David La Rue est rentré de Calgary hier soir. « Juste à temps pour voter », a-t-il glissé avant de partir pour l’aéroport en matinée.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Pourquoi ne pas avoir voté par anticipation ? « J’aurais dû, mais je ne voulais pas me donner le trouble. J’ai de l’intérêt pour la politique, je suis ça, mais ces derniers temps, j’ai vraiment la tête au patin. Je fonctionne par segments… »

Ça lui a bien réussi aux Championnats canadiens, qui se sont conclus dimanche dans la métropole albertaine. L’athlète de 21 ans en revient avec deux médailles d’or, deux « gros » records personnels et une sélection pour les quatre premières Coupes du monde de la saison.

Après une deuxième moitié de campagne en demi-teinte l’hiver dernier – il avait raté les deux dernières Coupes du monde et les Mondiaux –, La Rue est soulagé. « Ce n’était pas catastrophique, mais dans ma tête, ce l’était. Je voyais ça beaucoup plus gros. On peut appeler ça un retour. J’ai vraiment surpassé mes attentes. »

Je n’ai pas seulement réussi de bons temps, mais des temps de calibre international qui me remettent dans le coup.

David La Rue

Dès le vendredi, le patineur de Saint-Lambert a mis la table avec une cinquième place au 500 m et un chrono de 34 s 86, soit près de quatre dixièmes de mieux que sa référence personnelle réalisée. Son cri de joie après avoir traversé la ligne voulait tout dire. « Quand les émotions parlent… »

Le lendemain, La Rue a remis ça au 1000 m. En voyant le temps de Laurent Dubreuil (1 min 7 s 78), il a compris qu’il aurait à en « sortir une bonne » pour espérer l’emporter, lui qui n’avait jamais fait mieux que 1 min 8 s 61.

« C’était la deuxième meilleure course à vie de Laurent et il n’avait jamais fait ça à ce temps-ci de l’année. Honnêtement, je m’étais dit que tout le monde allait être très fort à ces sélections. Comparativement aux dernières années, le calibre n’avait rien à voir. J’étais prêt ; mon plan était juste de ne pas penser et de foncer. »

Chauffé par Antoine Gélinas-Beaulieu (3e), La Rue a franchi les deux tours et demi en 1 min 7 s 71 pour empocher sa première médaille d’or sur la distance sur la scène nationale senior.

Assuré de sa qualification pour le circuit de la Coupe du monde, La Rue a abordé le 1500 m avec un peu moins de pression, dimanche. Gélinas-Beaulieu, avec qui il était jumelé pour le dernier départ, lui en a donné pour son argent. Au terme d’une bagarre intense, La Rue a prévalu par 14 centièmes pour conserver son titre.

« Je suis content de ma course, mais on a tellement ri en la regardant sur vidéo… Dans le dernier droit, on était en décomposition, on n’avait plus aucun contrôle sur nos jambes ! C’est la fin de course la plus drôle que j’ai jamais vue. J’ai entendu du monde rire sur le bord de la bande ! »

Épuisement

Ancien spécialiste de la courte piste, La Rue se consacre à la longue piste depuis moins de trois ans. Sacré vice-champion mondial junior du 1500 m en 2017, il a continué de progresser avant de frapper un premier mur l’hiver dernier. Aux sélections de janvier, alors qu’il se battait pour une place pour les Mondiaux, il était vidé « physiquement et émotionnellement ».

La mort de son grand-père, quelques mois plus tôt, et deux épisodes de maladie ont contribué à cet épuisement.

Confiné au circuit de la Coupe Canada, il en a profité pour terminer son cégep. À la reprise de l’entraînement, il s’est concentré sur sa vitesse maximale et sa puissance musculaire. Il impute une large part de ses succès en ce domaine à sa nouvelle préparatrice physique, Sandra Gonzalez, de l’Institut national du sport du Québec. « Elle a vraiment fait un bon travail pour m’adapter aux besoins de la longue piste. »

Le patineur de 1,88 m s’est aussi affûté en diversifiant son alimentation de son propre chef. « Je mangeais super bien, mais là, je mange plus de légumes, je suis plus végétarien. Ça fait une grande différence ; je suis beaucoup plus mince et j’ai gagné en force et en puissance. En ce moment, je suis 10 livres plus léger que l’an dernier. »

Quand il est à Montréal, La Rue s’entraîne toujours en courte piste avec le Centre régional canadien à l’aréna Maurice-Richard, sous la supervision de Marc Gagnon. Durant l’automne, il a fait deux longs séjours de trois semaines et demie à Calgary pour profiter de l’anneau couvert, au lieu des trois plus courts habituels.

« Ça fait moins de temps d’adaptation », souligne le protégé de Gregor Jelonek, entraîneur-chef du Centre national Gaétan-Boucher de Sainte-Foy, où les travaux du nouveau Centre de glaces vont bon train, pour une ouverture prévue dans un an.

Malgré les épreuves de l’hiver dernier, La Rue n’a pas révisé sa philosophie en vue de la prochaine saison de Coupe du monde, où il pourra s’aligner cet automne sur 500 m, 1000 m et 1500 m : se « rapprocher le plus possible de la première position mondiale ».

« Ce qui est drôle avec ça, c’est qu’il n’y a pas de temps défini pour y arriver. Mais je veux garder ça simple et c’est la meilleure manière de conserver de bonnes habitudes et de repousser mes limites chaque jour à l’entraînement. Finir dans le top 15 ou le top 10, ce n’est pas ce qui me motive. L’objectif ultime, c’est d’atteindre la première place. Je fais le travail pour l’atteindre. »

Beau programme.

Prochaine compétition : Coupe du monde de Minsk (Biélorussie), du 15 au 17 novembre

PHOTO MATTHIAS SCHRADER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Valérie Maltais

Quatre autres Québécois en lice


Moins d’un an avant l’ouverture prévue du Centre de glaces, les Québécois ont tenu leur rang aux Championnats canadiens. Laurent Dubreuil, nouveau père depuis peu, s’est distingué avec deux médailles d’argent sur 500 m et 1000 m. Antoine Gélinas-Beaulieu est lui aussi monté sur le podium à deux reprises : bronze au 1000 m, argent au 1500 m. Il aurait pu ajouter une médaille au départ de groupe, mais il a chuté dans le dernier virage. Limité à deux Coupes du monde la saison dernière, le vétéran Alex Boisvert-Lacroix a rebondi avec une troisième place au 500 m. Chez les femmes, Valérie Maltais a remporté trois médailles de bronze (1500 m, 3000 m et 5000 m) et une d’argent au départ de groupe. Si Patinage de vitesse Canada délègue le maximum prévu de 14 athlètes, ces quatre patineurs québécois devraient accompagner La Rue en Coupe du monde. À noter le record canadien d’Isabelle Weidemann, qui a réédité la marque de la sextuple médaillée olympique Cindy Klassen au 5000 m.