Canadien a été « agressif » ces dernières années. Mais souvent, les joueurs ont préféré un autre club. « Nous avons rencontré des joueurs qui désiraient venir ici, mais leur conjointe ne voulait pas, a raconté le DG du Canadien. Ce sont des choix personnels. Max Domi se plaît ici. Mais tout le monde est différent. »

Évidemment, toutes les équipes recherchent les joueurs les plus talentueux. Mais le Canadien a-t-il d'autres exigences ? Oui. Bergevin a ciblé trois atouts : la rapidité, le caractère et l'expérience. Quelques attaquants (Micheal Ferland, Justin Williams, Ryan Dzingel, Jordan Eberle) possèdent deux ou trois des qualités recherchées. Pour les défenseurs gauchers, le choix est toutefois restreint. 

Les transactions

Reste le marché des transactions. La meilleure option de Bergevin pour trouver un défenseur gaucher pouvant évoluer sur l'un des deux premiers duos.

Mais pour recevoir, il faut donner. Le DG du Canadien a déjà écarté la possibilité de céder ses meilleurs espoirs (Jesperi Kotkaniemi, Ryan Poehling, Alexander Romanov). Les appâts devront donc être des vétérans déjà établis dans l'alignement.

Jonathan Drouin ?

Ce serait une erreur.

Sa valeur est présentement à son niveau le plus faible. À 23 ans, il a terminé la saison avec un seul but lors de ses 26 derniers matchs. Il a passé du temps sur le quatrième trio. Le retour serait en deçà des attentes. Je ne pense pas qu'un seul partisan du Canadien souhaite revivre un échange comme celui qui a envoyé Mike Ribeiro à Dallas contre Janne Niinimaa.

Alors qui ?

Andrew Shaw. L'arrivée d'un ailier sur le marché des joueurs autonomes l'exclurait des six premiers attaquants. Vrai, il est souvent blessé. Mais il a quand même maintenu une moyenne de 0,75 point par match cette saison. Il n'a que 28 ans. Son salaire de 4 millions est raisonnable. Une proposition intrigante pour un club qui cherche de la profondeur et du caractère en attaque.

Paul Byron. Il vient d'inscrire sa meilleure moyenne de point par match en carrière. Par contre, son temps de jeu est menacé. Il a d'ailleurs terminé la saison sur le quatrième trio. À 3,4 millions pour encore quatre saisons, c'est un joueur de soutien cher payé. Une équipe qui cherche un attaquant rapide pourrait se montrer intéressée, mais le retour ne sera probablement pas celui espéré.

Jeff Petry. Un joueur essentiel du côté droit. À 31 ans, il a un contrat pour encore deux saisons. Sa valeur d'échange est très bonne. Sera-t-il sacrifié pour obtenir ce défenseur gaucher tant recherché ?

Le choix reviendra à Bergevin. Le DG du Canadien a plusieurs cartes en main. Reste à jouer les bonnes. Et espérer qu'il en ait une ou deux cachées dans sa manche.